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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 09:57
Joe Bousquet

Joe Bousquet

PASSANTE

 

Elle a promené dans les villes

Le pas qui tremblait sur les eaux

Une chanson la déshabille

Son silence est né d’un oiseau

Elle illumine la lumière

Comme l’étoile du matin

Quand tout le ciel est sa paupière

Embellit le jour qui l’éteint

Mais l’astre d’où le ciel s’envole

Sait-il où nos vœux sont allés

Quand mon cœur bercé de paroles

Se meurt de la chanson qu’il est

Quel mal trouvait-elle à me plaire

Qu’un aveu me l’ôte si tôt

Mouillant ses regards de sorcière

Des pleurs qu’il a pris au ruisseau

Hélas ne pleurez point madame

Si j’ai mes jolis soins perdu

Près d’un enfant aux yeux de femme

Qui joue à l’amant qui n’est plus

 

Extrait du recueil "La connaissance du soir" (1947)

 

Joe Bousquet est un poète du début du XXe siècle originaire de l'Aude. 

Né en 1897, il est mort en 1950, à l'âge de 53 ans seulement. Son père était médecin-major dans l'armée. Joe Bousquet passe son bac en 1912 puis fait un voyage en Angleterre qui le marquera durablement. Il mène une vie agitée et s'initie à diverses drogues dont il restera accro jusqu'à sa mort. 

 

Durant la Première Guerre mondiale, il devance l'appel, reçoit la croix de guerre, la médaille militaire et la légion d'honneur,  avant d'être grièvement blessé à la colonne vertébrale, par une balle ennemie lors de la bataille de Vailly (dans l'Aisne).

 

Ayant perdu l'usage de ses jambes, il restera alité le restant de sa vie dans une chambre obscure de la rue de Verdun à Carcassonne.

 

Seul, couché dans mon lit, j’ai atteint des hauteurs telles, que j’ai creusé le ciel. Enfermé dans ma chambre, enfermé dans mon corps, je rayonne dans cette lumière immobile. Le mal comme le bien a son ciel en moi; et je connais la voluptueuse satisfaction de n’être médiocre en rien. Chaque jour je redécouvre que j’ai été blessé, que je suis blessé et je dois à cette blessure d’avoir appris que tous les hommes étaient blessés comme moi.

 

Cependant le poète n'est jamais seul : peintres, poètes et philosophes se succèdent à son chevet dans sa chambre close.

Tout ce que le XXe siècle comptait de créateurs y défile

 

Il entretiendra une correspondance assidue avec certains d'entre eux, écrivains ou peintres connus comme Paul Éluard, Max Ernst ou encore Jean Paulhan. 

 

La maison où le poète a vécu, lui est aujourd'hui entièrement consacrée. On y trouve la Maison des Mémoires, un musée à sa mémoire, qui est le siège d'une exposition permanente, permettant de redécouvrir la personnalité du poète, sa vie, son oeuvre et l'influence qu'il a exercé sur les milieux littéraires du début du XXe siècle.

Le Centre Joe Bousquet est consacré à la poésie et accueille la Maison des écrivains. 

 

 

Joe Bousquet fonde en 1928 la revue "Chantiers" sous l'impulsion de ses amis surréalistes, dont Paul Eluard qui se rapproche du groupe de Carcassonne.

Ci contre la réimpression intégrale de la revue

 

Puis dans les années 40, la revue "Les Cahiers du Sud" lui demande de s'occuper d'un Cabinet de lectures qu'il va mener à bien avec Francine Bloch.

 

Survivre, surmonter, passer par-dessus, vivre en creux, savoir dans sa chair que tous les feux, sur la mer, chantent qu’un homme est seul, après tout, et seul avec ce qui le mène, mais ne pas s’isoler, être plus que jamais parmi les hommes, un homme très différent, un homme-chien, plus qu’un homme, moins qu’un homme, le dernier des hommes et le meilleur des chiens.

 

Joe Bousquet est l'auteur de nombreux romans, de correspondances, d'essais et d'un recueil de nouvelles ("Le fruit dont l'ombre est la saveur", Éditions de Minuit) ainsi que d'un recueil érotique ("Le cahier noir", Albin Michel). 

 

De nombreuses oeuvres ont été éditées à titre posthume.

 

Pour lui rendre hommage, de nombreuses rues portent son nom dans l'Aude.

 

Récemment, un CD "Il s'en faut d'une parole"  lui est consacré dans lequel la chanteuse originaire de l'Aude, Yvette Yché, interpète treize poèmes du poète qu'elle met en musique avec Gilles Baissette. Ces poèmes sont extraits de "La connaissance du soir" (gallimard, 1947). 

Elle est interviewée à ce sujet dans l'Epervier incassable.

 

 

Récital musical d'Yvette Yché (extrait)

 

Retrouvez sa biographie complète et d'autres informations sur le poète sur les sites suivants...

 

- le site de la Maison des écrivains de Carcassonne.

- le site de Villalier.

- Joe Bousquet sur le site "Esprits nomades".

- Joe Bousquet / Mystique sur le site de la Revue remue.net littérature.

- L'hommage de la ville de Carcassonne.

 

A noter : le poète écrivait constamment son prénom "Joe" au lieu de "Joë" comme on le voit parfois écrit. Nous avons donc écrit dans cette chronique le prénom selon son désir...

 

Joe BOUSQUET ou le mouvement paradoxal (11 mars 1977)

-Lettre posthume à G-

3 heures
Je suis très fatigué, l'estomac, une sueur gelée sur le front, j'ai ôté mes lunettes qui me pesaient -cela doit s'appeler être de sang froid- je ne t'avais jamais écrit dans ces conditions.
Je ne dirai pas : je te voudrai près de moi. Je dirai : ton absence est la même blessure, que ma vie me porte ou que je lutte pour la retenir. Tu es ma chair. C'est parce qu'il est possible que tu ne puisse vivre sans moi que j'ai des genoux, des jambes. C'est parce que tu vis que ma pensée n'est pas la haine de la vie, mais l'amour même.
Je ne t'ai menti qu'une fois. C'est quand je t'ai dit que je pouvais vivre sans te voir. Même si tu tombais dans une déshonorante folie, je te garderais près de moi. Je n'imagine l'avenir qu'à travers la douceur de le recevoir de ta présence. Et cette douceur est tout ce qui me tiens au monde. Ma vie n'a pas de contenu, n'en aura plus, tu n'es pas en elle, elle me vient de toi, je n'existe que pour la surprise de naître à chaque instant de la femme que tu es... Le reste n'est qu'un corps rompu et le contact quotidien avec des maux physiques que tu n'imagines pas.

Cloches

 

J’ai quitté mon nid de pierres

Sur un bel oiseau d’airain

Vos douleurs me sont légères

Je suis la mort des marins

 

J’apprends la tendresse aux hommes

Que j’étreins sans les briser

Je suis l’amour d’un fantôme

Que se souvient d’un baiser

 

L’hiver conduit mon cortège

Et pour singer ses façons

J’ai mis ma robe de neige

Je suis la mort des chansons

 

Les cœurs d’amants pour nous suivre

Ôtant leurs manteaux de rois

Prennent des robes de givre

Les morts habitent le froid

 

Dans un haut grenier de pierres

Où la lune nous attend

Au galant que je préfère

Je souris avec les dents

 

Les baisers que je lui donne

Sont muets comme les lys

Dont la pâleur l’emprisonne

Au fond des jours abolis

 

Cloches d’or cloches de terre

Sonnez en vain dans le sang

J’ai des ciseaux de lumière

Je suis l’oubli des absents

 

J’ai semé sur votre face

Les iris couleur de temps

Qu’avec mes ciseaux de glace

Mes mains coupent dans le vent

 

La fleur sans ombre des larmes

A fait s’ouvrir dans les cieux

Au jour qui jette ses armes

Un ciel plus froid que vos yeux

 

Ainsi j’efface une voile

Et rends au vent sa pâleur

Qui pleure avec les étoiles

Dont elle effeuille le cœur.

 

Joe Bousquet

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commentaires

Mimi 13/03/2016 08:53

Quel est le poids d'un écrivain dans le temps ? C'est étrange... Pourquoi l'un est connu et l'autre oublié alors que ses mots sont puissants, admirables, sensibles... Merci Manou de sortir de l'oubli ces poètes qui font si bien chanter les mots.

manou 13/03/2016 10:19

Oui tu as raison c'est étrange. C'est pourquoi aussi l'INA est une mine d'information qui permet de révéler des pans parfois inconnu de la vie des personnages. La vidéo est intéressante à ce sujet.
Merci Mimi.

Nell 12/03/2016 20:49

Certains de ses très beaux poèmes étaient empreints d'une grande tristesse car la vie ne l'avait pas gâté. Il transcrivait sa douleur, sa souffrance à travers ses écrits et il m'émeut toujours autant. Belle soirée à toi, Manou.

manou 13/03/2016 08:57

C'est ce qui est émouvant dans son oeuvre, tous les mots qu'il a mis dans ses poèmes et ses textes pour soulager sa souffrance. Mais il a eu des amis sincères qui ont comptés pour lui...

écureuil bleu 12/03/2016 17:51

Bonjour Manou. Je ne connaissais pas ce poète. Sa vie a été bien difficile.

manou 13/03/2016 08:55

Une vie terrible à l'époque. Je trouve magnifique que ses poèmes soient aujourd'hui mis en chansons...

Bernieshoot 12/03/2016 17:49

c'est une découverte et une très belle découverte, article très intéressant

manou 13/03/2016 08:53

Merci Bernie ! Venant de toi ça me touche beaucoup. Il est (presque) de ta région...Non ?

wolfe 12/03/2016 16:10

Bonjour
Je ne connaissais pas du tout!!
C'est une découverte pour moi et je t'en remercie!
Bonne journée

manou 12/03/2016 17:15

Merci de ta visite ! J'essaie de parler des poètes peu connus ou oubliés...

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