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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 08:02
Nouvelles traduites du coréen par François Blocquaux et Lee Ki-jung

Nouvelles traduites du coréen par François Blocquaux et Lee Ki-jung

"NON PAS CONVAINCRE MAIS VAINCRE : là est la quintessence de la controverse. Pour atteindre ce but, tous les moyens sont bons".

ainsi commence le recueil...

 

Voilà réunies dans ce recueil, six nouvelles toutes regroupées sous le thème de l'art de la controverse, comme l'indique le titre. 

Mais ne vous y trompez pas, sous leurs aspects combatifs, les héros de ces nouvelles sont tous des êtres fragiles, profondément meurtris par leur éducation et par leur passé...

 

- Dans "l'art de la controverse" (nouvelle qui a donné son nom au recueil), le narrateur retrouve lors d'un forum sur l'Extrême-Orient, l'éminent professeur Hyeon qu'il rêvait depuis longtemps de rencontrer. Mais au moment où, invité dans le bureau de ce dernier, il trouve enfin un sujet qui lui permettra de ne pas sombrer dans le ridicule, le professeur Hyeon se met à lui raconter l'histoire du magnifique sabre qu'il possède, sabre ayant appartenu à un amiral du pays de Yan, au temps des Royaumes Combattants.

S'en suivent de délicieuses joutes oratoires où chacun ira de sa ruse, cherchant sans relâche le point faible de l'autre, pour gagner...

Le narrateur, pourtant formé à l'art de la controverse depuis son plus jeune âge par son père, n'aura de cesse de faire appel à ses souvenirs pour s'en sortir...

Mais y-aura-t-il bien un gagnant ?

Cette nouvelle a reçu en Corée le Prix de la meilleure nouvelle en 2014, prix décerné par un jury de critiques littéraires. 

 

- Dans "Par ici, par là", le lecteur retrouve Yang, un paysan de 50 ans qui vit tranquillement dans un petit hameau.  Il n'a jamais rien changé au rituel de sa vie quotidienne, rassurante et bien réglée, même depuis que ses enfants ont quitté la maison. Tous les matins, il part travailler dans les champs et les rizières pour faire vivre sa famille. Depuis toujours, pour s'y rendre, il emprunte un chemin "par ici", qui passe à côté du moulin. 

Mais une idée lui trotte dans la tête. Et si ce matin, il prenait ce chemin "par là", qui passe contre le moulin aussi, mais de l'autre côté ! 

Heureusement pour lui, Yang ignore totalement ce qui l'attend...

 

Ce matin, avant de s'orienter par ici, Yang s'arrête, en proie à une étrange sensation. De même que l'eau d'un lac paisible est troublée par la chute d'un caillou, des rides se forment sur la surface d'ordinaire étale de son cœur.
Ce tourment étreint quiconque est placé devant un choix [...]
Après une brève hésitation, il resserre son emprise sur le manche de la faucille et dirige ses pas vers le chemin par là. (p. 39)

 

- Dans la nouvelle "Lapins mode d'emploi", un couple est perturbé par l'amour inconsidéré que la femme porte à ses deux lapins. 

 

Supposons que pour mieux comprendre ceux qu'on aime, chacun se mette à la place de l'autre. Le genre humain disparaîtrait alors en trois semaines. (p.67)

 

C'est ce qui va arriver à la femme du narrateur...

Pour comprendre pourquoi ses deux lapins sont morts, peut-être empoisonnés par une des herbes du jardin, elle décide de se mettre à leur place.

Très vite, elle s'accroupit et observe avec ses grands yeux les herbes et les alentours.

Son époux ne la reconnaît plus et n'en revient pas !

Du salon , je la vois cueillir des pissenlits, des laiterons et du trèfle blanc...
Quelle douleur que de constater que votre compagne depuis plus de trente ans est devenue à la faveur d'une sieste, une authentique lapine ! (p.63 )

 

Et si lui aussi à son tour, voulait se mettre à la place de sa femme pour mieux la comprendre ?

 

- Dans "Krabi", le narrateur, pour sauver une relation amoureuse, décide d'emmener sa petite amie dans la station touristique de Krabi, un lieu où il a eu beaucoup de joie dans le passé avec sa mère, tout d'abord, puis tout seul lors de ses précédentes vacances. 

Là, au bord de la mer, dans cette petite station de Thaïlande, tout aurait pu bien se passer pour eux deux, mais voilà que tout tourne à la catastrophe...au plein sens du terme !

"Oui, c'était comme ça"...se répète-t-il, mais... hélas pour lui, ça ne l'est plus !

 

- Dans "Le chauffeur de taxi et l'économiste", il est question de la loi de Murphy. Mais oui, vous vous rappelez cette loi dite en bon français "de l'emmerdement maximum"...

En effet le pauvre économiste se retrouve durant un trajet en ville, dans un taxi, prisonnier d'un chauffeur qui ne cesse pas un instant de lui conter ses nombreux déboires et autres catastrophes dont sa vie n'est qu'une succession ininterrompue...

 

- Enfin dans "Menace sur le territoire", Beomsu, le narrateur a bien du mal à conserver un espace vital digne de ce nom lors de son voyage en train. C'est d'abord un voyageur qui ressemble à un repris de justice qui s'assoit près de lui, puis c'est une femme d'une cinquantaine d'années au derrière imposant...finalement c'est un vieillard. 

Les souvenirs reviennent le hanter.

Enfant le narrateur a vécu dans la rue, il lui a fallu se battre avec sa mère pour un peu d'espace pour dormir. Pendant longtemps sa mère avait préféré fuir, ce que Beomsu prenait pour de lâcheté.

Mais peu à peu en luttant contre ce vieillard qui envahit son espace vital, dans ce train qui file sans se soucier des enjeux qui se jouent dans ses entrailles, Beomsu va comprendre qu'il s'est trompé...qu'en fait sa mère était très forte. Vous verrez pourquoi...

 

J'ai passé un moment formidable avec ces héros capables d'autodérision qui sont tous vulnérables et donc si humains que le lecteur ne peut que s'attacher à eux et comprendre ce qu'ils vivent au quotidien ! 

 

Qui est l'auteur ?

 

Park Hyoung-su est né en 1972 à Chuncheon, en Corée du sud.

Après un baccalauréat en littérature coréenne, il poursuit des études supérieures.

Il fait ses débuts littéraires en 2000 en écrivant pour le magazine littéraire coréen Hyundae Munhak.

Il est actuellement enseignant à l'Université de Corée. 

Sa particularité  est d'être  un écrivain résolument moderne. Il appartient à un groupe de jeunes auteurs qui s'attache à casser les codes du récit traditionnel. 

Ces nouvelles captivantes en sont une preuve. 

Elles sont originales et pleines d'imagination, parfois même, proches du fantastique.

De plus elles sont bourrées d'humour et ne manquent pas non plus de poésie.

Si elles nous touchent de près, c'est parce que l'auteur ne parle que de personnes ordinaires, mais il sait rendre le récit des événements totalement désopilant et déforme la réalité jusqu'à l'absurde...

Dans ces nouvelles, le lecteur touche de près à l'injustice de la condition humaine et c'est par l'autodérision que l'auteur nous permet d'aborder des sujets gravissimes, encore d'actualité dans son pays (mais aussi dans le nôtre), comme par exemple, la vie dans la rue pour un enfant, l'inégalité devant la justice quand on n'a qu'un avocat commis d'office pour se défendre, la perte de la mère et le vide qui s'en suit et qui ne sera jamais comblé empêchant parfois pour toujours d'être heureux, les blessures et les humiliations subies durant l'enfance par un père trop rigide...

 

Park Hyoung-su est traduit pour la première fois en France dans le cadre de l'année France-Corée.

Il faut noter au passage le travail remarquable des traducteurs qui ont su préserver l'ambiance particulière de ces nouvelles en les rendant accessibles à notre culture occidentale.

 

Merci aux Éditions "L'Asiathèque" pour cet instant de lecture...magique. 

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commentaires

Yv 08/05/2017 11:21

Un recueil de nouvelles assez étranges qui franchement m'a ravi

manou 08/05/2017 14:33

Je vois que nous avons été sur la même longueur d'ondes

Nell 28/02/2016 13:49

L'humour et la poésie font bon ménage et je pense trouver mon compte dans ces nouvelles, donc j'adopte. Encore merci, Manou, de ton travail de fourmi. Bisous et beau dimanche

manou 28/02/2016 18:14

Merci Nell. Tu ne seras pas déçue car ces nouvelles sont tout à fait originales et très poétiques...

écureuil bleu 27/02/2016 13:49

Bonjour Manou. Ton enthousiasme est communicatif. Tu m'as donné envie de me procurer ce livre.

manou 27/02/2016 17:13

Lire des nouvelles est toujours agréable car même si on a peu de temps on peut en lire une de temps en temps. Celle là sont vraiment très spéciales...

Mimi 27/02/2016 08:49

Et bien voilà un titre qui va rejoindre directement ma PAL, d'abord pour améliorer ma connaissance des écrivains coréens et ensuite parce que je me demande ce qu'il y a de l'autre côté du moulin... Merci Manou !

manou 27/02/2016 09:45

Et tu ne seras pas déçue...

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