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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 08:11
Roman traduit de l'anglais par Robert Demarty

Roman traduit de l'anglais par Robert Demarty

Cette oeuvre n'était pas vouée à être publiée et n'a pas été retouchée par l'auteur qui est aujourd'hui une dame âgée...

 

Je vous passe la polémique liée à sa publication, les différents protagonistes qui se justifient mais se contredisent aussi, la concomittance entre la décision de publier ce texte et le décès de la soeur de l'auteur qui jusqu'à présent s'occupait de ses intérêts...

Vous retrouverez tout cela sur le net !

 

En effet, ce roman est la première  mouture, la matrice en quelque sorte de son précédent roman "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" paru en 1960 qui a obtenu le prix Pulitzer en 1961, et est devenu un tel best-seller mondial qu'il est toujours étudié en classe, non seulement en Amérique mais aussi dans l'hexagone.

 

"Va et poste une sentinelle" a été écrit en premier, puis refusé par son éditeur qui a demandé à l'auteur de développer davantage l'enfance de la petite Scout, ce qu'elle a fait dans "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur".

Ce dernier est devenu un symbole aux États-Unis, celui de l'antiracisme. Atticus Finch y est décrit comme un père et un avocat exemplaire. Il y défend un jeune noir accusé à tort de viol.

 

Dans "Va et poste une sentinelle" au contraire, Atticus apparaît comme raciste donc à l'opposé de ses idéaux.  Il participe à des réunions du Ku Klux Klan et il est membre d’une association locale très conservatrice.

L'auteur fait donc tomber Atticus de son piédestal et les américains ne le lui pardonnent pas !

 

En résumé, tout ce qui est important à savoir pour ceux qui ont lu les deux romans, c'est que "Va et poste une sentinelle" a bien été rédigé avant "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", mais que l'action se déroule 20 ans après.

 

 

 

On retrouve donc les principaux personnages mais dans les années 50.

 

Scout est devenue presque trentenaire et se fait dorénavant appeler par son vrai prénom,  Jean Louise. Elle est de retour à Maycomb pour deux semaines. Habituellement elle vit à New York et est venue passer quelques jours de vacances avec sa famille.

Elle est toujours intelligente, sensible et pétillante comme elle était enfant mais est devenue une jeune femme indépendante et consciente de ses droits.

Elle fume et adore provoquer le conformisme de sa tante et des habitants de Maycomb en s'habillant comme elle l'entend, en sortant sans chapeau, ni gants, et en pantalon par exemple !

Mais ses frasques vous le découvrirez, vont bien au delà de l'habillement et sont à l'image de ses aventures d'enfant...

 

Atticus est toujours avocat, bien que diminué par sa maladie qui l'empêche de se servir correctement de ses mains. Il a par contre beaucoup changé et vieilli.

Alexandra, sa soeur, la tante conformiste de Scout, vit maintenant auprès de lui, depuis que Jem le grand frère de Scout, est décédé subitement de la même maladie de coeur de leur mère, ce qui a anéanti la famille...et fortement diminué Atticus.

L'oncle, lui,  fait sa vie et passe toujours beaucoup de temps à philosopher.

 

Et Calpurnia, leur nounou, qui a bien vieilli, a pris une retraite bien mérité auprès des siens.

 

Jean Louise a une liaison pas forcément très sérieuse avec son ami d'enfance Henry Clinton (surnommé Hank) devenu le bras droit d'Atticus et qui désire l'épouser. Atticus a toujours soutenu et assisté Hank durant ses études de droit et maintenant il l'a pris comme assistant.

Mais Alexandra voit d'un mauvais oeil cette union : elle ne trouve pas Hank assez bien né, pour entrer dans la famille Finch.

Ces propos choquent profondément Scout.

 

Mais elle est encore plus choquée lorsqu'elle découvre parmi les livres de chevet de son père, un fascicule raciste.

Puis elle le surprend dans une réunion d'une association locale de défenseurs de la suprématie blanche "Le Conseil des citoyens" qui regroupent les personnalités les plus racistes du comté.

Elle découvre aussi, abasourdie, qu'Henry (Hank) soutient ces mêmes idées...

Terriblement déçue, elle se sent trahie pas celui qu'elle aime par dessus tout, son père. Et elle s'interroge ?

 

Comment Atticus, cet homme intègre opposé aux discriminations et à la ségrégation raciale peut-il siéger à un conseil des citoyens, aux côtés de ceux qui prônent la haine et la supériorité des Blancs sur les Noirs ?

Comment ses idées ont-elles pu à ce point évoluer ?

 

L'affrontement entre la fille et le père est inévitable...

Atticus se justifiera en disant qu'il est obligé de faire des concessions avec ses idéaux pour pouvoir continuer à défendre les lois de son pays.

Il lui demande : "Souhaites-tu voir des cars entiers de Noirs débouler dans nos écoles, nos églises et nos théâtres ? Souhaites-tu les voir entrer dans notre monde ?"

 

Mais Scout se rend compte qu'elle-même a changé : sa vie à New York a modifié sa perception des choses. Là-bas, personne ne s'offusque de s'asseoir  à côté d'un homme de couleur dans le bus ou le métro.

Ce qui n'est pas du tout accepté ici par les habitants de Maycomb, est quotidien là-bas et plus personne n'y prête attention.

Elle trouve d'ailleurs les habitants de Maycomb de plus en plus étriqués.

Elle ouvre les yeux, avec douleur, sur cette petite communauté qui était son royaume d'enfant.

 

Elle sera également déçue quand elle découvre que si elle-même a toujours considéré sa nounou comme une mère de substitution, Calpurnia, elle, a toujours su rester à sa place de domestique.

 

C’est toute l’incompréhension du Nord du pays envers le Sud dans les années 50 qui s’exprime ici à travers le nouveau regard que porte Jean Louise sur la petite ville...

 

Dans ce contexte la petite Scout rebelle devenue une jeune femme indépendante ne pourra que reprendre sa liberté...

 

Aussi, n'est-il pas étonnant que dans le contexte américain d'aujourd'hui, où la question raciale apparaît plus que jamais centrale (comme chez nous d'ailleurs), ce roman ait déjà tant fait parler de lui, depuis sa sortie...


"Chacun a son île, Jean Louise, chacun a sa sentinelle : sa propre conscience. Il n'existe pas de conscience collective."

 

 

Mon avis

 

J'ai eu du plaisir à retrouver les personnages.

Mais je reprécise que ce roman est un roman différent et qu'il ne constitue pas une suite...comme cela est mentionné dans beaucoup de chroniques sur le net. D'ailleurs les deux romans peuvent être lu séparément.

Mais bon j'aime bien la comparaison entre les deux...

 

 

Le style et l'écriture ne sont pas identiques : il y a des longueurs, les dialogues en particulier sont parfois lassants. Heureusement on retrouve l'humour de l'auteur et les frasques de Scout...

On sent que ce roman n'a pas été retravaillé. Il a du coup des points communs avec le précédent. Des anecdotes sont reprises et des remarques de Scout à peine modifiées...

 

Le changement d'idée d'Atticus apparaît finalement beaucoup plus vraisemblable...car en 1950 en Amérique, nous sommes dans une période trouble où la nation se déchire autour des questions raciales. Les lois interdisant la ségrégation scolaire sont en passe d'être appliquées et divisent la population. On constate aussi que beaucoup de personnes changent de point de vue au fur et à mesure des événements...

 

Scout a une prise de conscience douloureuse des idéaux de la province. Atticus tombe de son piédestal, ce piédestal où Scout l'avait toujours placé. Elle en sortira grandie et nettement plus encline à devenir enfin adulte.

L'auteur montre d'ailleurs la difficulté de devenir adulte, qui implique souvent de rejeter en partie ses parents et le modèle de vie qu'ils nous ont donné à voir, puis d'accepter le monde tel qu'il est et non pas comme on voudrait qu'il soit.

 

La difficulté étant bien sûr de conserver son libre arbitre et la possibilité d'exprimer ses idées, même opposées à celle des autres...ce que Scout est capable de faire, heureusement, car c'est comme cela que les lecteurs l'aiment !

 

Même si j'ai moins aimé ce dernier roman que "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" où la voix de la petite Scout m'avait beaucoup touchée...c'est un roman à lire car il décrit bien l'ambiance d'une époque, la montée du racisme, le traditionnalisme de toute une frange de la population et les peurs du changement dans les années 50 en Amérique.

 

Va et poste une sentinelle  / Harper Lee

 

Qui est l'auteur ?


Nelle Harper Lee est une écrivaine américaine, née en 1926 à Monroeville, dans l’Alabama, où elle réside encore aujourd’hui.

Après des études secondaires, elle entre à la Faculté Huntingdon puis à la Faculté de Droit.

Là elle commence sa carrière d'écrivain en publiant des articles pour des journaux étudiants. Elle devient d'ailleurs éditrice du journal satirique du campus.

Mais n'obtenant pas ses diplômes elle part à Oxford puis revient vivre à New York où elle travaille comme employée de bureau dans une compagnie aérienne.

Ses amis la poussent à écrire.  Truman Capote, son ami d'enfance en particulier, l'emmène avec lui lors de ses recherches autour du livre qui deviendra "De sang-froid" et paraîtra en 1966.

En 1957 elle présente un recueil de nouvelles à son agent qui lui conseille de développer l'une d'entre elles. Ce sera "Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur" qui paraît en 1959 (sous le titre original "To kill a Mockingbird"). Le succès du roman est immédiat ! Il connaît un destin hors du commun et reste  à ce jour l’un des livres les plus aimés des lecteurs du monde entier.

Traduit en français en 1960, il obtiendra le Prix Pulitzer en 1961. Le roman est adapté au cinéma sous le titre "Du Silence et des Ombres" en 1962. Ce film réalisé par Robert Mulligan avec Gregory Peck dans le rôle principal récolta 3 Oscars dont celui du meilleur acteur et de la meilleure adaptation ainsi qu'un prix au Festival de Cannes.

Véritable plaidoyer pour la justice,  le roman paraît en même temps que les lois en faveur de l'abolition de la discrimination scolaire et de la reconnaissance des droits civiques des afro-américains qui donnent lieu en Amérique, à des manifestatons violentes.

 

Lee Harper cesse ensuite de publier des romans. A t-elle eu peur de ne pas faire aussi bien ?

Elle fait quelques apparitions discrètes dans des journaux comme "Vogue". Le bruit court qu'elle aurait continué à écrire sous un pseudo et pour l'instant si cela est vrai, le secret est bien gardé.

 

Elle a donc créé l’événement en publiant, cinquante ans plus tard, "Va et poste une sentinelle" (Grasset, octobre 2015)...Plus personne n'attendait un de ses écrits.

 

 

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commentaires

manou 18/01/2016 08:31

Alors il faut commencer par "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" il est en poche et dans toutes les mediatheques...Tu me diras ce que tu en penses...

missfujii 18/01/2016 08:02

Moi non plus je n'ai lu aucun de ces deux romans, mais ta présentation me donne envie de le faire

manou 18/01/2016 08:33

Oups pardon ! Ma réponse est au- dessus...

Mimi 17/01/2016 10:47

Je n'ai lu aucun de ces deux livres, mais ai beaucoup entendu parler du premier. Quant au second, je me dis que cette auteure, désormais vieillissante, voulait le voir publier car à l'époque on l'en a plus ou moins empêché : il ne correspondait pas aux codes d'alors. Et 50 ans plus tard, ce même livre ne correspond toujours pas aux codes de bienséance (hypocrisie) d'où la polémique. Bizarre, étrange, ironique...

manou 17/01/2016 16:36

En effet cela prouve bien, helas qu'il n'y a pas de veritable changement de societe en ce qui concerne la violence et surtout le racisme...

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