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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 08:10
Otages intimes / Jeanne Benameur

Étienne est photographe de guerre. Son métier l'a amené à se rendre dans un pays en guerre dont on ne connaîtra pas le nom, en plein coeur de l'horreur.

Là, il a été enlevé et pris comme otage.

Après plusieurs mois de captivité et d'humiliation, il est enfin libéré.

 

Pourquoi lui ?

En échange de quoi ?

 

Il aimerait bien le savoir et se soucie aussi du sort de ceux qui au début de sa captivité, étaient otages comme lui. 

Dans l'avion qui le ramène vers la France, ses sentiments sont contradictoires, un mélange de peur, de joie violente, de culpabilité et de doute...

 

Depuis sa libération, il est revenu s'installer dans son village natal. Il a retrouvé Irène, sa mère qui l'a attendu tout ce temps, lui son fils, son unique amour.  Il rejoint aussi ses amis de toujours, Jonas, resté au village pour travailler patiemment le bois, puis Jofranka, qui est devenue avocate à la cour pénale internationale de La Haye et soutient les femmes en exil, maltraitées elles aussi par les guerres.

 

Mais Etienne n'est plus le même. Il se sent seul et incapable de raconter. Ses souvenirs envahissent son quotidien.

Il y a d'abord les souvenirs de son enfance, les moments de bonheur bien sûr passés auprès de sa mère et de ses camarades mais aussi, la disparition de son père, les trahisons de l'adolescence et sa fuite...

Il y a aussi sa vie avec Emma, sa dernière compagne qui ne supportait plus ses départs, d'être dans l'attente de son retour, de ne plus vivre...

 

Et puis les souvenirs de sa captivité l'obsèdent, comme le regard de cette femme qui tentait de sauver les siens et qu'il n'a pas eu le temps de prendre en photo pour la montrer au monde entier comme il savait si bien le faire.  C'est parce qu'il s'est arrêté au milieu de la rue pour la regarder et qu'il n'a pas fui comme les autres, qu'il a été enlevé.

Mais elle, qu'est-elle devenue ?  A-t-elle réussi à s'enfuir ? A-t-elle pu sauver les siens ? Est-elle morte aujourd'hui ?

 

 

Toutes les images qu'il a ou pas photographié, se mêlent dans sa tête jusqu'à l'étouffer...

Il est libre à présent mais reste prisonnier et otage de la guerre et de sa captivité.

Seule la marche en forêt apaise ses pensées et lui permet de se ressourcer...

 

D'avoir approché lui-même si près de la mort, d'avoir vu toutes ces horreurs, d'avoir voulu témoigner de la violence de guerre, amène Etienne à s'interroger sur ce qu'il est vraiment.

Il comprendra pourquoi il a choisi ce métier qui n'est pas sans risque, pourquoi il n'a pas pu rester avec Emma qui ne supportait pas ses abscences...

 

 

Ce que j'en pense

 

 

C'est un véritable retour à la vie que nous raconte Jeanne Benameur...dans ce roman bouleversant.

 

Une façon de commencer l'année sur une note d'espoir...

 

L'auteur prend le temps d'examiner tous les personnages qui entourent Etienne et de dévoiler une part de leur intimité, de leurs pensées. Elle nous livre leurs sentiments souvent contradictoires...mais si humains et prend le temps de les voir évoluer tout en laissant la place à la fois aux silences et aux mots.

 

Elle nous parle aussi d'inconnus que nous ne rencontrerons qu'un bref instant comme ce vieillard qui avait amené Etienne chez lui pour qu'il y joue du piano toute la  nuit...et de sa servante qui pleurait dans la cuisine en l'entendant jouer. Des moments magnifiques, emplis d'humanité qui ne peuvent que nous toucher en profondeur.

 

 

Quelle part de nous est prise en otage par les autres ?

Que cachons- nous au fond de nous-même dont nous n'avons pas toujours conscience ?

Comment survivre à la violence des hommes pendant les guerres et à la banalisation de la mort ?

Etienne pourra-t-il retourner là-bas ou dans un autre pays en guerre pour y exercer son métier ?

 

Ce sont toutes ces questions que l'auteur aborde avec ses mots bouleversants de vérité, ses phrases courtes et directes, sa façon d'alterner par petites touches les éléments de la vie quotidienne, les horreurs de la guerre et l'intimité des personnages...et de couper abruptement la fin de ses chapitres.

 

Car si elle veut montrer que l'entourage d'Etienne a été également pris en otage et doit se reconstruire après sa libération, elle veut aussi nous dire qu'on est tous otages de quelque chose, de notre passé, de notre enfance, de nos deuils, d'un  être qui nous a abandonné ou que nous avons aimé, mais aussi de nos désirs qui nous éloignent de la réalité et nous font oublier le temps présent...

A un moment de notre vie il faut s'en libérer pour avancer et vivre, tout simplement !

 

J'ai toujours beaucoup aimé les ouvrages de Jeanne Benameur à destination de la jeunesse dont vous pourrez consulter la liste sur le site de Ricochet.

Je dois avouer que c'est la première fois que je lis un de ses livres à destination des adultes. 

J'y ai retrouvé la profondeur, la puissance des mots et la poésie de son écriture.

 

C'est un roman difficile à oublier... Il faut le lire absolument !

D'ailleurs j'ai du mal à en démarrer un autre. C'est dire...moi qui suit plutôt du style boulimique côté lecture :)

Otages intimes / Jeanne Benameur

 

 

Quelques extraits parmi tant d'autres

 

"Son pas aura désormais cette fragilité de qui sait au plus profond du coeur qu'en donnant la vie à un être on l'a voué à la mort (...) Parce qu'il y a dans le premier cri de chaque enfant deux promesses conjointes : je vis et je mourrai" (p. 60)

 

"Etienne écrit ce matin-là dans un carnet Aucune nuit ne parviendra à me soulager de la fatigue sans fin de ceux que j'ai vu essayer de survivre". (p.66)

 

"Sous sa paume, il sent à la fois le bord de la pierre glacé par l'eau, et juste au-dessus, sa face brûlante de soleil. Les deux dans sa main. A l'intérieur de lui, c'est pareil. Il reste longtemps assis, le corps à nouveau immobile comme lorsqu'il était captif mais là, il est dehors, à l'air pur, et il peut bouger quand il veut. Pourtant captif. Les deux syllabes ne le lâchent pas (...) C'est dans les veines, c'est dans le sang maintenant ? (p.72)

 

"Il a connu la peur de ne plus être nourri et la rage d'être à la merci d'autres hommes pour simplement survivre. Il s'en est voulu de guetter chaque bruit comme un animal aux aguets." (p 77)

 

"...la mort, elle est "normale" pendant les guerres. Il n'y a même que là qu'on n'en fait pas toute une histoire. Pas d'histoire. La mort dans la guerre, c'est la norme, le luxe c'est de mourir vite, sans souffrir." (p 155-156)

"C’est trop fort le souffle entre ses côtes, il n’arrive plus à respirer. Il y a eu l’air contre sa peau, une sensation tellement intense avant d’entrer dans l’avion. Maintenant il essaie de se concentrer sur une musique dans sa tête. Pendant tout ce temps enfermé c’est comme ça qu’il a réussi à tenir quand tout menaçait d’exploser à l’intérieur. Jamais il n’aurait pensé qu’il avait si bien gardé en mémoire cette musique. Des années et des années qu’il s’était détaché du piano de son enfance, de son adolescence. Des années qu’il n’était plus dédié qu’à son métier de photographe de guerre : témoigner, informer, prendre les clichés les plus justes, ceux qui saisissent le monde tel qu’il est, dans son horreur, dans sa force de vie parfois, qui résiste. Il était loin, son piano. Pourtant une partition était là, dans sa tête. Le trio de Weber. Et il s’est efforcé de la retrouver, note par note. Il pense à Enzo, l’ami de toujours, à la voix puissante, tendre, du violoncelle et à Jofranka, leur sœur de cœur, au son grave et léger de sa flûte. C’est avec ce souvenir qu’il s’est rassuré quand il se sentait prêt à sombrer complètement. - See more at: http://www.envies-de-livres.fr/2015/10/otages-intimes-jeanne-benameur.html#sthash.Yr3SBiX2.dpuf
"C’est trop fort le souffle entre ses côtes, il n’arrive plus à respirer. Il y a eu l’air contre sa peau, une sensation tellement intense avant d’entrer dans l’avion. Maintenant il essaie de se concentrer sur une musique dans sa tête. Pendant tout ce temps enfermé c’est comme ça qu’il a réussi à tenir quand tout menaçait d’exploser à l’intérieur. Jamais il n’aurait pensé qu’il avait si bien gardé en mémoire cette musique. Des années et des années qu’il s’était détaché du piano de son enfance, de son adolescence. Des années qu’il n’était plus dédié qu’à son métier de photographe de guerre : témoigner, informer, prendre les clichés les plus justes, ceux qui saisissent le monde tel qu’il est, dans son horreur, dans sa force de vie parfois, qui résiste. Il était loin, son piano. Pourtant une partition était là, dans sa tête. Le trio de Weber. Et il s’est efforcé de la retrouver, note par note. Il pense à Enzo, l’ami de toujours, à la voix puissante, tendre, du violoncelle et à Jofranka, leur sœur de cœur, au son grave et léger de sa flûte. C’est avec ce souvenir qu’il s’est rassuré quand il se sentait prêt à sombrer complètement. - See more at: http://www.envies-de-livres.fr/2015/10/otages-intimes-jeanne-benameur.html#sthash.Yr3SBiX2.dpuf

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commentaires

Mimi 07/01/2016 19:06

J'ai découvert Jeanne Benameur avec ce titre. J'ai beaucoup aimé son ecriture et me suis promise de poursuivre ma connaissance de cette auteure.

manou 08/01/2016 08:08

Je vais faire de même puisque à part ses livres écrits pour la jeunesse je l'ai découverte aussi avec ce titre...

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