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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 09:46
Goat Mountain / David Vann

Quatrième de couverture

 

"Automne 1978, nord de la Californie. C’est l’ouverture de la chasse sur les deux cent cinquante hectares du ranch de Goat Mountain où un garçon de onze ans, son père, son grand-père et un ami de la famille se retrouvent comme chaque année pour chasser. À leur arrivée, les quatre hommes aperçoivent au loin un braconnier qu’ils observent à travers la lunette de leur fusil. Le père invite son fils à tenir l’arme et à venir regarder. Et l’irréparable se produit.

De cet instant figé découle l’éternité : les instincts primitifs se mesurent aux conséquences à vie, les croyances universelles se heurtent aux résonances des tragédies. Et le parcours initiatique du jeune garçon, abandonné à ses instincts sauvages, se poursuivra pendant plusieurs jours, entre chasse au gibier et chasse à l’homme."

 

 

**************************************************************

Un jeune garçon de 11 ans accompagne son père et son grand-père à la chasse. Tom un ami de la famille se joint à eux. Le chemin pour arriver à leurs terres est périlleux mais l'aventure ne fait pas peur à l'enfant.

Depuis plusieurs années il n'a pas eu le droit de tenir un fusil. Mais cette année, le jeune garçon aura enfin le droit de tirer et il compte bien pendant ces quelques jours, abattre seul son premier cerf et le dépecer sans aide, car c'est le rite de passage obligatoire pour devenir enfin un homme.

"Une partie de moi-même n'aspirait qu'à tuer, constamment et indéfiniment." (p. 21)

 

Mais alors que son père surveille un braconnier avec son fusil à lunettes et invite le jeune garçon à regarder dans le viseur, celui-ci appuie sur la détente et tue l'homme sur le coup.

Et ce qui est terrible c'est que le lecteur comprend immédiatement qu'il a aimé ça...

Ce qui devait être une simple aventure "entre hommes", bascule dans l'horreur !

 

Que vont-ils faire du cadavre ?

C'est à peine croyable mais vrai : ils emmènent le cadavre avec eux et installent le campement comme si de rien n'était. Ils enveloppent son corps dans un sac et le suspendent là où les cerfs sont suspendus habituellement.

Mais, même s'ils sont taiseux, la tension entre eux est tout de suite palpable.

Chacun a sa propre idée de ce "qu'il faut faire".

Tom veut redescendre voir le shérif et dénoncer l'enfant.

Le père le protège... "Tu es mon fils. Je suis ici pour t'aider. J'essaie de comprendre ce que tu peux bien être, et j'essaie de t'empêcher de le devenir." (p. 209) dit-il à son fils qu'il aime malgré tout même s'il l'a toujours élevé tout seul, durement et sans aucune tendresse. 

Il menace même d'accuser Tom pour le pousser à se taire.

Le grand-père, lui, se contente de citer les règles d'antan dont personne ne se souvient...et menace de faire justice lui-même en tuant son petit-fils, ce qu'il n'arrive pas à faire, puis en lui faisant durement payer son acte...

 

 

Ce que j'en pense

 

C'est un roman qui m'a plusieurs fois échappé des mains. Je ne voulais pas le finir, puis je l'ai repris et j'ai même prolongé le prêt à la médiathèque. J'étais à la fois tentée de survoler certains passages quasi insoutenables tout en étant fascinée par l'écriture de l'auteur, par l'ambiance qu'il réussit à créer entre les personnages, par la façon dont il amène les événements...

 

C'est un récit très sombre que l'enfant devenu adulte nous raconte. Un passage initiatique brutal en plein coeur d'une nature sauvage où la violence des sentiments et des rancoeurs familiales et humaines est exacerbée et atteint son paroxysme.

En effet, la sauvagerie des personnages va crescendo...d'autant plus qu'ils poursuivent leurs journées de chasse comme si rien n'était arrivé et que la suspicion entre eux n'arrange pas l'ambiance.

 

Le narrateur d'ailleurs ne culpabilise en rien de son acte au début du récit mais en comprend peu à peu les conséquences pour lui-même et pour sa famille, une fois qu'il a tué son premier cerf et surtout lorsqu'on l'oblige à trouver une sépulture pour le cadavre.

"Ce qui est instinctif porte soudain le poids d'une conséquence, notre nature animale trahie par la conscience." (p. 150)

 

Le récit est étayé de réflexions religieuses et métaphysiques. Le narrateur est obsédé par les meurtres racontés dans la Bible et en particulier par Caïn.

Si enfant, il ne faisait pas véritablement le lien entre ses actes et la moralité sociale indispensable à la vie communautaire et au respect de la vie, il nous montre que son acte l'a poursuivi mentalement jusqu'à l'âge adulte. 

"Nous étions toujours occupés à tuer quelque chose, c'était comme si nous avions été mis ici-bas pour tuer".

 

Mais le narrateur, devenu adulte, comprend que l'acte est différent selon qu'il s'agisse d'un animal ou d'un être humain.  Il se livre à une véritable réflexion sur les instincts primitifs des hommes tout en étudiant la naissance de la culpabilité dans les textes fondateurs.

 

Il est difficile pour le lecteur de rester à l'état de simple spectateur : c'est en cela que c'est un roman dérangeant et très dur que j'ai eu beaucoup de mal à finir.

L'atmosphère est oppressante et certaines scènes, d'une très grande violence. 

Car ce roman révèle la part d'animalité et de violence qui subsiste en chacun de nous et qui refait surface dès que l'instinct de survie est en jeu...

 

Je ne crois pas relire un jour un autre titre de cet auteur tant j'ai trouvé ce roman difficile...

L'auteur n'a pourtant pas son pareil pour nous décrire les paysages sublimes, la psychologie des personnages et nous faire ressentir l'ambiance !

 

Mais bon en ce moment, dans nos sociétés modernes, nous touchons de près les dégâts que la violence humaine peut provoquer et je trouve que ce roman finalement n'apporte rien en rappelant que cette violence a toujours existé et fait partie intégrante de la nature humaine...

 

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commentaires

Velidhu - Que Lire ? 27/01/2016 13:13

Je l'ai dans ma pile à lire ! C'est vrai qu'il paraît que ce roman est très dur... A voir s'il me plaira...

manou 27/01/2016 13:18

J'attends ton avis de grande lectrice avec impatience...

missfujii 25/01/2016 07:48

Après avoir lu ta chronique, je ne sais pas si j'ai envie de lire ce roman !

manou 25/01/2016 07:56

Comme je l'ai dit je suis partagée. L'écriture de l'auteur est très particulière. Peut-être faut-il aimer la chasse pour l'apprécier vraiment ? En tous les cas c'est un auteur qui m'aura marqué.

Bernieshoot 24/01/2016 16:56

un roman sombre mais hélas réaliste sur la violence humaine

manou 25/01/2016 07:53

En effet très sombre et qui ne nous laisse pas beaucoup d'espoir...

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