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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 08:45
A l'origine notre père obscur / Kaoutar Harchi

Elles sont enfermées dans la maison des femmes, une bâtisse sombre entourée de grands murs qui isolent les femmes du monde. Seule la cour intérieure leur permet de respirer un peu car les chambres n'ont pas de fenêtres.

 

Qui a décidé de les enfermer là ? Leurs proches...leur père, oncle, frère, cousin ou mari qui ont tous les pouvoirs.

 

Pourquoi ont-elles été enfermées là ? Parce qu'elles ont "fauté", "trahi" ou qu'on a supposé que...ou qu'on les a accusé de... ou que la rumeur a dit que...

 

Sont-elles enfermées à clé ? Non si elles le voulaient elles pourraient sortir mais le poids de la société est tel qu'aucune n'y songe.

 

"Aucun gardien, ici, ne surveille les femmes .Elles vivent sous le poids des règles familiales inculquées depuis l'enfance et sont devenues leurs propres sentinelles. Vous savez, jamais aucune n'osera ramasser ses affaires, pousser la grande porte et partir. Toutes attendent, même s'il arrive à certaines de le nier, le retour de l'époux qui lèvera la sentence les autorisera à se diriger vers la sortie."

 

Elles attendent dans le désespoir la visite de leur mari, frère, oncle, cousin, père venu lever la sentence et leur permettre de rentrer enfin chez elle.

 

Mais avant il leur faudra avouer, même ce qu'elles n'ont pas commis.

 

Là, dans cette sorte de prison,  vivent une mère et sa petite fille de 7 ans.

La petite est née et a grandi ici sans rien comprendre à sa situation.

Elle apprend peu à peu l'histoire de ces femmes qui l'entourent et qui l'étouffent tant elles sont en manque d'amour.

 

Mais peu à peu la mère s'éloigne d'elle. Elle grandit sans l'amour de celle qu'elle adore, sans tendresse au point de ne plus vouloir qu'on la touche et aborde l'adolescence en reniant ce corps qui change et qu'elle ne peut accepter de voir.

C'est maintenant un besoin irrépressible de liberté qui l'anime et parfois un désespoir sans fond qui la pousse ensuite à la rebellion.  

 

Elle va un jour, oser franchir la porte et sortir de sa prison, pour rejoindre ce père inconnu, cause de tous les maux et recevoir enfin, elle l'espère,  un peu d'amour.

 

D'autant plus que la mère meurt...

"Je suis malheureuse car si, en réalité, il y a deuil et douleur, tristesse et affliction, en vérité , il n'y a qu'allée et venue. Il n'y a que passage. Et je promets à la mère, dans mes errements, dans mes égarements, dans mes rêves, dans mes hallucinations, de ne jamais la retenir là d'où la vie a voulu qu'elle parte.Je promets, en fermant les yeux et en me souvenant d'elle morte, d'elle sous la terre, de ne jamais crier au scandale car alors je serai la fille qui ignore que tout ce qui nous est donné un jour nous est repris plus tard, que rien ne nous appartient, pas même ces Mères dont nous venons , pas même ces enfants qui viennent de nous , que rien n'est possedé qui ne finisse par nous posseder à son tour..."

 

Mais l'arrivée dans la grande maison bourgeoise où vit sa famille, lui fait découvrir l'ampleur de la névrose familiale.

 

Ce que j'en pense

 

C'est un roman tout en ambiance et en silences qui se lit très vite.

L'écriture est très poétique, parfois lyrique et souvent très imagée. Il n'y a aucun dialogue mais le lecteur les imagine tous.

 

L'histoire est intéressante et nous dévoile un pan de la condition féminine d'un pays inconnu, et qui ne sera pas nommé, où les hommes sont les seuls juges parce que la société n'est faite que pour eux....

Mais le roman dénonce aussi le poids de la complicité active des autres femmes, empêchant une quelconque rebellion.

 

Chaque chapitre est précédé par une citation de la bible et montre par là, l'universalité de l'histoire, car la violence envers les femmes est inscrite dans les textes fondateurs de la culture judéo-chrétienne comme dans ceux des civilisations arabo-musulmanes.

 

Le roman alterne donc entre le poids des traditions et le désir d'émancipation de la jeune femme. 

Le lecteur entre dans l'intimité de ces femmes privées d'amour et vivant dans ce huis-clos étouffant, dans leurs délires et leurs larmes, mais aussi dans des extraits de journaux intimes écrits par celles, silencieuses et invisibles, qui n'ont pas pu s'exprimer autrement au grand jour...

 

Mais finalement j'ai un avis mitigé sur ce livre que j'avais pourtant noté dans ma LAL depuis sa sortie en 2014.

C'est un très beau roman, très poétique, j'en conviens et que j'ai lu avec plaisir sans me forcer...habituellement, d'ailleurs j'adore les textes publiés chez Actes Sud.

Mais j'ai le sentiment d'avoir survolé l'histoire, d'être passée à côté de quelque chose : je ne suis pas entrée émotionnellement dans l'histoire et je suis trop souvent restée sur le bord de la route en observatrice de ces femmes qui souffrent et qui ne peuvent pas se révolter tant elles sont sous l'emprise psychologique de leurs bourreaux.

 

Il faudra donc que je tente un autre titre...

 

 

 

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commentaires

missfujii 15/01/2016 07:30

Je travaille dans le social, et je fais partie de l'association ''Femmes solidaires'' et je peux te dire que ça existe même chez nous !!!

manou 15/01/2016 11:36

Oui je te crois sans peine d'autant plus que j'ai travaillé plus de 10 ans dans un lycée pro et je sais ce que certaines jeunes filles subissaient...L'histoire m'a convaincu c'est juste que je pense avec le recul que l'auteur a voulu mettre tellement de distance entre elle (son vécu ou celui des femmes de sa famille) que cela m'a empêchée d'être touchée en plein cœur ce qui m'arrive souvent avec les histoires vraies...

Mimi 14/01/2016 23:00

Pas de pays nommé mais plusieurs me sont venus à l'esprit. Même le poids des traditions rend cruelle la femme envers ses consœurs : tout ça pour dire que puisque je l'ai vécu, puisque je l'ai subi, tu feras la même chose et tu te tairas... Difficile à supporter n'est-ce pas ? Je crois que c'est pour ça que j'ai du mal à entrer dans ce genre de roman, car chez nous, la rébellion existe. Nos mères, nos grands-mères se sont battues pour notre liberté.

manou 15/01/2016 11:39

C'est vrai que le plus dur ce n'est pas ce que le livre raconte car on sait tous que c'est vrai même si aucun pays n'est nommé, c'est en effet le fait que tout cela soit subi de génération en génération...et la jeune fille qui "ose" essayer de s'en sortir est bien courageuse et se retrouve très seule.

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