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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 07:40
La maladroite / Alexandre Seurat

C'est un livre terrifiant et douloureux, inspiré d'un fait divers réel (la mort, suite à des maltraitances parentales de la petite Marina, 8 ans)...

Je ne voulais pas le lire au départ car déjà, le fait divers lui-même, m'avait beaucoup touché. Comment peut-on en venir à tuer son enfant ?

Et puis j'en ai parlé avec des amis et je me suis dit que je leur devais bien ça, à l'auteur qui a su parler d'un tel sujet avec autant de talent, et à cette petite fille morte sans que personne n'agisse assez vite pour la sauver...

Voilà pourquoi j'ai décidé de lire ce roman puis d'écrire cette chronique sur ce blog.

 

Le talent de l'auteur est indéniable : c'est un premier roman époustouflant.

La construction du roman renforce les propos car l'auteur invite chacune des personnes qui a connu la petite fille à venir témoigner de ce qu'elle a vu, pensé, noté par écrit dans des rapports, ou carrément pas voulu voir.

La grand-mère, la tante, le grand frère, la mère, les institutrices,  tous les membres des équipes médicales scolaires ou non, et même les gendarmes... Tous s'expriment chacun leur tour, tous avaient vu que quelque chose n'allait pas chez Diana.

Le ton employé, distant,  ressemble à un témoignage lors d'un procès pour certain ou à une confession, celle que l'on peut se faire à soi-même...

Il permet de créer un certain recul avec l'histoire réelle, comme une sorte de protection indispensable pour éviter trop d'émotion ce qui pourrait occulter notre jugement. 

Le lecteur ne peut que se révolter devant l'impuissance des témoins de ce drame. 

 

Le roman débute par cette phrase (dans le prologue)

L’institutrice : "Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard".

Le lecteur sait tout de suite que c'est trop tard. S'il ne connaissait pas le fait divers, il est directement en connexion avec le drame.

En retard scolaire évident mais très mature pour d'autres choses, Diana, la petite fille dont la mère avait voulu accouché sous X, avant de changer d'avis un mois plus tard, est à l'évidence maltraitée par ses parents.

Chaque marque sur sa peau, donne pourtant l'objet d'une explication claire et cohérente de la part des parents et de l'enfant. Elle est maladroite, elle tombe, elle n'écoute pas ou fait des bêtises, elle se bagarre avec son grand frère...

 

Les adultes se sentent coupables mais la machine judiciaire est ainsi faite que pour accuser des parents, il faut des preuves...

Et il n'y a (presque) rien dans le dossier selon l'avis de la justice. Beaucoup trop pour les instituteurs et directrices d'école...

Mais les parents sont maîtres à bord. Ils dissimulent leurs actes et donnent l'aspect d'une famille unie et aimante. Les enfants sont bien élevés, bien soignés, bien habillés et si polis.

Tout le monde voit bien que les parents se soucient de leurs enfants, ils sont même carrément "charmants".  Ils trompent en fait tout le monde en déménageant souvent quand les services sociaux s'approchent un peu trop près de la vérité...

 

En refermant ce roman je me suis demandé comment les autres enfants de la famille et surtout le grand frère pouvait vivre après un tel drame. Il n'était qu'un enfant et ne pouvait rien faire non plus mais finalement il est le seul à avoit été témoin en direct de l'exécution programmée de sa petite soeur. C'est d'une grande violence psychologique.

D'ailleurs le roman se termine sur les mots d'Arthur :

" Alors je me pose des questions bizarres, je me demande si, dans le cas où on aurait été dans une autre famille, et dans un autre monde, si elle avait pu être elle et si j'avais pu être moi, est-ce qu'on aurait été comme un frère et une soeur (...) est-ce que les autres que nous aurions été auraient pu être frère et soeur ?"

 

L'auteur a su raconté des faits, faire passer des émotions, la culpabilité et la violence sans jamais porter de jugement. Il ne décrit d'ailleurs, aucun fait de violence directement, mais les silences s'avèrent être pires que les actes et la répétition des faits que Diana reprend mot pour mot, montre bien à quel point elle n'a jamais cessé de faire confiance à ses bourreaux, de les protéger et de les aimer...

 

Inutile de se voiler la face. Diana a réellement existé et a succombé sous les coups de son père qui n'a même pas nié les faits. Et des enfants comme la petite Diana, des enfants en danger, il y en a beaucoup trop...

Il y a de quoi s'indigner et en être bouleversé, mais cela n'est pas suffisant.

La justice fait ce qu'elle peut, parfois c'est de l'aide psychologique qu'elle propose à des parents fragilisés par leur propre situation familiale ou psychologique, parfois c'est le retrait de l'enfant qui est alors placé dans une famille d'accueil mais, pour aller jusqu'à une condamnation, c'est plus difficile...

 

Car au fond ce livre nous parle de tout ça : de l'échec d'un système, de la lourdeur d'une administration qui propose de l'aide aux parents par respect pour leurs droits et qui attend avant de condamner de peur de commettre une erreur, alors qu'il faudrait pouvoir agir plus vite dans l'intérêt des enfants et surtout coordonner davantage les différents services pour ne plus jamais passer à côté...

 

Et pourtant je reste persuadée que chacun fait ce qu'il peut.

Pour avoir cotoyé des assistantes sociales dévouées, des médecins scolaires attentifs et sérieux et des enseignants toujours à l'écoute des problèmes de leurs élèves malgré le programme à finir et la classe surchargée, je me dis, qu'il faudrait juste arrêter de discréditer les enseignants, de leur faire un peu plus confiance car ils sont les seuls à être aux premières loges (avec le médecin de famille, mais existe-t-il encore ?) pour découvrir que quelque chose ne va pas chez un enfant...souvent plus que leur propre famille.

 

 

 

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Published by manou - dans lecture lecture adulte
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commentaires

Mimi 04/12/2015 16:03

Difficile lecture en-effet... Je ne crois pas avoir le courage de lire un tel témoignage, même romancé.

Mimi 04/12/2015 17:35

C'est tout à ton honneur...

manou 04/12/2015 17:33

Je comprends. Je pensais la même chose au départ mais comme on a beaucoup parlé de l'auteur, je voulais me faire ma propre idée.

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