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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 08:15
Retour à Watersbridge / James Scott

Un soir glacial de l'hiver 1897, Elspeth Howell revient de la ville où elle a travaillé durant quelques mois comme sage-femme. Elle vient de marcher péniblement depuis plusieurs heures dans la neige, et dans sa hâte de retrouver son foyer, elle presse le pas pour arriver avant la nuit.

Mais lorqu'elle arrive en vue de la ferme, elle s'étonne de ne voir aucune lumière, de n'entendre aucun bruit, et malgré la neige et le brouillard, de n'apercevoir aucune fumée dans la cheminée...Elle est saisie d'un violent pressentiment. 

 

C'est alors qu'elle découvre l'horreur : les siens ont été sauvagement assasinés : Amos avait quatorze ans, Jesse dix ans, Mary quinze ans et Emma six ans. Jora, son époux n'a même pas eu le temps de se lever avant d'être abattu dans son lit.

C'était un homme pieux et religieux. Il était d'origine indienne et c'est parce que Elspeth et lui s'aimaient qu'ils avaient fui, pour s'installer loin de la ville dans cette ferme isolée, bâtie de leurs mains...

Dans son affolement elle ne retrouve pas le corps de Caleb, son fils de 12 ans, le seul de ses enfants qui avait l'habitude de dormir dans la grange avec les animaux. La grange est inaccessible et la porte est coincée par la neige.

Lorsqu'elle entend du bruit dans la réserve, elle s'en approche...Caleb, caché à l'intérieur est mort de peur. Il croit, en entendant les bruits de pas se rapprocher de sa cachette que les hommes sont revenus : il tire sans réfléchir à travers la porte avec le fusil de son père et blesse grièvement sa mère.

 

Elspeth va lutter pendant des jours...secouée de fièvre, affaiblie par le manque de nourriture et la perte de sang. Pendant ce temps, son jeune fils ne sait plus que faire pour la soigner et peut-être la sauver, tout en s'occupant des corps de ses frères et soeurs, et de son père : il ne peut pas les enterrer à cause du gel.

C'est en voulant les brûler que Caleb met le feu à la maison. Il a juste le temps de tirer sa mère au dehors. Ils passent une première nuit glaciale sous une simple bâche, puis Caleb réussit à s'introduire dans la grange dont la porte est resté coincée par la neige, à allumer du feu et à tirer sa mère à l'abri.

 

Lorsque Elspeth se réveille enfin, au sortir de sa fièvre et de son délire, elle s'aperçoit que Caleb a extrait les plombs avec la pointe d'un couteau, a désinfecté ses plaies et lui a fait des bandages de fortune.

Quelques jours après, se sentant mieux, tous deux décident de prendre la route pour rechercher les assassins...

Ils n'ont plus qu'une idée en tête : se venger !

 

Qui sont ces trois hommes au foulard rouge venus assassiner leurs proches ? Que voulaient-ils ?

Apparemment, les trois hommes se sont dirigés vers la ville de Watersbridge.

Mais en regagnant ce lieu qu’elle a quittée il y a de nombreuses années, Elspeth se retrouve obligée d’affronter son passé et ses propres péchés...

 

Elle profite du fait que tout le monde la prend pour un homme, pour trouver du travail sur le chantier de la glacière. Caleb, lui, est embauché comme garçon à tout faire, au saloon local, qui est aussi un bordel. Lui qui n'a jamais quitté la ferme de ses parents, va devoir s'adapter à la ville et découvrir  ses joies et ses dangers.

Il va peu à peu comprendre qu'il n'est pas l'enfant de Jora et d'Elspeth.

 

Et c'est bien tout le secret d'Elspeth, qui va être peu à peu révélé au lecteur.

Elspeth n'a pas été qu'une simple sage-femme (ou infirmière) lorsqu'elle se rendait à la ville pour travailler quelques mois dans l'année, avant de rejoindre sa famille à la ferme, avec ses gains en poche...

 

 

Mon avis

 

Le roman commence comme un western...glacial. Il se déroule au coeur de paysages de neige et de glace, et dans le silence des étendues désertiques.

 

C'est un roman noir très psychologique. Les deux survivants de cette famille nous livrent leurs tourments intérieurs : ils sont empétrés dans  leur culpabilité et étouffés par les secrets enfouis si longtemps qu'ils n'osent plus se les révéler...

C'est un roman réaliste qui nous montre sans détours la violence, la misère, l'exploitation des hommes et des enfants, et le peu de prix accordé à la vie humaine. 

C'est aussi un roman qui montre l'Amérique rurale telle qu'elle était, avec la pauvreté de ses habitants, l'insécurité au travail, les dégâts occasionnés par l'alcool ou les bagarres, la banalité avec laquelle n'importe qui peut posséder une arme et surtout s'en servir pour tuer et se venger de n'importe quel affront...

 

Le livre est découpé en trois parties.

La première partie est terriblement violente : la jeune femme retrouve sa famille assassinée, puis elle est blessée et le lecteur assiste alors à des scènes très réalistes où Caleb, qui n'a que 12 ans et n'est encore qu'un enfant, doit s'occuper des corps de ses frères et soeurs, et soigner sa mère...

Caleb et sa mère doivent ensuite affronter le froid, la faim, le dénuement et la souffrance. Leur marche pour s'enfuir est particulièrement éprouvante, les rencontres rares, la nature alentour sauvage et inhospitalière.

 

Dans une deuxième partie, qui constitue à elle seule presque tout le roman, mère et fils arrivent à Watersbridge. La ville grouille de truands, de prostituées et de travailleurs épuisés par l'exploitation d'une glacière sur les rives du lac Erié.

Voilà le lecteur plongé dans une Amérique pleine de contradiction, vivant du petit commerce, de l'alcool et de la prostitution, une bible à la main...

 

La troisième partie est très courte et le dénouement presque prévisible...

 

Au fur et à mesure de l'histoire, le lecteur comprend, abasourdi, qu'Elspeth n'a jamais pu avoir d'enfant et que tous ceux qu'elle a considéré comme les siens, ont été des enfants volés.

Et Caleb est sur le point de le découvrir...

Il découvre ainsi que les trois tueurs ne sont pas venus par hasard massacrer sa famille. Son père et sa mère avaient bien des choses à cacher, comme par exemple les corps que son père enterrait depuis des années dans la clairière et que Caleb avait découvert.

 

L'auteur sait distiller peu à peu les secrets de famille, tout en ménageant le suspense. Il alterne vie quotidienne, travail et scène spectaculaire comme l'effondrement de la glaciaire.

Il nous parle de vengeance, de la puissance du lien filial et de recherche d'identité.

Il dresse une série de portraits de personnages inoubliables.

Son écriture est nette, sans fioriture, même si l'auteur commet quelques maladresses dans le déroulé des événements.

Le début du roman est poignant, la description de la découverte des corps par Elspeth est très réaliste. Les pages où Caleb s'occupe des siens se tournent toutes seules tant on veut savoir jusqu'où l'horreur va se poursuivre.

Heureusement l'auteur sait offrir au lecteur quelques digressions qui apportent un peu de légèreté à ce monde violent et impitoyable : description très poétique de paysages, moments de complicité ou de tendresse inespérés...

 

J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce premier roman que je ne considère pas du tout comme un polar. Il est plus proche du western et du roman d'initiation...

D'après moi, c'est un auteur à découvrir absolument et à suivre.

« Un premier roman exceptionnel, par une nouvelle voix éclatante de la fiction américaine.» d'après Ron Rash. Nous pouvons, je crois, lui faire confiance...

 

Quelques extraits

 

"À neuf ans, quand il avait décidé d’explorer seul leur territoire pour la première fois, il avait découvert un endroit magique, silencieux, de l’autre côté de la colline : quatre petits tertres dans une clairière bordée d’érables jaspés au tronc rayé et noueux, qui poussaient sur les rochers comme pour les clouer au sol. Les arbres paraissaient taillés, l’herbe bien entretenue, et Caleb s’était senti à l’abri dans cet endroit, parfaitement en sécurité. Deux jours après avoir vu l’homme mourir dans le champ, il avait voulu se réfugier dans ce havre de tranquillité pour essayer de calmer le martèlement dans sa poitrine, et de chasser les cauchemars qui le hantaient depuis qu’il avait recouvré le sommeil. Mais la paix du lieu avait été bouleversée par l’ajout d’un cinquième tertre, sur lequel des brins d’herbe se mêlaient à la terre fraîchement retournée." (p.49)

 

"Caleb s'efforça de résister au désir de fuir. Il redoutait de ne pas être à la hauteur des attentes de son père, qu'il aimait tellement à l'époque qu'il passait son temps à l'observer en secret, à essayer de copier sa démarche, ses attitudes, et même ses intonations. Jora l'avait immobilisé sur place d'une main ferme. "Celui qui se souvient de la correction prend le chemin de la vie. Mais celui qui oublie la réprimande s'égare". Caleb avait lâché son couteau..."  (p.91)

 

"Caleb n'avait jamais entendu parler des parents de ses parents. Pour sa part, il ne s'était même jamais posé la question de leur existence et, brusquement (...) le monde lui ouvrait de nouveaux horizons, peuplés de ces personnes étranges qui venaient prendre corps dans son imagination." (p. 96)

 

" Caleb revoyait les ossements entremêlés de ses frères et soeurs, leur bouche figée sur une grimace de douleur. La terreur qu'il avait éprouvée lorsqu'il s'était faufilé hors du cellier le hantait. Il lui semblait parfois que les squelettes bougeaient, ou il penasit entendre une respiration, à moins que ce ne soit un soupir, mais, lorsqu'il se ressaisissait, rien n'avait changé. Emma gisait toujours dans la neige..." (p .158)

 

"Elle regarda Caleb chuter et mordit son écharpe pour étouffer son cri, par crainte d'alerter le géant ou son patron. Elle crapahuta dans la neige. Quand elle rejoignit le jeune garçon, il avait les cheveux collés par la sueur et des fragments de peau se détachaient de ses mains en sang. Elle approcha l'oreille de sa bouche. Rien. Elle aurait voulu ordonner à son cœur d'arrêter de battre, pour avoir le silence complet." (p. 358)

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commentaires

adeline L 26/11/2015 15:53

oulà un roman psychologique bien noir, un peu trop pour moi et pour la période lol, j'ai besoin de gaieté en ce moment je crois mais merci pour ton avis

manou 26/11/2015 17:14

C'est vrai que ce roman est plutôt noir...Merci Adeline de ta visite et de ton blog rafraichissant qui me rajeunit d'un seul coup ! Je te le promets je viendrais le voir de temps en temps...

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