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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 15:45
Le fil de Yo / Caroline Tiné

Yo est infirmière dans une clinique psychiatrique de la banlieue parisienne, depuis maintenant deux ans.

 

Malgré son jeune âge (30 ans), la vie ne lui a pas fait de cadeau. Elle n'a jamais connu son père. Son frère est mort très jeune dans des circonstances dramatiques et Igor, son ami (son amant, son père de substitution...) avec qui elle s'était installée à New York, s'est jeté, un jour de déprime, et sous l'emprise de la drogue, par la fenêtre de leur appartement au 8ème étage...

 

Depuis, Yo a tout fait pour se reconstruire et, sans l'aide de Big Daddy, elle n'aurait jamais découvert qu'elle avait besoin d'aider les autres.

 

Elle partage sa vie entre ses malades dans la journée, et l'Enclume, un bar où elle trouve refuge le soir, auprès de Dominique,  le patron, qui ressentant sa fragilité, la materne.

 

C'est parce qu'arrive à la clinique, Agathe qui ne peut passer près d'une fenêtre sans être attirée irrépressiblement par le vide, que Yo voit ses souvenirs enfouis, remonter à la surface et tout d'abord l'anéantir.

 

Mais elle ne veut pas sombrer.

Malgré la douleur des souvenirs, un fil ténu la tient debout...un fil de sagesse, qui lui permet de trouver en elle-même, la force de rester debout et de s'occuper des pensionnaires du Pavillon bleu en oubliant ses propres fantômes.

 

Il y a Agathe, donc, qu'un licenciement sans préavis a plongé dans la dépression.

La vieille dame de la chambre 15 qui se promène dans le couloir la nuit et fait peur aux autres pensionnaires.

Frédéric, l'artiste, qu'un accident de vélo a plongé dans le délire et rendu épileptique.

Luce, une ancienne chanteuse à ce qu'on raconte, devenue bipolaire et qui se maquille à outrance, se déguise en femme fatale et ne pense qu'à séduire.

Joséphine...et bien d'autres.

 

Pour eux tous, Yo doit lutter pour faire de cette clinique psychiatrique, non pas une prison médicalisée, mais un véritable lieu de vie et d'espoir.

 

 

Ce que j'en pense

 

Ce roman est une découverte intéressante.

 

Voilà l'intérêt de faire confiance aux bibliothécaires qui avaient placé ce roman sur la table des "romans à découvrir absolument".

 

 

Dans ce roman tout en délicatesse, le lecteur découvre le monde des "fous",  qu'on nomme ainsi parce qu'ils effraient ceux qui ne le sont pas.

Or, si on sait les écouter comme le fait Yo, le personnage principal du roman, les fous ont des choses à nous dire. Ils sont même remplis de bon sens et ceux qui travaillent avec eux, comme Yo, le savent bien.

 

Yo est une jeune femme très sympathique. Altruiste, elle a une empathie particulière pour les autres. Elle sait les rassurer et apaiser leurs angoisses. Elle a un don particulier pour les aider.

Elle sait même par instinct agir vite et faire face aux situations les plus critiques, sans abuser de médicaments à outrance.

Elle sait que ce ne sont pas les électrochocs qui vont réellement les aider à s'en sortir et fait tout ce qui est en son pouvoir d'être humain pour les éviter.

 

Du coup, elle n'est pas particulièrement aimée par les psychiatres qui voient d'un mauvais oeil qu'elle réussisse mieux qu'eux par la douceur, l'écoute et la générosité avec certains cas difficiles mais pas forcément désespérés et qu'elle trouve toujours des idées nouvelles pour améliorer leur vie quotidienne.

 

Mais on ne travaille pas dans ce domaine par hasard. Depuis sa petite enfance, Yo est différente. Aider les autres l'aide à garder le cap, et rester reliée à ce fil ténu certes, qui lui permet de vivre sans arrière-pensée, avec les petites joies du quotidien.

 

Au fil du récit, le lecteur découvre toutes les souffrances qu'elle a dû endurer malgré son jeune âge...car au fur et à mesure de l'avancée du roman, le fil de sa vie se déroule en parallèle et le lecteur en apprend un peu plus sur elle.

 

Le roman est facile à lire et se découpe en courts chapitres.

Les personnages sont attachants.

Beaucoup de douceur se dégage de ces pages et, malgré les drames personnels traversés par les différents protagonistes, le lecteur ressent un apaisement à sa lecture.

 

L'auteur nous montre une autre façon d'aborder la folie, sans pour autant critiquer l'univers des cliniques psychiatriques.

Mais on sent bien qu'elle connait bien son sujet, qu'elle n'apprécie pas la violence des traitements médicaux et celle appliquée au Pavillon Rouge, celui dont les "fous" ressortent encore plus perdus qu'avant, ces fous pour lesquels nous sommes encore plein d'a-priori.

 

Ce livre a le mérite de nous faire changer d'avis et nous permet d'aborder la folie d'une manière plus humaine.

 

Et si la méditation et le yoga était une aide efficace pour aider les soignants à mieux comprendre les blessures des autres et pour aider les malades les plus proches de la guérison, à prendre du recul avec leurs angoisses ?

Qui est l'auteur ?

 

En fait nous la connaissons déjà, car Caroline Tiné est rédactrice en chef de la revue "Marie-Claire Maison".

Après des études de lettres et de philosophie et un séjour aux États-Unis, à New York plus précisément, elle est devenue journaliste, puis a travaillé pour "Paris Match", "Marie-Claire" et "Elle" avant de prendre la direction de "Marie-Claire Maison" en 1989.

 

Son premier roman "L'immeuble" (Albin Michel, 1990) a reçu le Prix du Premier Roman.

Son second roman "Le roman de Nalthazar" (Albin Michel, 1993) a reçu le Prix du Lion's Club International en 1993.


Depuis 22 ans, elle n'avait plus rien écrit...

Actuellement, elle partage sa vie entre l'Inde où elle se rend souvent et l'île de Ré.

Elle s'est toujours intéressée aux gens différents, fragiles ou exclus. Elle nous le prouve dans ce roman émouvant et formidablement humain.

L'auteur vous parle de son roman.

Quelques extraits

 

"Yo connait ses limites. Elle n'a pas l'ambition de changer le monde. Elle n'a pas non plus choisi ce métier pour se réparer elle-même. Elle sait juste qu'elle peut transmettre un peu de douceur et de calme." (p.12)

 

"On porte en soi les bonheurs que l'on a vécus. On se détache des séparations, on se détache des morts, parce qu'ils continuent de vivre en nous, impalpables, fidèles compagnons logés dans la conscience. Mais la violence gratuite nous désoriente, parce qu'elle ne sert à rien. C'est un coup de poing qui paralyse et devient un obstacle à la connaissance de soi.
Or, comment être sans se connaître ? "(p.59)

 

"Si ces souvenirs sont en train de revenir, malgré le soin minutieux que Yo a toujours apporté à refouler le passé, qu'elle a pris l'habitude de visualiser comme un gros sac rempli de pierres, si ces souvenirs refont surface, c'est qu'ils ont un message à délivrer." (p. 150)

 

"...le cerveau est une zone pleine de mystères. Moi je dis que les Fous ont plus de choses à apprendre aux psychiatres sur le monde intérieur que les psychiatres à leurs malades. Les Fous sont principalement des êtres au coeur brisé qui essaient de supporter l'insupportable." (p. 156)

 

"Elle s'était perdue dans la nuit, arrimée à son fil qui la tirait lentement, très lentement, au rythme de ce qu'elle pouvait supporter, vers le bout d'un labyrinthe d'où, un jour, peut-être, elle entreverrait une lueur. Elle ne pouvait faire ni mieux ni pire, simplement attendre que le temps passe." (p. 250)

 

"J'étais quelqu'un de détruit qui n'avait plus du tout, mais plus du tout envie d'avancer...elle [Yo] m'a fait prendre conscience de la nécessité d'orienter mon parcours. Nous avons tous un trajet à découvrir. Nous sommes des gens blessés qui allons ailleurs, pas forcément dans la même direction que vous..." (p. 256)

 

"Les Fous, comme tout le monde sont en quête d'une vérité, ils sont comme le poète qui s'efforce d'exprimer la réalité du monde..." (p. 260)

 

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