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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 07:41
Demain le soleil / Ishmael Beah
« Chaque histoire commence et se termine avec une femme, une mère, une grand-mère, un enfant. Chaque histoire est une naissance. »
 
 
Le mot de l'éditeur sur la quatrième de couverture :
 

"La guerre civile terminée, la petite ville d'Imperi, en Sierra Leone, devrait enfin pouvoir revivre. Kadie, Moiwa et Kainesi, trois anciens revenus les premiers sur leur terre natale, vont s'employer à réveiller l'esprit de leurs ancêtres en attendant le retour des plus jeunes, qui ne tardera pas. Malgré les champs de ruines et les ossements qui jonchent encore le sol, tout le monde est déterminé à reconstruire le village ; Bockarie et Benjamin, tous deux instituteurs, le sont plus que quiconque. Mais le conflit a beau être derrière eux, les dangers continuent à menacer les survivants. La nourriture manque, le travail aussi, et, lorsque la compagnie minière rouvre ses portes, une série de nouveaux fléaux s'abat sur les habitants : alcoolisme, viols, pollution des cours d'eau et accidents tragiques liés à la négligence d'investisseurs cupides..."

 

 

L'histoire

 

Quelque part en Sierra Leone, la vieille Mama Kadie marche depuis des jours : elle revient dans son village natal d'Imperi, des années après la guerre civile.

Pour sauver sa peau, elle avait fui son village dès le début des émeutes, délaissant les cadavres des siens.

Imperi avait été attaqué sans prévenir. Personne n'ignorait que la guerre civile sévissait à des dizaines de kilomètres de là. Mais tous les anciens pensaient être épargnés.

Le jour de l'opération "Plus rien de vivant" les avait tous surpris dans leurs activités...ni les enfants au bord de la rivière, ni les femmes occupées par leurs tâches ménagères, ni les hommes en train de prier dans la mosquée...rien n'avait pu arrêter le massacre.

 

Sept après, Mama Kadie arrive dans son village natal dévasté où ne subsistent que des ruines et des ossements.

Elle y retrouve deux anciens.

Tout d'abord Pa Moiwa, son ami de toujours. Tous deux, pendant des semaines,  vont rassembler les ossements pour donner un semblant de sépulture à ceux qu'ils avaient connu, sans pour autant pouvoir les identifier.

Ils dégagent les gravats qui jonchent le sol et déblaient peu à peu le village, pour lui donner un autre visage, espérant voir les jeunes revenir pour reconstruire.

 

Il faut bien avancer pour faire son deuil, car...

" Lorsque l'araignée se trouve à court de fil à tisser, elle patiente dans la toile qu'elle vient de fabriquer" (p 25) autrement dit Personne ne peut passer son temps à ruminer le passé...

 

A qui peuvent-ils demander à présent, alors qu'ils sont seuls dans le village...

"Comment vas-tu ? et tes enfants ? et tes petits-enfants ? et ta femme ? et leur santé ? ainsi que l'on avait l"habitude de le faire autrefois..."(p.31)

 

Le retour au village de Pa Kainesi marque aussi le retour des jeunes qui arrivent par groupe.

Ils sont devenus des adultes ayant eux même des enfants.

"Il fallait les observer attentivement pour apercevoir des traces de leur enfance. Ils savaient d'où leurs parents étaient originaires et ils étaient venus ici dans l'espoir d'alléger leurs souffrances et de retrouver de la famille..." (p. 35)

 

Des réfugiés qui n'ont jamais vécu là, arrivent aussi au village et demandent à s'installer dans une des maisons vides. Ils fuient les atrocités de la guerre et ne veulent plus retourner chez eux.

C'est le cas de Sila et de ses enfants qui ont été atrocement mutilés.

"Âgé d'une quarantaine d'année, Sila portait une ancien sac de riz, qu'il équilibrait sans le moindre effort sur sa tête plate. Celle-ci semblait plus grande que le reste de son corps. Il avait un sourire si large, si éclatant de joie que le soleil se cacha derrière les nuages pour permettre au bonheur de cet homme d'irradier librement. Son expression fit naître des sourires sur le visage des anciens, alors même qu'ils apercevaient, à son approche, qu'il lui manquait la main droite, et tout l'avant-bras même. Hawa, sa fille de neuf ans, n'avait plus de bras gauche. Quant à Maada, son fils de huit ans, il était privé des deux, l'un coupé au-dessus du coude, l'autre en dessous."

 

Des adolescents arrivent aussi au village par groupe. Un groupe en particulier intrigue les anciens, les ados semblent protégés par un d'entr'eux qui se fait appeler "le Colonel". Parmi eux un ancien enfant-soldat meurtri par les atrocités qu'on l'a obligé à infliger aux autres. On les installe ensemble dans une des maisons inhabitées.

 

D'autres, comme le fils de Kainesi, reviennent chez eux. Bockarie, heureux de retrouver son père en vie, installe sa famille et cherche aussitôt du travail.

Il va être embauché comme enseignant dans le lycée le plus proche où il se liera d'amitié avec un autre enseignant, Benjamin qui vient de s'installer lui aussi au village avec sa femme et ses deux enfants et qui ne connaît personne.

Un jour tous les deux découvrent que le proviseur du lycée est corrompu. Il déclare des dizaines d'enseignants qui n'ont jamais travaillé sur les lieux et récupère leurs salaires...Il peut ainsi se pavaner sur sa belle moto toute neuve !

 

S'ils parlent, ils seront immédiatement renvoyés. Comment nourriront-ils alors leur famille ?

Ils sont révoltés mais décident de se taire afin de préserver leur famille mais aussi les enfants non scolarisés qu'ils accueillent aux cours du soir au village et les plus faibles qui ont besoin d'un soutien scolaire. Qu'adviendra-t-il de tous ces enfants si leurs professeurs viennent à être renvoyés ?

D'autant plus que le ministère renforce les inégalités en obligeant les familles à acheter un uniforme et des chaussures en plus des frais de scolarité.

 

 

Le temps passe, la vie reprend ses droits et les trois anciens font renaître les esprits des ancêtres. Ils rassemblent, comme avant à la veillée, tous les habitants du village, pour conter des histoires auprès du feu...histoires qu'ils transmettront, l'espèrent-ils à leurs propres enfants. Des histoires pour grandir, pour avoir moins peur (ou pas), pour connaître et comprendre la vie et transmettre les traditions...

 

Un jour l'équilibre fragile du village vole en éclat : des blancs décident d'exploiter la mine proche. Sous couvert de reprendre un gisement de rutile, c'est  les diamants qu'ils recherchent...

Un bar s'ouvre ; de nombreux jeunes et adultes se font embaucher à la mine, blessés ou tués...laissant leur famille dans la misère ; des jeunes filles se font violer ; la rivière, seule source d'eau potable, est polluée par négligencer, mettant en danger la population.

 

L'esprit des anciens les a lâché...mais tous croient encore à l'avenir et ne perdent pas totalement espoir.

 

D'ailleurs peu de temps après, malgré leur détermination, et parce qu'ils attendent toujours leur salaire pour pouvoir faire vivre leur famille et envoyer leurs enfants à l'école, Benjamin et Bockarie renoncent à leurs valeurs, quittent l'enseignement pour travailler eux-aussi à la mine...

 

"Les yeux de celui en difficulté voient de l'injustice dans la démarche de l'autre, son rire, mais aussi sa façon de s'asseoir et même de respirer, songea Bockarie. Il fut surpris par cette capacité à exprimer aussi clairement sa pensée et décida de noter certaine de ses réflexions. Il n'avait ni stylo ni papier..."

 

Qui est l'auteur ?

 

L'auteur, né en Sierra Léone, s'est fait connaître aux États-Unis en 2008, lors de la sortie de son "autobiographie" intitulée "Le Chemin parcouru", dans laquelle il nous livre son propre témoignage sur l'enfer des enfants soldats en Sierra Leone.

En effet, en 1991, une guerre civile se déclare en Sierra Leone. Elle a pour but de contrôler les zones diamantifères et entraine la mort de près de 200 000 personnes et de nombreuses mutilations sur les survivants. Les parents d'Ishmael Beah et ses deux frères sont tués et lui, est enrôlé de force comme enfant-soldat par l’armée gouvernementale qui combat les rebelles. : il a 13 ans.

 

Deux ans après, avec l'aide de l'UNICEF, Ishmael Beah est retiré de l'armée et placé dans un centre de réhabilitation à Freetown, la capitale de la Sierra Leone.

Puis il rejoint les États-Unis où il est adopté par une famille américaine.  Il pourra ainsi terminer ses études secondaires avant d'entamer de brillantes études universitaires.

Il a été choisi par l'UNICEF pour faire partie d'un programme special d'éducation du "Human Rights Watch Children's Rights Division Advisory Committee", un programme américain conçu pour surveiller et défendre les droits civils et politiques des enfants autour du monde.

Depuis la fin de la guerre civile en 2002, la Sierra Leone est désormais en paix.

 

L'auteur, devenu ambassadeur pour l’UNICEF dès 2007 consacre sa vie à faire en sorte que ce qui lui est arrivé, n'arrive plus jamais à aucun enfant dans le monde. Il redonne ainsi espoir à des enfants dont la vie a été marquée par la violence et la guerre.

On l'invite à faire de nombreuses conférences devant des ONG où son témoignage est précieux pour connaître les effets dévastateurs de la guerre sur les enfants et savoir que faire sur le terrain pour les sauver. Il s'occupe de nombreuses victimes de la guerre et s'est exprimé à plusieurs occasions aux Nations unies.

 

En 2008, il a co-fondé le Réseau des jeunes touchés par la guerre (NYPAW= Network of Young People Affected by War) ayant pour mission de sensibiliser le public au sort des enfants durant les conflits armés. Il veut imaginer un monde où les enfants ne serviraient plus de cibles mais participeraient au changement et à l'instauration de la paix dans leur pays.

Font également partie de ce Réseau :

Grâce Akallo, née au Soudan, auteur de "Girl soldier: a story of hope for Northern Uganda's children= Fille soldat, une histoire d'espoir pour les enfants du Nord de l'Ouganda". (Livre non traduit en français). Elle vit actuellement aux États-Unis.

 

Shena A-Gacu, née en Ouganda, fille d'une enfant-soldat et auteur de "Enfant-soldat". Elle vit actuellement au Danemark.

 

Zlata Filipovic (née en Bosnie) auteur du "Journal de Zlata : la vie d'un enfant en temps de guerre de Sarajevo"à lire dès 13 ans.  Elle vit aujourd'hui en Irlande.

 

Emmanuel Jal , né au Soudan, qui est devenu un célèbre chanteur de Hip Hop et porte son message de paix dans le monde entier à travers ses chansons et sa biographie intitulée "War Child : A Boy Soldier's Story" (non traduite en français). Il est le fondateur de Gua Africa, une initiative pour l'éducation des enfants touchés par la guerre et la pauvreté en Afrique subsaharienne. Il vit aujourd'hui au Royaume-Uni.

 

Et bien d'autres...

 

Grâce à leur témoignage, ils peuvent désormais intervenir dans le monde entier pour défendre la cause des enfants.

 

"Demain le soleil", traduit de l'anglais par Alice Delarbre, est le premier roman d'Ishmael Beah. Une petite pépite dont on sort meurtri et révolté à la fois.

Aujourd'hui, à 34 ans, l'auteur est marié à une avocate travaillant pour l'UNICEF, père d'une petite fille et...romancier. Il a recommencé à vivre...

La vente de "A Long Way Gone: Memoirs of a Soldier Boy" permet d'alimenter un Fond américain de l'UNICEF.

"Je sais la nature de ce qui doit être oublié, ce que veut dire perdre votre humanité, et plus important encore, ce que c'est d'avoir une autre vie..." - Ishmael Beah 2007

 

L'auteur vous parle de ses deux personnages principaux.

Comment un pays peut-il se reconstruire après la guerre et les massacres ?

 

Peut-on revivre tous ensemble dans le même village comme si rien ne s'était passé ?

 

Ce sont les questions que posent Ishmael Beah dans ce roman sensible et réaliste...

 

Il nous offre un regard lucide sur les méfaits de la période post-guerre quand un pays ne peut plus rien attendre de la communauté internationale et qu'il cherche à s'en sortir seul : la corruption, la pauvreté, l'exploitation du peuple, l'enrichissement des profiteurs (ici les blancs) au détriment de la reconstruction du pays.

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commentaires

VéroniqueBM 14/10/2015 20:37

un livre bien tentant !

manou 15/10/2015 07:52

Oui c'est un auteur qui donne une image très réaliste de son pays...

Bernieshoot 14/10/2015 17:50

je suis un amoureux de l'Afrique où je suis allé de nombreuses fois alors je retiens ce titre et cet auteur

manou 14/10/2015 18:08

Oui il mérite notre attention vu son parcours personnel...Merci de ta visite !

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