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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 08:00
Ce qui reste de nos vies / Zeruya Shalev

 

C'est un livre qui nous parle d'amour, de la difficulté d'aimer ses proches comme on le voudrait, tant on est porteur des évènements familiaux heureux ou malheureux, donc du vécu de nos ancêtres...

Il nous parle des relations familiales, du couple mais aussi de l'amour qu'on porte à nos parents et à nos enfants...

 

Il a été traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz et a obtenu en 2014 le Prix Femina Etranger.

 

Cela fait un certain temps qu'il était dans ma PAL mais je n'arrivais pas à me décider : j'attendais pour le lire d'avoir un moment de relative tranquillité et d'être dans un état d'esprit me permettant d'apprécier ce texte magnifique...

Il était temps... car la rentrée littéraire 2015 est bien là et je n'ai pas fini de lire tout ce que je voulais lire de la précédente, ni de celle d'avant d'ailleurs !

Je persiste dans mon objectif : je continuerai à lire les titres qui m'attirent, sans suivre ni les modes, ni les médias...

 

 

 

Qui est l'auteur ?

 

Zeruya Shalev est née en 1959 dans un kibboutz de Galilée...mais elle n'y a pas été élevée car ses parents le quittent lorsqu'elle est encore bébé.

Ses grands-parents, qu'elle admire beaucoup, étaient partis à l'âge de 18 ans à peine, pour vivre en Israël. Ils avaient fui les pogroms antisémites en Russie. Ils ont travaillé dur pour bâtir ce pays. Ils se sont installés dans un endroit inhospitalier et ont donné leur vie pour que se réalisent leurs rêves. Ils croyaient au socialisme, au partage et la vie communautaire organisée dans les kibboutz.

 

Zeruya Shalev se souvient (voir ICI) que l'orsqu'avec ses parents elle allait voir ses grands-parents au kibboutz, les autres enfants se moquaient d'elle et de son frère, parce qu'ils étaient pâles et maigres...Eux étaient bronzés, sportifs, ils nageaient librement et pêchaient des poissons. Ils vivaient en sécurité et dans une relative liberté.

 

Zeruya Shalev est mariée, mère de trois enfants et vit à Jérusalem où elle travaille comme éditrice. Dans sa famille, il y a d'autres écrivains et des poètes.

"Ce qui reste de nos vies" est son cinquième roman. Il fait suite à :

- "Dancing, Standing Still",publié en 1993.

- "Vie amoureuse", publié en 1997, qui lui a valu de violentes attaques car ce roman a été jugé indécent par les partis religieux,

- "Mari et femme", publié en 2000 qui est un best-seller international.

- "Théra" écrit en 2004 et publié en 2005.

C'est le roman qu'elle écrivait quand elle a été grièvement blessée en janvier 2004 dans un attentat meurtrier.

Elle a aussi écrit un livre pour enfants et un recueil de poèmes.

Ses précédents livres ont été traduits en 21 langues, parmi lesquelles le grec, le slovène, le croate ou le coréen…

 

Zeruya Shalev est un des rares écrivains à vivre de sa plume en Israël. Elle fait partie des écrivains les plus connus dans son pays.

Elle a été lauréate de nombreux prix.

C'est la première israélienne à recevoir Le prix Femina Étranger.

 

 

Comment lui est venu l'idée de ce roman ?

 

En 2004 (le 29 janvier), alors qu'elle rentre chez elle à pied, elle est grièvement blessée dans un attentat suicide qui fera onze morts. Les blessures et le choc psychologique l'empêcheront de terminer son livre "Théra" qui sortira avec un an de retard.

C'est durant sa longue convalescence, où, à l'hôpital, elle était obligée de rester allongée sans savoir si elle remarcherait un jour, que l'idée d'écrire "ce qui reste de nos vies" a germé en elle.

Hemda cette vieille femme qui va mourir est un peu l'auteur...comme elle, l'auteur hantée par la mort des autres victimes et sa propre mort qui aurait pu advenir, s'est mise à réfléchir à sa vie passée et à ce qu'elle voulait faire de ce qui lui restait à vivre : et elle s'est reconstruit tout doucement.

D'autres éléments dans ce livre font échos à sa vie familiale : elle a elle-même connue, comme Dina, les affres qui entourent l'adoption d'un enfant puisqu'elle vient d'adopter son troisième enfant.

Avner ressemble à un de ses amis.

La situation en Israël est proche de ce qu'elle a vécue depuis qu'elle est petite fille...

Vous voulez en savoir plus, LIRE  l'interview consacré à Zeruya Shalev sur  le site du  Bibliobs.

Dans cet interview, l'auteur précise entr'autre, qu'elle n'a jamais songé à quitter son pays car pour elle ce serait la fin de tout espoir...

"Je suis très critique à l'égard de la politique israélienne, mais j'ai la certitude très claire que le peuple juif doit avoir un État" confie-t-elle à L'OBS.

 

 

**********************

 

 

Hemda est une femme âgée qui arrive à la fin de sa vie. Elle sait que ses jours sont comptés et qu'elle va mourir, alors depuis qu'elle a fait cette dernière chute qui lui a valu une hospitalisation puis un retour à la maison, elle passe ses journées dans son lit, ne se lève plus et laisse ses pensées divaguer tantôt dans le passé vers son enfance et sa jeunesse, tantôt auprès de ses proches qui se relaient à son chevet.

 

Elle se souvient de l'amour de son père, mais aussi de ses exigences et de sa dureté : il voulait faire d'elle un exemple car elle était la première-née dans le Kibboutz.

Il n'hésitait pas à lâcher sa main alors qu'elle savait à peine marcher ou à l'emmener pêcher en pleine tempête...

Elle se souvient aussi de sa mère qui était si souvent absente qu'elle ne la reconnaissait pas lors de ses retours.

Elle se souvient aussi, non sans tendresse, de sa rencontre avec celui qui deviendra son mari, nouvellement arrivé au kibboutz et perdu, sans famille, de leur installation en ville, loin de la communauté, et des difficultés de leur vie de couple.

 

Entre deux phases d'endormissement, son esprit divague mais de temps en temps, elle est d'une lucidité extraordinaire et, elle qui n'a jamais su les aimer et qui ne se fait plus aucune illusion sur leur amour, va même donne à ses proches, quelques "conseils" bien à propos qui vont bouleverser leurs vies.

 

Autour d'elle, il y a d'abord Dina, né le jour de la mort de son grand-père, un deuil qui a interféré l'amour qu'Hemda aurait pu lui porter. Dina la mal-aimée donc, qui se cherche encore alors qu'à 45 ans elle commence à faire un bilan de sa vie.

En manque d'amour, elle se sent rejetée par Nitzane, sa fille devenue adolescente et autonome, et par son mari, un photographe qui vit pour sa passion avant tout mais qui l'aime et lui a laissé jusqu'à présent une certaine indépendance.

Dina a pourtant un métier qu'elle adore mais, même auprès de ses jeunes étudiantes, elle ne retrouve plus ni sérénité, ni plénitude.

"Cet instant qui a inversé l'équilibre entre les souvenirs et les espérances, d'où a-t-il donc surgi ? Rien ne l'y avait préparée, ni les livres, ni les journaux, ni ses parents, ni ses amis. Est-elle la seule sur cette terre à ressentir un tel bouleversement à un stade si précoce de son existence et sans qu'aucune catastrophe évidente ne l'ait provoqué, est-elle la première à remarquer que le plateau de la balance sur lesquels sont posés ses souvenirs explose, alors que celui de ses attentes est léger comme une plume et ne peut que tenter de récupérer ce qui a déjà été ?"

 

Le désir le plus violent et profond de Dina est celui de l'enfant qu'elle n'a pas eu...Pour aller mieux, parce que ce besoin d'aimer et d'être aimée est plus fort que tout, mais aussi pour donner un sens à sa vie, elle prend la décision d'adopter un enfant, provoquant la consternation de ses proches...

"Un enfant ne te rajeunira pas, un enfant ne réparera pas tes erreurs, un enfant ne nous rendra pas plus heureux, tu ne peux pas prendre un pauvre gamin et le charger d’espoirs fous qui n’ont rien à voir avec lui."

 

Auprès d'Hemda, il y a aussi Avner, le fils adoré, celui qui a fait, à sa naissance, exploser d'amour le coeur aigri de sa mère et qu'elle a étouffé par son trop-plein d'amour maternel...

Avner le trop-aimé par sa mère mais mal-aimé par son entourage (peut-être jaloux ?), celui qui a toujours été moqué, rejeté par ses camarades de classe, puis d'armée. Aujourd'hui il est diminué sans cesse par sa femme, Salomé, qu'il n'aime plus et qui ne manque pas une occasion de le narguer cruellement même devant ses deux fils.

Pourtant Avner est un grand avocat de gauche qui se bat pour aider les autres, pour les causes perdues, pour les démunis, et en particulier les bédouins et les palestiniens. Il a toujours aussi, par principe, refusé de défendre les terroristes, ce que ses confrères ne manquent pas de faire et sa femme de lui reprocher.

 

Dina et Avner ne savent plus comment gérer leur vie quotidienne et familiale.

 

Avner est persuadé que tout le monde est plus heureux que lui. Un jour alors qu'il est installé dans le box des urgences à côté de sa mère, il surprend une scène entre une homme de son âge, proche de la mort et sa femme qui lui tient la main.

"Prenez-moi à sa place, aimerait-il dire, car cet homme, cet organisme malade en train de lâcher, abrite en son sein un amour vivant, et sa mort, exactement comme celle d’une femme enceinte, serait le summum d’une injustice."

 

Il y a tant d'amour entre ces deux êtres qu'Avner va chercher par tous les moyens à en savoir plus sur eux...cette recherche de l'amour absolu tourne à l'obsession.

Au fur et à mesure qu'il avance dans son enquête, qu'il en saura plus sur eux,  sa vie va prendre un tour nouveau et toutes ses certitudes voleront en éclat. Avner comprendra qu'il ne peut pas vivre sans amour, qu'il n'est jamais trop tard et que parfois...

 

"un seul instant d’amour comptait autant que de nombreuses années". C'est parce qu'il réalise que, s'il ne peut avoir les deux, il préfère aimer que d'être aimé...que sa vie va changer.

 

Dina, elle, décidera d'adopter quand même : malgré sa peur de détruire sa famille et les menaces de son mari elle tiendra bon...et mettre en route le dossier d'adoption.

 

 

Quel sens donner à sa vie quand les parents disparaissent, que les enfants grandissent et que notre propre jeunesse n'est plus qu'un lointain souvenir ?

Que nous reste-t-il à vivre avant notre propre disparition ?

 

Ce sont  les questions que se posent tous les personnages dans ce roman surprenant à la fois sombre, triste et très émouvant.

Il ne peut laisser le lecteur indifférent même si le comportement des personnages est proche de la névrose et qu'on ne peut s'identifier à eux...

 

Hemda n'a pas su aimer : elle n'a pas assez aimé sa fille et trop aimé son fils et tous deux reproduisent ses erreurs non seulement avec leurs enfants mais avec leur conjoint.

Parce que Salomé l'aime et qu'il a peur de ne pas connaître mieux, Avner accepte de l'épouser et de rester avec elle alors qu'elle l'humilie constamment et que lui ne l'aime plus. Du coup, il rejette son fils aîné car il ressemble trop à sa mère. C'est regrettable mais ses enfants sont presque des étrangers pour lui.  Et eux ne savent presque rien de leur père...

Dina, à l'inverse, a été mal aimée et par réaction, elle a adulé sa fille et l'étouffe de cet amour maternel trop pesant. L'adolescente ne peut que répondre avec agressivité, pour s'en libérer et pouvoir enfin grandir, tout en ayant encore besoin de sa mère, mais différemment...

 

Au delà de ce triste constat, qui présente comme inéluctable le fait que nous reproduisions en famille, ce que nous avons nous-même vécu, l'auteur va beaucoup plus loin dans la psychologie des personnages et dans la relation d'amour qui relie la famille.

 

La mort imminente de la mère (plus que pour un père), c'est la mort définitive de l'enfance.

Dina et Avner doivent donc obligatoirement réfléchir à ce qui reste de leurs vies, ce qu'ils vont en faire et cela les oblige à s'engager, à prendre des décisions importantes et irréversibles pour changer ce qui ne va plus dans leurs vies.

 

C'est donc finalement un livre rempli d'espoir...

Il nous parle de réconciliation puisque Dina et Avner se découvrent différents de ce qu'ils ont toujours cru être, puisqu'ils ne se voyaient qu'à travers la relation et les yeux de leur mère.

Avner est d'ailleurs le seul soutien de Dina : il l'encourage sans hésiter à réaliser son rêve d'adoption. Il l'aide à voir sa fille autrement que comme une adolescente blessante et révoltée. Son humanité est immense.

 

Ce roman nous laisse un message très fort : il n'est jamais trop tard pour réparer ses erreurs et recommencer...

 

C'est donc un livre sur l'amour en particulier celui qu'on donne sans rien attendre. Ce n'est pas que l'amour soit capable de "nous faire oublier tous nos malheurs", dit l'auteur dans son inteview, non c'est tout simplement parce qu'il nous ouvre aux autres...

 

Quel beau message en ces temps perturbés par la violence, l'intolérance et l'incompréhension...

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commentaires

Mimi 06/10/2015 18:53

On croit toujours connaître ses proches...

manou 07/10/2015 15:50

En effet !

Rebecca G. 06/10/2015 16:14

Merci!! Je le rajoute sur ma liste sans faute... :D Bisous.

manou 06/10/2015 16:27

Tu ne le regretteras pas...il est magnifique !

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