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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 13:01
Americanah / Chimamanda ngozi Adichie

Americanah...

C'est ainsi que l'on appelle les nigérians qui ont traversé l'Atlantique pour faire fortune en Amérique, avant de revenir au pays. Une façon de se moquer de ceux qui, une fois revenus, se sentent bien trop souvent supérieurs aux autres...

 

 

Ifemelu en deviendra-t-elle une ?

 

Le roman débute alors qu'Ifemelu se rend chez une coiffeuse pour réaliser des tresses (de vraies tresses africaines).

Les scènes du présent, alternent avec les souvenirs du passé : ses parents, sa jeunesse, ses amis, ses débuts en Amérique et surtout Obinze, son grand amour... le tout agrémenté par des extraits des pages de son blog.

 

 

L'histoire

 

Encore jeune et innocente, Ifemelu a décidé de quitter le Nigéria pour effectuer ses études en Amérique, à Philadelphie.

Elle laisse derrière elle ses parents et son grand amour, Obinze, admirateur inconditionnel de l'Amérique. Il doit venir la rejoindre dès qu'il aura obtenu sa licence et un visa.

 

Mais rien ne se passe comme prévu...

 

Le premier été en Amérique se déroule sans problèmes. Ifemelu vit chez Uju, sa jeune tante  installée depuis peu là-bas. Elle s'occupe beaucoup de Dike, le fils d'Uju,  avec lequel elle va nouer une relation privilégiée.

 

Puis l'année universitaire commence...et les ennuis avec !

Ses débuts ne sont pas faciles. Il lui faut survivre loin des siens dans un pays où elle découvre pour la première fois de sa vie qu'elle est "noire", et où tout est fait pour les blancs...

Pourtant après de nombreuses difficultés financières, et sa rupture avec Obinze, elle trouve un job chez des gens respectueux de sa culture, se fait des amis, rencontre Curt, un blanc très amoureux d'elle, puis Blaine avec qui elle a une liaison...

Mais Obinze reste à jamais dans son coeur et sa présence, l'empêche d'être heureuse là-bas.

 

Comment s'intégrer en gardant son identité culturelle, sans prendre l'accent américain, ou sans adopter le mode de vie local, par exemple ?

Comment rester soi-même ?

Et comment accepter que la couleur de peau devienne d'un seul coup importante alors qu'au Nigéria, cela n'en avait aucune ?

 

Parce que Ifemelu découvre au contact des "blancs" qu'elle est très "noire", elle décide d'écrire un blog qui parlera de la race, de l'identité culturelle et de l'assimilation.

Elle deviendra une blogueuse renommée.

Son blog  à succès intitulé "Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu’on appelait jadis les nègres) par une Noire non-américaine ", lui assurera un succès grandissant et lui permettra de vivre de ses conférences.

 

Aussi, elle surprendra toutes ses connaissances lorsqu'elle décidera subitement de rentrer au pays, ce que Blaine ne comprendra pas et prendra pour une ruptur définitive.

 

Mais a-t-elle vraiment pris cette décision subitement ?

N'est-elle pas plutôt le fruit d'années de réflexions ?

 

En sourdine comme s'il s'agissait d'un récit dans le récit, le roman raconte le vécu d'Obinze. Il obtient un visa pour l'Angleterre (son second choix pour y faire des études). Il ne peut la rejoindre en Amérique... A l'expiration de son visa d'étudiant, il va vivre en clandestin jusqu'à son arrestation et son expulsion, alors qu'il est sur le point de contracter un mariage blanc. Son retour à Lagos se fera dans l'humiliation.

 

Quinze ans après, tous deux se retrouvent...

Que leur reste-t-il à partager ?

Ce que j'en pense

 

C'est un  roman à la fois léger et grave, souvent drôle et ironique...

Il analyse avec lucidité les travers de nos sociétés multiculturelles et nous invite à réfléchir à la notion de différence, sans jamais condamner personne, ni culpabiliser...

Le roman aurait pu tomber dans la caricature et porter un jugement face à l'idée de racisme et de race. Ce n'est en rien le cas !

Il montre simplement que la ségrégation est toujours bien présente en Amérique et d'autant plus insidieuse qu'elle est devenue invisible.

 

 

On passe d'un salon de coiffure, aux dîners entre amis, aux discussions de couple ou familiales et le lecteur suit un personnage féminin de plus en plus attachant...

La coiffure et les problèmes de cheveux, lisses ou frisés, naturels ou travaillés en tresse, collées ou pas, avec des extensions ou pas... devient le symbole de l'identité noire et de ses différences culturelles dans une société où être blanc, blonc et lisse, sans rien qui dépasse, permet d'accéder à un travail et à la reconnaisance, poussant les "noirs" à changer de look pour mieux s'intégrer.

 

 

L'écriture est très imagée et bourrée d'expression igbo. La complexité de la construction de ce roman captivant,  n'entache absolument pas la fluidité du récit, ni le plaisir qu'on prend à le lire que l'on soit blanc ou noir.

 

Ce roman nous fait également pénétrer dans les milieux cultivés du Nigeria, où il est normal que les enfants partent faire des études à l'étranger.

Mais arrivés à l'étranger ces jeunes de millieux aisés se retrouvent "déclassés" en quelque sorte : ils deviennent des immigrés alors qu'ils n'en sont pas, dépourvus de culture propre, tous considérés comme des "noirs" quelle que soit leur origine et bien qu'ils ne se ressemblent pas, car les noirs ne sont pas tous noirs de la même façon...rien à voir par exemple entre une noire américaine, une caribéenne ou une africaine.

 

Ce roman amène le lecteur à entrer dans les rêves de ces milliers de jeunes nigériens qui veulent partir en Amérique ou à défaut en Grande-Bretagne, pour y vivre plus heureux, y poursuivre des études plus intéressantes, y devenir plus riche...

Ils rêvent d'un ailleurs meilleur où ils puissent vivre vraiment et veulent quitter leur pays parce qu'ils n'ont aucun avenir ici, qu'ils étouffent ou qu'ils ne veulent pas devenir comme leurs parents.

Ce n'est pas parce qu'ils sont pauvres ou parce qu'il y a des conflits internes au pays, non, c'est simplement pour vivre libres et avoir le choix de leur avenir.

 

Ce roman montre sans concession les difficultés qui les attendent. Elles sont d'ordre économiques d'abord, puis sociales, avec la difficulté de s'intégrer (plus difficile encore pour les garçons).

Elle sont aussi psychologiques et destructrices car ces jeunes "immigrés" sont confrontés à la pauvreté et à la clandestinité. Les étudiants n'ont pas le droit de travailler et sont obligés d'emprunter la carte de séjour de quelqu'un d'autre puis de changer de nom, pour obtenir un job leur permettant de payer leur loyer. Certains ont recours aux mariages blancs, d'autres vont en prison et sont renvoyés dans leur pays.

 

S'ils s'intègrent, c'est au détriment de leur propre culture, voire de leur personnalité... Quand on est dans un pays qui n'est pas le sien on a tendance à se soumettre aux multiples représentations que les habitants de ce pays prennent pour la réalité. Il s'agit donc pour eux de faire et de dire ce qu'on attend d'eux, d'être "politiquement correct" en somme, et il n'y a rien de plus destructeur que cette pression sournoise de la société.

 

Mais au bout du compte lorsque nos deux héros reviennent au pays, ils  ne l'aiment pas davantage, non, mais ils le regardent différemment, comprennent mieux ses difficultés, en acceptent les problèmes et les atouts. Ils ont grandi et sont simplement devenus adultes...

 

 

Quelques extraits pour vous mettre dans l'ambiance

 

"En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire."

 

"Le vent qui soufflait à travers les Iles Britanniques était chargé des peurs suscitées par les demandeurs d'asile, engendrant chez tous la crainte d'une catastrophe imminente, et ces articles étaient écrits et lus, naturellement et avec obstination, comme si leurs auteurs vivaient dans un monde déconnecté du passé, sans avoir jamais envisagé que cette situation était un développement naturel de l'histoire : l'afflux en Angleterre de citoyens à la peur noire ou brune venant de pays créés par l'Angleterre."

 

"Si vous dites que la race n'a jamais été un problème, c'est uniquement parce que vous souhaitez qu'il n'y ait pas de problème. Moi-même je ne me sentais pas noire, je ne suis devenue noire qu'en arrivant en Amérique. Quand vous êtes noire en Amérique et que vous tombez amoureuse d'un Blanc, la race ne compte pas tant que vous êtes seuls car il s'agit seulement de vous, et de celui que vous aimez. Mais dès l'instant où vous mettez le pied dehors, la race compte. Seulement nous n'en parlons pas. Nous ne mentionnons même pas devant nos partenaires blancs les petites choses qui nous choquent et que nous voudrions qu'ils comprennent mieux, parce que nous craignons qu'ils jugent notre réaction exagérée ou nous trouvent trop sensibles."

 

"Le Nigeria devint l’endroit où elle devait être, le seul endroit où elle pouvait enfouir ses racines sans éprouver en permanence le désir de les arracher et d’en secouer la terre."

Un extrait du blog...

 

"En Amérique, le racisme existe mais les racistes ont disparu. Les racistes appartiennent au passé. Les racistes sont des méchants Blancs aux lèvres minces dans les films qui traitent de l'époque des droits civiques. Le problème est là : les manifestations de racisme ont changé mais pas le langage. Par exemple : si vous n'avez pas lynché quelqu'un, on ne peut pas vous qualifier de raciste. Si vous n'êtes pas un monstre assoiffé de sang, on ne peut pas vous qualifier de raciste. Quelqu'un devrait être chargé de dire que les racistes ne sont pas des monstres. Ce sont des gens qui ont une famille aimante, des gens ordinaires qui payent leurs impôts..."

p 350-351

Que dire sur l'auteur ?

 

Née en 1977, Chimmanda Ngozi Adichie a quitté le Nigeria à l'âge de 19 ans pour suivre des études en Amérique en sachant très bien qu'elle allait ensuite revenir au pays.

Elle partage aujourd'hui sa vie entre le Maryland et Lagos.

Ses précédents livres connaissent un important  succès dans le monde entier :

- "L'Hibiscus pourpre", révélé par Anne Carrière en France.

- "L'autre moitié du soleil", sur la guerre du Biafra.

- "Autour de ton cou".

 

"Americanah"  a été traduit en 25 langues. L'auteur ne cache pas qu'elle s'est inspirée de sa propre vie et de sa propre expérience pour écrire ce roman et qu'il y a un peu d'elle-même, non seulement sans Ifemelu mais aussi dans ses autres personnages.

Elle vit aujourd'hui de sa plume. Mais c'est aussi une féministe engagée.

Sa conférence, organisée en décembre 2012 et intitulée :"Nous devrions tous être féministes" a été publiée en folio au printemps dernier.

Elle a même inspiré une chanson (Flawless)  à la chanteuse américaine Beyoncé, chanson dont le clip révèle la voix de l'auteur entrain de faire son discours que je vous conseille de visionner dans sa totalité ci-dessous.

Si vous n'êtes pas anglophone, pensez à activer le sous-titrage en français dans les paramètres.

 

Nous devrions tous être féministes

"Americanah", sera prochainement porté à l’écran.

Lupita Nyong’o, associée à Brad Pitt, en a acheté les droits et incarnera l’héroïne, tandis que David Oyelowo tiendra le rôle de Obinze.

De belles images en perspectives...

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commentaires

Mimi 28/09/2015 15:36

Celui-là, je l'inscris dans ma PAL. Il donne à réfléchir et à voyager. Merci pour cette belle critique.

manou 28/09/2015 16:49

Oui tu verras Mimi tu ne le regretteras pas...
Bonne lecture !

jean pierre mazille 27/09/2015 16:00

Manifestement, votre bel article m’incite à penser que cet écrivain est digne de lecture, et les noms déjà de ses ouvrages sentent si poétiquement l’ailleurs, des morceaux d’Afrique parfois ?

manou 28/09/2015 09:36

Oui des morceaux d'Afrique, de la poésie et de l'amour (que vous aimez je crois au vu de votre blog !)...car on peut être féministe et aimer l'amour et les hommes. Cet auteur le prouve, tout cela est possible au delà de la réalité souvent douloureuse.

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