Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 08:11
Une terre d'ombre / Ron Rash

Ce roman de Ron Rash, paru en janvier 2014, traduit de l’anglais, avec le soutien du CNL, par Isabelle Reinharez  a obtenu le Grand Prix de Littérature Policière 2014, domaine étranger.

 

J'avais beaucoup aimé "Le monde à l'endroit" c'était donc normal que je me plonge dans celui-là même si j'ai tout de suite vu en lisant la quatrième de couverture que c'était du noir bien bien sombre et qu'en ce moment j'ai plutôt envie de lectures plus légères...

 


L'histoire

 

L'action se passe en 1916, dans un vallon isolé et sombre des Blue Mountains, au coeur des Appalaches,  situé près de Mars Hill, une petite ville de Caroline du Nord.

 

Laurel et son frère Hank vivent dans la ferme héritée de leurs parents et tentent comme ils le peuvent de l'entretenir et d'y faire pousser de quoi se nourrir, car le soleil pénètre à peine jusqu'à leurs terres à cause des hautes falaises granitiques.

 

Hank est revenu gravement blessé de la Grande guerre : il a été amputé d'une main. Mais le bonheur semble  enfin au rendez-vous, car il va bientôt se marier avec la fille d'un des fermiers du coin.

En attendant ce jour, il est bien décidé à remettre la ferme en état : mettre une clôture pour le bétail, s'occuper des champs, construire un nouveau puits, toutes tâches devenues compliquées avec une seule main.

 

Si Hank est blessé physiquement, Laurel, sa jeune soeur, est meurtrie psychologiquement : elle passe depuis son enfance pour une sorcière, aux yeux des habitants du village proche, d'autant plus qu'elle cache sous sa robe une tâche de naissance qui amenuise sa beauté naturelle.

 

Non seulement le vallon sombre est maudit mais  les nombreux malheurs arrivés à leur famille et leurs difficultés à faire pousser quelque chose, n'arrangent rien des croyances et superstitions des habitants, ignorants et peureux, de Mars Hill.

Rejetée par les autres, elle a de plus été "violée" et encore une fois humiliée, suite à un pari, par un des jeunes du village alors que son frère était à la guerre et qu'elle vivait seule.

Courageusement, elle travaille sans relâche à la ferme, prenant un peu de repos depuis le retour de Hank, en s'occupant davantage de la maison, du jardin et des repas et laissant les travaux plus difficiles à son frère.

 

Un jour, alors qu'elle est à la rivière en train de laver du linge pour l'étendre sur le rocher au soleil, elle entend une drôle de musique, qu'elle attribue d'abord à tort à un oiseau mystérieux. Elle découvre qu'il s'agit en fait d'un son inconnu pour elle, sorti tout droit de la flûte d'argent d'un homme à l'allure de vagabond.

 

Alors qu'elle le croit parti et regrette déjà sa musique, elle le retrouve grièvement blessé : il a été piqué sur tout le corps par des guêpes. Elle le ramène à la ferme pour le soigner et découvre qu'il ne peut pas parler mais comprend tout ce qu'elle lui dit.

Finalement guéri, alors qu'il a décidé de partir pour la gare, Walter revient précipitamment à la ferme et accepte de rester pour les aider.

 

Hank est ravi d'avoir de l'aide pour les travaux quotidiens : il sait qu'ainsi il pourra partir plus vite et surtout creuser le nouveau puits avant son départ.

Lorsqu'il comprend que Laurel est amoureuse de Walter, Hank fait tout pour favoriser leur rapprochement, les laissant seuls des journées entières à la maison.

 

Mais Walter cache un lourd secret que Laurel ne va pas être seule à découvrir et qui les mènera inexorablement vers un nouveau drame...

 

 

Mon avis

 

L'auteur n'a pas son pareil pour nous décrire les failles des hommes, leurs désirs les plus secrets comme leurs complexités et leurs contradictions.

 

Il s'attache à décrire les personnages du village de la façon la plus humaine possible : les courageux, les philosophes, les peureux, les bilieux, les racistes, les superstitieux...

Tout ce qui les mènera à une violence aveugle et destructrice...

Les vieilles rivalités, les préjugés tenaces, les intolérances sont exacerbés par la guerre, certes lointaine, mais omniprésente, car elle touche toutes les familles des engagés volontaires.

 

L'auteur décrit aussi avec beaucoup de réalisme et d'humanité les contradictions et les non-dits qui  entravent les liens familiaux...

 

Laurel est très attachante. Jeune femme meurtrie par la vie, elle ose espérer qu'un autre destin, différent de celui que la vie lui a pour l'instant réservé, est possible.

Elle qui rêvait de faire des études et de devenir institutrice a été obligé d'abandonner ses rêves, pour aider à la ferme, suite à la maladie de son père et à la mort prématurée de sa mère.

Grâce à l'apparition de Walter et à sa musique qui la touche en profondeur, elle se  met à rêver à un autre avenir possible, peut-être même quittera-t-elle le vallon sombre ? Ou partira-t-elle à New-York ?

 

La nature splendide, silencieuse, angoissante et vivante crée une atmosphère particulière comme dans tous les romans de Ron Rash.

La forêt est étouffante et seulement égayée par  la rivière qui traverse le vallon. Les animaux sont parfois source de joie, comme les perroquets en voie de disparition ou les chants d'oiseaux, et parfois source d'angoisse comme le sanglier qui apparaît ou disparaît et semble attendre, tapis dans l'ombre...

 

La musique sortie de la flûte dont Walter joue divinement bien, ajoute beaucoup de douceur et de légèreté à l'ensemble.

 

Dès le prologue le lecteur sait que ce roman va être un drame car l'auteur sait faire monter crescendo le suspens.

Le prologue nous raconte l'histoire d'un homme dont on n'entendra plus du tout parler dans tout le roman. Cet homme, au service de la Tennessee Valley Authority, se rend dans une région isolée de Caroline du Nord pour expliquer aux habitants de Mars Hill, que le vallon proche va être immergé pour en faire un lac artificiel. On est à la fin des années 50.

Surpris par l'accueil des habitants qui ne cachent pas leur joie au lieu d'être en colère comme c'est le cas habituellement, mais habitué aux superstitions des paysans de la région, il se rend par acquis de conscience sur les lieux pour visiter la ferme et constater qu'il n'y a personne à expulser, ce qui facilite grandement sa tâche.

Mais en actionnant la poulie du vieux puits pour y puiser un peu d'eau, il remonte un cadavre...

Le lecteur ne saura qu'à la fin de qui il s'agit !

 

L'auteur, tout au long du récit, crée de nombreuses incertitudes dans la moindre scène, y compris celles qui décrivent des instants de bonheur.

Le lecteur sait que cela ne va pas durer : il reste en alerte, s'inquiète pour rien et la tension monte jusqu'au drame final.

Excellent  !!

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Rebecca G. 19/06/2015 16:33

Cet article donne vraiment envie de découvrir ce livre... Je vais le rajouter à ma liste! Merci!

Rebecca G. 19/06/2015 18:05

Bon, alors c'est pareil que pour moi...;) Mais il y a quand même ceux que j'appelle les "incontournables" et que je lirai absolument parce qu'ils me font TRES envie... :D. Je les garde pour les vacances... ;)

manou 19/06/2015 17:25

Pas de problèmes ! Moi aussi je fais une liste de livres à lire et heureusement je n'écris pas sur chacun :) mais la liste est longue et je ne crois pas que j'en viendrai à bout un jour car de nouveaux livres se rajoutent chaque fois que je lis les blogs des autres !

Rebecca G. 19/06/2015 17:05

Ah, non, il ne s'agit pas d'une chronique... C'est juste ma petite liste perso de livre que je devrai lire...!! :) Merci à toi, donc! :) Bisous

manou 19/06/2015 16:37

Je lirai ta chronique avec plaisir !
merci de ta visite
Manou

Encore Un Blog ?

  • : Dans la Bulle de Manou
  • Dans la Bulle de Manou
  • : Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes ou mes voyages : intellectuel, spirituel, botanique ou culinaire...
  • Contact

Qui Suis Je ?

  • manou
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...

BLOG Zéro carbone !

Perdu Dans Le Blog ?

Y a-t-il des curieux ?

litterature

 

  D'où viennent-ils ?

 

  litterature

C'est bien l'été maintenant !

 

N'oubliez pas de protéger Xin Xin et de le nourrir en cliquant sur more...

 

 

Mes livres sur BABELIO

Les dix droits imprescriptibles du lecteur

mod article2138927 3

Extrait de "Comme un roman" de Daniel Pennac

Illustrations de Quentin Blake

Retrouvez-moi sur Pinterest !

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -