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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 13:57
La souveraine / Nina Berberova

Sacha partage sa minuscule chambre où ils ne peuvent se tenir debout en même temps, et son lit, avec son frère Ivan plus âgé que lui et déjà fiancé à Katia, depuis que leur mère les a abandonné pour partir aux États-Unis avec son nouveau mari.

Leur père est mort depuis longtemps, au tout début de la révolution russe.

C'est Ivan, qui travaille comme chauffeur de nuit, qui entretient Sacha pour lui permettre de poursuivre ses études de droit et préparer sa thèse.

A leur façon, ils sont heureux tous les trois et dès la thèse de Sacha soutenue, Ivan et Katia se marieront...

 

Un jour de rentrée de vacances, Sacha retrouve son ami André tout bronzé. Il apprend que celui-ci est amoureux d'une certaine Génia, rencontrée durant l'été et qui, comme eux, vit au sein de la communauté russe de Paris.

Quelques jours plus tard, Sacha accompagne André chez Génia pour leurs fiançailles et rencontre Léna, la soeur aînée...

 

Lui qui ne pensait qu'à ses études, va tomber fou amoureux de la belle jeune femme. Celle-ci est tourmentée par une histoire d'amour finissante et exerce immédiatement sur lui un pouvoir impossible à maîtriser. Il perd tout contrôle car elle le fascine et l'inquiète en même temps. Peu à peu, il la laisse devenir la "souveraine"...

 

Mais Lena et Génia ne sont pas de son milieu. Elles vivent dans un bel appartement des beaux quartiers. Leur père est ingénieur et riche.

En quelques jours le regard que Sacha porte sur le monde qu'il a aimé, change complètement et empoisonne ses relations avec ses proches...

 

Mon avis

 

 

A noter : Ce roman a été écrit en 1932 alors que l'auteur, Nina Berberova venait juste de quitter son mari avec qui elle s'était installée à Paris en 1925. Il est le deuxième roman écrit par l'auteur et le premier publié à titre posthume en 1994.

Il est traduit du russe par Cécile Térouanne.

 

L'auteur décrit avec beaucoup de réalisme et sans pour autant s'apitoyer sur leur sort, les conditions de vie des émigrés russes à Paris.

Le comportement amoureux de Sacha est tout à fait particulier pour l'époque et évoque plutôt celui d'une femme. C'est lui qui attend qu'elle l'appelle. C'est lui qui est sous sa coupe et attend qu'elle propose, qu'elle dirige leur vie.

 

L'auteur montre comment l'amour, s'il ouvre les yeux de Sacha sur sa condition, dévoile en lui, au lieu de l'enrichir et de le rendre heureux, ce qu'il a de plus sombre...l'envie.

Malgré son intelligence, il ne peut maîtriser ses sentiments mesquins et ne ressentira que dégoût pour lui-même...

 

Je n'avais jamais lu ce roman de Nina Berberova dont je possède pourtant un certain nombre d'oeuvres dans ma bibliothèque personnelle.

Sa lecture me donne envie de replonger dans son écriture.

 

 

Extraits
 

(p. 67) "Vingt-quatre ans, c'était l'âge de Léna. Mais elle, il semblait définitivement impossible de l'atteindre ! Dieu seul savait quel genre de femme elle était, indépendante, détachée, fascinante, lointaine ; que de souffrances avant de résoudre une telle énigme, de la forcer à vous écouter, à vous regarder en face. Elle restait sans parler ni bouger, mais il semblait qu'elle avait la maîtrise de la maison comme de la ville, comme du monde entier..."

 

(p.86) "Il était pris, il n'en doutait plus. Il était désormais certain que Léna ne l'oublierait pas, qu'elle ne lâcherait pas prise et n'aurait de cesse qu'il ne lui appartienne, et cela accroissait encore son impatience [...] elle exigeait la soumission".

 

(p.138) "Que suis-je ? Qui suis-je ? Je suis pauvre, avec une mère déshonnorée, un frère payé à la course, sa Catherine simplette et sortie de sa province ; prisonnier de mon avenir, je suis comme un aveugle les traces d'un autre, je mène une existence minable et je suis envieux..."

 

(p. 153) "Il les regarda partir en silence. Que faire ? se demandait-il. Les quitter, leur rendre tout ce que je leur dois, pour qu'ils n'interviennent plus dans ma vie. Mais avec quel argent ?"

[...] Ce qui l'emplissait maintenant n'était plus l'amour de Léna - il pouvait rester longtemps sans penser à elle, pour y revenir paresseusement, un court moment, le temps d'un souvenir brûlant et d'un bref frisson - mais pour la première fois une haine inexplicable de tout ce qui n'était pas elle. Cette haine allait parfois jusqu'à l'extrême et englobait la jeune femme elle-même, sans aucune raison..."

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