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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 08:13
Denoël, 2001 (1ère édition, 1958)

Denoël, 2001 (1ère édition, 1958)

Il y a un mois ou deux (je ne sais plus) j'ai lu une chronique à propos de ce livre sur le blog Lecturissime, un blog que j'aime bien suivre et sur lequel je pique souvent des idées de lecture.

J'avais vu que ce court roman était préfacé par Louis Aragon et que pour lui il s'agissait "de la plus belle histoire d'amour du monde".

 

Tentant, non ?

Voilà c'est chose faite. Je l'ai emprunté en médiathèque. C'est de toute façon un tout petit roman de la grosseur d'une nouvelle, qui se lit très vite et ne fait que 132 pages. Mais il faut prendre le temps de le savourer...

 

Louis Aragon a également co-traduit ce roman du kirghiz en français, avec A. Dimitrieva, traductrice  de nombreux ouvrages de Tchinguiz Aïtmatov disponibles en France.

 

Comme toujours je n'ai pas lu la préface en premier...je déteste ça ! Souvent je décroche pendant la lecture de ce qui est pourtant  une présentation de l'ouvrage, mais ne l'oublions pas, qui a forcément été écrite après la lecture du livre.

Quelquefois il y a trop de détails sur le livre ou les personnages, d'autres fois cela me donne des prérequis, des  impressions ou des repères chronologiques qui s'avèreront n'être pas du tout indispensables pour la compréhension de l'histoire mais qui seront utiles après lecture, lorsque je veux en savoir plus.

Je relis même avec bonheur certains passages du livre...

Bon vous l'aurez compris je déteste les préfaces  !

 

Collégienne, lycéenne ou étudiante, je me souviens avoir été incapable d'écrire une introduction ou une conclusion avant d'avoir rédiger mon devoir en entier. Les enseignants ne comprenaient pas ma démarche ! Et cela ne m'a jamais empêché de savoir exactement ce que j'allais écrire...et de me mettre dans l'ambiance, ni de poursuivre mes études :)

Bref tout comme je déteste voir un film avant d'avoir lu le livre...je lis les préfaces à la fin, je vous parlerai donc de la préface d'Aragon à la fin !

Le lieu

Le lecteur voyage au coeur du Kirghizstan, un pays d'Asie centrale montagneux longtemps habité par des nomades. Ce pays, aujourd'hui indépendant, était à l'époque du roman une République socialiste soviétique, intégrée dans  l'URSS.

L'histoire se déroule dans un village kirghiz en pleine mutation entre nomadisme et sédentarité, au coeur de paysages magnifiques de steppes (côté Kazakhstan) et de montagnes (côté Kirghizie ).

Au sein d'une famille matriarcale, Seït, jeune adolescent naïf et innocent, va être le témoin d'un amour immense mais impossible...

 

L'époque

L'histoire se passe durant la guerre de 40.  Tous les hommes valides sont partis au front. Les familles ont une vie difficile. Les personnes âgées, les soldats blessés, les jeunes enfants et les femmes sont tous obligés de continuer à travailler pour le kolkhoze, passant toute leur journée dans les champs afin de participer à l'effort de guerre et nourrir les soldats.

 

La langue d'origine :

Le Kirghiz est une langue encore parlée de nos jours qui appartient au groupe des langues turciques (langues ouralo-altaïques). Mais au Kirghizstan aujourd'hui, on parle aussi le russe.

 

L'histoire

 

Seït, le narrateur se souvient du temps où jeune garçon d'à peine 13 ans, il était resté le seul homme de la famille, suite au départ de ses frères pour le front...

Il nous raconte deux saisons passées auprès de sa belle-soeur, Djamilia qui attend en vain le retour du frère aîné, Sadyk, parti à la guerre peu après leur mariage.

 

Seït travaille dans les champs, s'occupe des chevaux et, en tant que seul homme de la maison, est censé protéger Djamilia des approches un peu trop fréquentes des autres djiguites (cavaliers) de l'aïl (le village).

 

Djamilia est fidèle à sa famille. Indépendante, parfois dure, elle sait très bien se protéger toute seule et travaille sans relâche, comme un homme.

Malgré tout, elle garde toute la fraîcheur de l'enfance et n'entend pas rester recluse dans cet univers féminin, où la femme mène la maison mais doit rester en retrait.

 

Djamilia et Seït sont très complices et si l'une est à peine sortie de l'enfance, l'autre est en train de s'en éloigner...

Le jeune Seït tombe peu à peu amoureux de sa jeune et belle, belle-soeur.

Il découvre peu à peu les sentiments contraires qui le lient à la jeune femme, la jalousie d'abord, pour celle qui l'appelle kitchiné-bala (petit garçon) et que lui nomme djéné ; la fascination pour sa beauté, ses éclats de rire, son rayonnement ; l'inquiétude pour sa fragilité, ses humeurs sombres ; et enfin, la joie de la voir si heureuse, une joie si intense que ce bonheur là, lui suffit à lui, alors qu'il découvre en même temps qu'il l'aime d'un amour immense...

En découvrant l'amour, il délaissera son enfance pour devenir un adulte, prêt à réaliser ses rêves, tout en s'ouvrant à la beauté de la nature qui l'entoure et à la création artistique.

 

Danïiar est un jeune orphelin revenu au village. Ayant fait la guerre il a été blessé à une jambe et reste boiteux. Souvent muet et taciturne, il n'en est pas moins observateur.

Lorsqu'il est chargé d'accompagner Djamilia et Seït pour amener le grain à la gare pour les soldats, il ne parle pas de la journée, mais peu à peu s'attache à la jeune femme et tombe amoureux.

 

Un jour Djamilia et Seït font une blague à Danïiar, en plaçant dans sa charette un sac très gros et très lourd, que tous deux ne peuvent porter qu'à deux.

Mais celui-ci, par fierté, le porte sur ses épaules à destination, boitant sur sa jambe blessée. Ce soir-là, le retour au village se fait dans le silence et la tristesse.

 

Le lendemain, Djamilia s'excuse à sa façon et lui explique que c'était une plaisanterie. Le soir venu, le coeur léger lors du retour au village, Danïiar se met à chanter et Djamilia tombe sous le charme.

Émue, elle comprend toute la poésie, l'hymne à la vie,  à la liberté et à l'amour...que contiennent ses chansons.
 


Il aura fallu du temps, beaucoup de souffrances et des chansons superbes, pour que cet amour ose apparaître au grand jour et défier les conventions ancestrales...

Car "Tout homme n'a qu'une vie"...

 

 

Ce que j'en pense

 

Ce petit roman est un moment de lecture très agréable car il est très poétique. 

Le style très littéraire pourra rebuter certains adolescents et nécessiter quelques explications dont certaines seront données par la préface d'Aragon.

Il faut laisser du temps à l'auteur pour installer ses personnages et se laisser ensuite porter par la poésie du texte.

Les premières pages plantent le décor : il faut s'accrocher.

Nous sommes au coeur du village et nous découvrons les personnages et leur vie quotidienne durant la seconde guerre mondiale. Le lecteur s'immerge dans un lieu éloigné de nos traditions pour mieux comprendre l'intrigue.

 

Il y a plusieurs histoires qui s'imbriquent les unes dans les autres...

D'abord  l'histoire de Seït et de Djamilia, la vie de famille, les relations avec les autres membres du village, puis il y a Danïiar et sa rencontre avec les deux jeunes gens.

 

Au delà de l'histoire d'amour, ce roman nous parle de l'art, de la poésie, des chansons qui vantent la beauté du monde, la sauvagerie de la steppe et celle des hommes, mais nous parlent aussi de la vie et de la liberté...

 

Le jeune Seït (le narrateur) nous touche car il ne comprend pas toutes les subtilités du monde des adultes. Il assiste sans pouvoir y mettre des mots à la naissance de l'amour et en devient, par son innocence, le complice...

Mais en contre-partie, il découvre la beauté du monde, de la poésie, de l'amour et la souffrance. C'est à ce prix-là qu'il peut trouver sa voie et devenir ce qu'il rêve d'être : un artiste.

 

 

Louis Aragon et la préface

 

Louis Aragon a accepté de traduire ce roman car pour lui, je l'ai déjà dit "c'est la plus belle histoire d'amour du monde". Il était donc normal qu'il accepte d'en écrire la préface.

Lorsqu'Aragon découvre cette oeuvre dans une revue soviétique, sa rencontre avec "Danïiar et Djamilia, dans l'été de la troisième année de la guerre, dans cette nuit d'août 1943, quelque part dans la vallée du Kourkouréou, avec leurs chariots à grains, et l'enfant Seït qui raconte leur histoire", il veut tout savoir du peuple kirghiz et de ce jeune auteur débutant qui a tout juste 30 ans, et vit quelque part en Asie centrale. Comment est-ce possible qu'il soit capable d'écrire une aussi belle histoire ?

Aragon nous fait part, dans sa préface, du fruit de ses recherches : sur le pays, sur les traditions, sur la religion, sur l'atmosphère de ces contrées, sur les paysages et sur l'auteur... Il faut donc la lire !

 

La préface se termine par ces mots :

"Mon Dieu, comme le monde est encore jeune et beau ! Comme rien n'est épuisé, comme tout peut encore faire battre le coeur des hommes !  [...]

Merci, mon Dieu à qui je ne crois pas, pour cette nuit d’août à laquelle je crois de toute ma foi dans l’amour". [Aragon, 1959]

 

L'auteur...

Lire sa biographie sur mon blog ICI.

 

Extraits

 

"Djamilia était vraiment  belle. Élancée, bien faite avec des cheveux raides tombant droit, de lourdes nattes drues, elle tortillait habilement son foulard blanc, le faisant descendre sur le front un rien de biais, et cela lui allait fort bien et mettait joliment en valeur la peau bronzée de son visage lisse. Quand Djamilia riait, ses yeux d’un noir tirant sur le bleu, en forme d’amande, s’allumaient d'une jeune ardeur..." (p. 41)

 

"Oui, j'étais jaloux de Djamilia, je l'idolâtrais, j'étais fier qu'elle fût ma djéné, fier de sa beauté et de son caractère indépendant, libre. Nous deux, nous étions les amis les plus intimes et nous ne nous cachions rien l'un à l'autre". (p 43).

 

" Djamilia elle-même avait saisi la main de Danïiar et quand ils eurent ensemble sur leurs mains croisées soulevé le sac, lui, le pauvre diable, il rougit de confusion...Je voyais comment il était mis à la torture, comme il se mordait intensément les lèvres, comme il s'efforçait de ne pas regarder Djamilia directement..." (p 66).

 

"Et la nuit était une splendeur. Qui ne connaît les nuits d'août avec leurs étoiles lointaines à la fois, et proches, extraordinairement brillantes ! Chaque petite étoile est en vue. En voilà une, comme engivrée sur ses bords, qui n'est que scintillation de petits rayons glacés, du ciel sombre elle regarde notre terre avec un naïf étonnement. Nous roulions dans le défilé, et moi je la regardais là-haut longuement." (p 81-82)

 

"Sa voix s'était immiscée en moi, elle me poursuivait à chaque pas...J'écoutais cette voix...et dans tout ce que je voyais et entendais, je croyais entendre la musique de Danïiar...Fermant les yeux...devant moi se dressaient des tableaux étonnamment familiers, qui m'étaient chers depuis l'enfance : tantôt à cette hauteur où volent les grues au dessus-des yourtes...tantôt..." p 89

 

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commentaires

Bernieshoot 19/05/2015 12:59

J’ai auussi horreur de voir un film avant de lire le film, par contre je lis les prefaces d'abord, voilà un court roman qui doit être tres agréable, merci pour le partage dans la communauté livres ô blogs

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