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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 08:09
Le cahier des mots perdus / Beatrice Wilmos

Septembre 1940 à Marseille.

 

Jeanne, 11 ans, se retrouve toute seule alors que la nuit tombe. Sa mère, Blanche vient d’être prise dans une rafle dans le café où toutes deux ont attendu si longtemps que Thomas vienne les retrouver.

Maintenant Thomas et Blanche sont partis dans le camion. La petite fille doit tenter de rejoindre la chambre d’hôtel. Elle circule seule et angoissée dans le dédale des ruelles obscures qu'elle ne reconnaît pas, tentant de retrouver le chemin vers l'hôtel où toutes deux séjournent depuis quelques jours seulement.

Dans la chambre d’hôtel, alors qu’elle guette le retour de sa mère, Jeanne cherche à comprendre et se souvient…

 

Voilà une semaine qu’elles sont arrivées à Marseille…pour retrouver Thomas. Mais la petite fille sait bien que sa mère ne lui a pas tout raconté et qu’un mystère plane autour de lui.

 

La première fois qu’elle a vu Thomas, il venait  d’arriver à la Villa. C’était l’été et le début des vacances scolaires, il faisait chaud et Jeanne avait 7 ans. Paul, son grand-père, l’avait prévenu que leur ami allemand souffrait de migraines…

Dans la maison près d’Ollioules, Jeanne ne pouvait ni jouer, ni crier, ni faire craquer les marches de l’escalier…Elle avait alors été saisie d’angoisse à l’idée que sa mère ne l’aime plus, lui préfère cet étranger, blessé au visage et souffrant.

 

Thomas venait de passer trois ans dans un camp de concentration…Libéré,  il avait d'abord été assigné à résidence, n’avait plus ni appartement, ni affaires personnelles. Des amis l’avaient aidé à fuir et à franchir les frontières. Voilà comment, après un long séjour en clinique pour se soigner, il était arrivé chez eux.

 

Mais tout ça  Jeanne l’apprendra beaucoup plus tard...

 

Lorsque trois ans plus tard, en 1939,  Thomas revient chez eux, Jeanne est jalouse de la joie de sa mère… "Quand Thomas est là, Blanche n’y est pour personne" avait dit Paul en lui souriant.

Et Thomas s’était installé dans une petite bergerie proche de la Villa. Fernand, leur voisin avait même accepté de lui donner un petit travail, par amitié pour Paul, alors qu’il n’aimait pas du tout les allemands. Blanche s’absentait souvent pour aller le voir. Parfois des amis de Thomas venaient déjeuner. Eux aussi avaient fui l’Allemagne.

 

Un jour son grand-père accepte de lui raconter l’histoire de Thomas. Sa femme, Mathilde et lui ont fait sa connaissance chez un ami, alors que toute la famille était en vacances en Italie : Blanche avait tout juste dix ans.  Thomas habitait alors à Berlin : il était poète, écrivait des nouvelles et des articles pour des journaux. Plusieurs étés de suite, ils se sont ainsi retrouvés avec plaisir en vacances et sont devenus amis. Thomas est devenu "leur hôte de vacances". Et puis Mathilde est morte en 1925. Blanche n'avait que 15 ans…

 

Un jour Esther arrive  et s’installe avec Thomas… Elle est la femme d’Heinrich, le meilleur ami de Thomas, qui est mort.

Et puis arrive septembre 1939 : c'est Seconde Guerre mondiale. 

Paul décide que Blanche et Jeanne resteront avec lui à la Villa au lieu de retourner à Paris. Les étrangers ont ordre de se rassembler dans un camp de regroupement au fort d’Antibes. Thomas obéit et s’y rend de lui-même. Paul réussit à le faire libérer : il a un logement et un travail après tout et ce n’est pas un espion !

 

Mais c’est la guerre et Thomas est arrêté à nouveau et interné au Camp des Milles près d’Aix-en-Provence. Puis il réussi à s’enfuir, passe à la villa rapidement. Il apprend qu’il est autorisé à émigrer aux États-Unis. Quelqu’un doit l’attendre à Marseille pour lui donner des papiers en règle pour partir. En attendant il doit se cacher et surtout ne pas se faire arrêter…

 

Voilà comment Blanche et Jeanne se sont retrouvées là-bas, à Marseille, parce Blanche voulait le revoir avant son départ…

Elles l’ont attendu tous les jours dans ce bar sur le port.

 

Dans la chambre d’hôtel, Jeanne n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se souvient du cahier de sa mère, dans lequel elle écrivait sans fin, pour occuper ses après-midi pendant que Jeanne dessinait, en attendant Thomas.

 

Dans le carnet, Jeanne va faire des découvertes et en particulier, mieux comprendre ce que les adultes ne lui ont jamais dit : le souvenir d'autres étés à la Villa lorsque sa mère avait son âge, que Mathilde, sa grand-mère était encore en vie et que Thomas était encore libre, avant que le système nazi, auquel il s'est opposé, ne cherche à le détruire...

 

Ce que j’en pense

 

Ce récit, d'une petite fille de onze ans qui découvre le monde compliqué des adultes et les difficultés de vivre et d’aimer en temps de guerre, est tout à fait émouvant parce que les drames et les horreurs sont vécus à travers ses yeux d'enfant.

 

Elle nous raconte l'amour impossible de sa mère pour Thomas, un ami de la famille qui lui, en aime une autre, Esther, qu'il s'est promis de protéger coûte que coûte.

De plus, l’histoire se passe en partie dans notre région, ce qui ne gâche rien…

 

C'est aussi l'histoire d'une autre petite fille (Blanche) qui admire l'ami de ses parents et qui en grandissant transforme cette admiration d'enfant en amour d'adolescente, puis d'adulte.

Un amour exclusif qui balaie tout sur son passage et veut oublier les souffrances endurées par l'être aimé, au point de devenir injuste (voire odieuse) avec celui qu'elle aime.

Blanche est prête à tous les sacrifices, même celui de sa propre fille qu'elle emmène vers le danger sans arrière pensée.

Je n'ai pas du tout aimé son personnage si égocentrique et jaloux qu'elle en devient odieuse, si irresponsable aussi qu'elle est prête à abandonner sa fille, pour partir avec celui qu'elle aime.

 

C'est surtout l'histoire d'un jeune homme brillant et libre, amoureux de son pays et qui n'accepte pas la montée du nazisme.

Le personnage de Thomas est en effet au centre du récit.

Déporté, torturé, exilé, blessé au plus profond de lui-même il continuera à résister mais perdra ses amis les plus chers avant de trouver refuge chez ses amis français qui le sauvent mais ne peuvent le guérir de ses souffrances, ni lui rendre sa patrie, ni empêcher que les français le considèrent comme un ennemi.

 

Une manière d’aborder la seconde guerre mondiale différemment et de se plonger dans le destin tragique des résistants allemands dont on parle si peu dans la littérature.

Un très beau texte qui se lit très facilement dès 14 ans.

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