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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 13:35
L'étranger / Albert Camus

Ce chef d’œuvre d’Albert Camus (Prix Nobel de littérature en 1957) méritait une relecture et un article sur ce blog.  

Mais, peut-on résumer un classique ?

Cela me parait difficile…d'autant plus que le net regorge de résumés et d'analyses à destination des élèves de lycée, cette oeuvre faisant partie du programme du bac de français. Mais je vais essayer...

 

Le narrateur (Meursault) vient de perdre sa mère et doit se rendre à son enterrement. Elle était placée dans un "asile" à proximité d'une petite ville située à 80 kilomètres d’Alger.

Employé de bureau modèle, il n’aime pas demander deux jours de congé à son patron, mais il faut bien qu'il se rende à l'enterrement. Dans son entreprise, il s'occupe des connaissements,  c'est-à-dire des documents permettant de finaliser les contrats de transport maritime (entre le chargeur et le transporteur maritime).

Lorsqu’il arrive à l'asile, il découvre avec surprise que sa mère s'était fait des amis parmi les résidents. Il discute avec le directeur et le concierge, mais refuse de voir le corps une dernière fois. La veillée est interminable puis, la cérémonie du lendemain, se passe dans la pure tradition.

Meursault réalise en marchant derrière le cortège funèbre, sous la chaleur torride, qu'il n'éprouve pas vraiment de peine malgré la disparition de sa mère. Depuis longtemps il n'avait plus grand chose à lui dire et il ne venait presque plus la voir.  Meursault se sent  comme "en dehors" de tous ces événements.  Il est fatigué.  Il observe les autres et se sent observé à son tour et même "jugé".  Il n’a qu’une hâte, celle de rentrer à Alger.

 

Le lendemain, dès son retour, il a envie de se baigner et part à la plage.  Là, il rencontre Marie, une ancienne employée de son bureau, avec qui il passe l'après-midi. Les deux jeunes gens plaisantent ensemble et c'est lorsqu'ils s'habillent que Marie découvre que Meursault est en deuil. Elle est stupéfaite d'apprendre qu'il a enterré sa mère seulement la veille. Les deux jeunes gens vont tout de même au cinéma voir un film de Fernandel et, le soir même, entament une liaison.

 

La vie reprend son cours...

"J'ai pensé que c'était toujours un dimanche de tiré, que maman était maintenant enterrée, que j'allais reprendre mon travail et que, somme toute, il n'y avait rien de changé" pense Meursault.

 

Le lundi, il reprend donc son travail, déjeune chez Céleste avec Emmanuel, son collègue de bureau, puis rentre chez lui.

Il rencontre le vieux Salamano qui passe son temps à se fâcher après son chien, puis  un autre de ses voisins, Raymond Sintes, soupçonné de proxénétisme.

Raymond Sintes l'invite chez lui puis lui propose de dîner avec lui. Il a été blessé à la main. Au cours du repas, il lui raconte son histoire et en particulier les déboires qu'il a eu avec son ex-maîtresse qui le trompait et qu'il a frappé. A la suite de ça, il s'est battu avec son frère...

Raymond demande à Meursault d'écrire à sa place une lettre de menaces qu'il envoie dès le lendemain à la fille.

Il fait part à Meursault d'un autre problème : en effet depuis quelques temps il se sent surveillé par le frère de la fille et sa bande. Il  voudrait se venger.

 

La semaine s'écoule dans le calme et la routine. Le week-end suivant Marie et Meursault se retrouvent, retournent à la plage et passent la nuit ensemble. Mais au cours du week-end, ils entendent une bagarre chez Raymond : tous les voisins assistent à la scène. Raymond injurie une femme et la frappe violemment. Il est convoqué au commissariat et Meursault témoigne pour lui de sa bonne moralité.

 

Bien malgré lui, la lettre puis le témoignage signent le début de leur amitié et, le week-end suivant, Raymond l'invite à venir avec Marie chez Masson, un ami de Raymond qui possède un cabanon près de la plage et qui a épousé une parisienne.

 

Dans la semaine, Meursault travaille, se rend au cinéma avec Emmanuel, refuse à son patron une promotion qui l'amènerait à quitter Alger pour Paris, et accepte de se marier avec Marie, alors que cela lui est égal, mais puisqu'elle le lui demande...

 

Le dimanche matin arrive et les cinq jeunes gens se baignent, se dorent au soleil, profitent de la mer.

Tandis que Marie et la femme de Masson restent ensemble, les trois hommes vont marcher un instant au soleil et retrouvent sur la plage, une bande d'arabes qui les attendent. Dans ce groupe, il y a le frère de l'ex-maîtresse de Raymond. Une bagarre survient et Raymond est blessé au visage d'un coup de couteau. Meursault n'a pas pris part à la bagarre.

 

Lorsque Raymond revient de chez le médecin il est en colère et muet. Il décide de retourner sur la plage. Meursault le suit par précaution. Ils retrouvent deux des arabes à l'ombre d'un rocher, et Raymond menace de tuer le frère. Meursault lui conseille d'agir sans armes, d'homme à homme,  récupère le pistolet de Raymond et le met dans sa poche.

Les deux arabes se retirent derrière le rocher. Meursault et Raymond retournent au cabanon.

 

Un peu plus tard, Meursault se retrouve en train de marcher sur la plage, seul. Il trouve près du rocher le "frère" resté seul et parce qu'il a sorti un couteau de sa poche et que la "lumière a giclé sur l'acier", il tire un coup de feu puis quatre autres avec le révolver de Raymond, qu'il avait gardé dans sa poche depuis la bagarre...

 

C'est le drame.

Meursault est immédiatement arrêté et subit de nombreux interrogatoires. Il rencontre l'avocat "commis d'office". L'avocat, puis le juge sont surpris car Meursault ne manifeste aucun regret, simplement de l'indifférence.

 

Marie vient le voir une seule fois (elle n'a pas le droit de visite), lui écrit... Meursault s'habitue à sa cellule. De sa fenêtre, il peut voir la mer. Pour passer le temps, il lit ou dort puis au bout de quelque temps, il pense au passé, cherche à se rappeler son appartement, l'agencement du lieu, les objets qui se trouvaient dans chacune des pièces.

 

Presque un an plus tard, le procès s'ouvre enfin. Mais dès le début des interrogatoires, le procès tourne mal et le tribunal accorde peu d'attention aux témoignages positifs. Ils veulent absolument prouver que l'acte de Meursault était prémédité et qu'il a commis un crime crapuleux, ne pouvant être que d'accord avec Raymond (dixit la lettre, le témoignage...).

Meursault s'ennuie. Il se sent exclu de son propre procès. Personne ne lui demande son avis et personne ne cherche non plus à comprendre ses motivations ! On veut prouver que son indifférence est la preuve d'un être insensible.

Lorsqu'il explique enfin que son meurtre n'était en rien prémédité mais que c'est à cause du soleil que ce crime a eu lieu, tout le monde se moque de lui.

 

Pour le procureur, Meursault est "un homme qui tuait moralement sa mère" en la plaçant dans un asile. Il l'accuse ouvertement "d’avoir enterré une mère avec un cœur de criminel".

En fait le procureur l'accable uniquement à cause de son comportement : il n'est pas croyant, ne respecte pas le deuil puisqu'il entame une relation dès le lendemain de l'enterrement de sa mère, mène une vie dissolue avec son ami Raymond...

 

Le verdict tombe : Meursault aura "la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français".

 

Dans sa cellule, il attend et ne sait pas quand on viendra le chercher. Il refuse de voir l'aumônier, se dispute même violemment avec lui et l'injurie à tel point que les gardiens s'interposent. Puis il retrouve enfin son calme et songe...

"Devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine".

 

 

Ce que j'en pense

 

Le roman se passe en Algérie à l'époque coloniale. Il est donc facile de penser que, comme la plupart des colons, Meursault aurait pu préméditer son geste et s'en prendre ainsi à un "arabe", même si rien ne le laisse penser au cours du roman.

Il aurait pu aussi ne pas être condamné à mort pour les mêmes raisons.

 

L'auteur divise son roman en deux parties :

 

- dans la première partie, Meursault nous raconte sa vie quotidienne très routinière et rassurante : son travail au bureau, ses repas chez Céleste, seul ou avec ses collègues de travail, ses rencontres avec Marie et ses voisins, Salamano et son chien, Raymond le magasinier qui vit des femmes (d’après la rumeur). Pour Raymond, par exemple, le lecteur ne saura jamais si c'est vrai ni ce qu'il deviendra par la suite...

A noter : Le narrateur n'a aucun recul par rapport aux événements.

A travers ce récit, apparaît clairement au lecteur, un des traits de caractère du narrateur : la distance, qu’il met entre lui et les événements de sa vie. Cette distance fera de lui un monstre. Par exemple, la mort de sa mère apparaît simplement comme un événement sans conséquence sur sa vie.

 

- dans la deuxième partie, après le meurtre inattendu, le ton neutre du début du roman disparaît.

Meursault est en prison et le temps se dilue. Il prend de plus en plus de recul sur sa vie. Des faits que Meursault pensait sans conséquence, sont exposés au grand jour et grossis à tel point que lui-même ne les reconnaît pas. Il assiste, impuissant  à un procès d'où il est exclu. 

Alors que le lecteur voit bien que Meusault était là, par hasard au mauvais endroit au mauvais moment avec un pistolet dans la main qui ne lui appartenait même pas (il appartenait à Raymond), se « battant » pour une cause qui n’était même pas la sienne, il se retrouve condamné à mort.

 

Albert Camus emploie des phrases d’une grande simplicité mais où tout est dit : l’odeur de la terre et de la campagne, la chaleur suffocante du soleil, les sensations, les désirs exacerbés…

 

Pour l'auteur, l'existence humaine n'a pas forcément de sens.
Mais les hommes ont toujours voulu donner une signification rationnelle à leurs actes, même lorsqu'il n'y en avait pas.

Le procureur et l'avocat n'échappent pas à la règle : ils cherchent un sens logique aux actes de Meursault. Ils veulent trouver une certaine logique à son crime alors que celui-ci a eu lieu sans autre raison apparente que le soleil brûlant...

Ils s'acharnent sur lui car il est "hors-norme" et ne rentre pas dans le "moule" imposé par la société.

Pour Albert Camus, c'est parce que "tous les êtres humains finiront par rencontrer la mort que toutes les vies sont dénuées de sens", et c'est la raison pour laquelle Meursault est un "étranger" au monde qui l'entoure et à lui-même d'où le titre.

 

Au fond, Meursault, cet être double, est un personnage fondamentalement humain mais tout simplement, inapte à vivre en société et à entrer dans le "moule"…

 

Bien sûr, Albert Camus montre aussi, à travers ce roman qu'il est opposé à la peine de mort et à la justice expéditive qui ne rend pas compte du tout des circonstances. D'ailleurs le lecteur ne saura jamais si Raymond a profité de la naïveté de Meursault pour le manipuler...

 

Il ne s'agit pas pour moi de faire ici une analyse de ce roman ni de la pensée de Camus. Vous trouverez tout ça sur le net, bien mieux écrit, par des spécialistes ou des enseignants de français...

 

Ce roman a été adapté au cinéma par Luchino Visconti en 1967 sous un titre identique au roman.

 

Je note simplement que ce livre se lit très rapidement et bien sûr comme tout bon classique qui se respecte, qu'il a plusieurs niveaux de lecture.

 

 

Extraits

 

« J’ai fait la lettre. Je l’ai écrite un peu au hasard, mais je me suis appliqué à contenter Raymond parce que je n’avais pas de raison de ne pas le contenter. Puis j’ai lu la lettre à haute voix. […]Je ne me suis pas aperçu d’abord qu’il me tutoyait. C’est seulement quand il m’a déclaré : « Maintenant, tu es un vrai copain » que cela m’a frappé. Il a répété sa phrase et j’ai dit : « Oui. » Cela m’était égal d’être son copain et il avait l’air d’en avoir envie. »

 

« Le soir, Marie est venue me chercher et m’a demandé si je voulais me marier avec elle. J’ai dit que cela m’était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait. Elle a voulu savoir alors si je l’aimais. J’ai répondu comme je l’avais déjà fait une fois, que cela ne signifiait rien mais que sans doute je ne l’aimais pas. »

 

« Rester ici ou partir, cela revenait au même. Au bout d’un moment, je suis retourné vers la plage et je me suis mis à marcher.
C’était le même éclatement rouge. Sur le sable, la mer haletait de toute la respiration rapide et étouffée de ses petites vagues. Je marchais lentement vers les rochers et je sentais mon front se gonfler sous le soleil. Toute cette chaleur s’appuyait sur moi et s’opposait à mon avance. Et chaque fois que je sentais son grand souffle chaud sur mon visage, je serrais les dents, je fermais les poings dans les poches de mon pantalon, je me tendais tout entier pour triompher du soleil et de cette ivresse opaque qu’il me déversait… »

 

« Même sur un banc d’accusé, il est toujours intéressant d’entendre parler de soi. Pendant les plaidoiries du procureur et de l’avocat, je peux dire qu’on a beaucoup parlé de moi et peut-être plus de moi que de mon crime…Une chose pourtant me gênait vaguement…Tout se déroulait sans mon intervention. Mon sort se réglait sans qu’on prenne mon avis… »

 

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