Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 08:30
Toute ressemblance avec le père / Franck Courtès

Encore une fois,  j'ai découvert un auteur...

 

Le roman tourne autour de trois personnages, je devrai dire de quatre en fait.

 

Il y a Mireille, la mère et les deux enfants Vinciane, l'aînée et Mathis le cadet.

Un soir leur père, Jacques a un accident de voiture mortel : il a été victime d'un chauffard alcoolisé qui n'appelle même pas les secours tellement il est paumé, Thierry L., que la famille surnommera "l'assassin".

 

Jacques rentrait d'une soirée passée avec une autre femme...

 

Après le drame, chacun tente de survivre comme il peut... 

- Mireille reste inconsolable et ne se résoud pas à refaire sa vie. Elle idéalise le défunt.

- Vinciane devient archéologue et parcourt la planète, faisant fi des multiples dangers, au grand désespoir de David, son mari. Elle paraît forte et invincible mais seulement en surface.

- Quant à Mathis, qui n'avait que 16 ans à la mort de son père, il n'a plus d'image d'homme autour de lui pour le conseiller et l'aider à se construire.

Il a été marqué enfant par une amie de sa mère qui a déclaré un jour en le regardant qu'il serait "un homme à femme" comme son père. Il n'avait que 9 ans...

Devenu adulte, il devient photographe et enchaîne les conquêtes féminines (comme le faisait son père) sans pouvoir se fixer sur aucune...et sans être heureux pour autant.

 

Tout cela leur permet de tenir debout et d'avoir l'impression d'avancer dans leur vie, mais cela les détruit aussi. 

Car autour d'eux, qu'il le rejette ou l'accepte, rôde le fantôme de Jacques, mari ou père, ce héros pas si parfait que ça qui semble toujours diriger leur vie de là où il est.

Les non-dits et les colères non exprimées font d'ailleurs totalement éclater la famille. Vinciane et Mireille ne se parlent plus et rejettent la faute sur l'autre.

 

 

Si le début du livre nous donne à voir tous les personnages à égalité ce qui d'ailleurs perturbe un peu le lecteur parce qu'il met un certain temps à les relier entr'eux, c'est surtout dans les pas de Mathis que le lecteur va ensuite rencontrer les autres personnages.

En effet, le lecteur suit pas à pas, l'évolution de Mathis de l'adolescence à l'âge adulte (jusqu'à la maturité) lorsqu'il deviendra père à son tour.

On suit ses conquêtes amoureuses, ses frasques, ses rencontres amicales, familiales  ou professionnelles et ses pensées.

On suit aussi les efforts de "l'assassin"pour oublier le tragique accident qui l'a éloigné de sa famille, de ses amis et de la capitale...

 

Comment se défait-on des fantômes du passé?

Comment peut-on trouver sa propre idendité quand on vit dans le sillage d'un proche disparu idéalisé et si envahissant en pensée ?

 

Vinciane fuit et, Mireille à sa façon aussi, une vérité difficile à accepter : Jacques avait une maîtresse au moment de sa mort. Elles ont voulu épargner Mathis, si jeune, et ne lui ont rien révélé de l'histoire.

 

Mathis, lui, pense qu'il ressemble trop à son père (c'est le cas physiquement) et le voit dans différentes situations comme s'il était réel sous les traits d'un homme d'un certain âge, Virgile, qui le pousse à faire des "conneries".

Mathis nous apparaît fragile, se posant toujours les mauvaises questions, homme à femmes, certes mais maladroit avec elles, fréquentant les mauvaises personnes et en faisant toujours trop pour tout...

Il faudra qu'il accepte non seulement les ressemblances avec son père mais aussi les différences, et surtout, qu'il pardonne à son père de les avoir abandonner pour réussir à fonder enfin sa propre famille et ne pas reproduire ce qu'il a vécu avec son propre fils...

C'est en pleine nature au coeur des Cévennes, après plusieurs mois de solitude que Mathis trouvera la force d'enterrer son père et de le laisser partir, enfin...

 

S'il nous agace parfois au début du roman, il nous apparaît de plus en plus sympathique et vraiment attendrissant au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire. Le lecteur est soulagé lorsqu'il se décide enfin à prendre sa vie en main.

 

A noter : C'est un roman en partie autobiographique, un peu trouble, où l'auteur se met en scène (dès la couverture avec son propres fils), mais c'est un roman touchant, intéressant à lire et bien écrit.

Bien que je ne me sois pas identifiée aux personnages, j'ai lu ce roman avec plaisir, une page après l'autre...tant il est criant de vérité et de sincérité sur la nature humaine.

 

C'est un roman fait de contraste : l'inaction de Mathis s'oppose à l'hyperactivité de Vinciane, la ville et ses vertiges au calme de la campagne, le monde et les gens à la solitude, la fête à la tristesse et au deuil...

 

De plus, l'auteur étant lui-même photographe, le lecteur a droit à la description de paysages magnifiques et à quelques conseils techniques photographiques... ce qui ne gâche rien. Le regard qu'il porte sur ses personnages est fait d'instantané et de vivacité et n'est pas pour autant dénué d'humour.

 

Un auteur à suivre donc...d'autant plus que son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé "Autorisation de pratiquer la course à pied" (que je n'ai pas encore lu) a été salué par la critique et a obtenu le Prix SGDL du premier recueil de nouvelles.

 

 

Quelques Extraits

 

"Je me suis demandé si elle m'aimait, moi. J'ai fait défiler mes souvenirs et je me suis rendu compte qu'elle avait toujours été présente à mes côtés dans les situations les plus difficiles. Ses mots disaient le mépris qu'elle avait de mes choix de vie, mais ses actes, sa présence exprimaient toujours le contraire, en un amour silencieux, discret et profond [... ] L'amour de Vinciane pour moi n'avait pas de fenêtres, pas de jardin, pas de porte, rien qui laisse passer la lumière, c'était un donjon de pierre, massif et inébranlable, un amour de granit, austère mais éternel." (p.152)

 

"Jouer n'était d'ailleurs pas le bon terme ; les enfants ne "jouent" pas vraiment. Ils inventent des mondes, découvrent le sable, les cailloux, l'odeur d'une feuille, prennent des vessies pour des lanternes, se familiarisent avec la douleur, les fourmis, ils ne savent pas ce qui est sale, ce qui pique ; et le sérieux qu'ils mettent dans tout ça." (p. 237)

 

"Soudain, je l'ai vu ma mission. J'ai su ce que le drame m'inspirait, j'ai précisément su ce que j'en pensais. En moi une décision prenait forme, une pensée claire, exempte de haine. En mon âme s'accomplissait la réconciliation. J'ai pris la décision d'accepter ce qu'elle me soufflait. Je ne serai ni indifférent ni vengeur. J'avais pour la première fois de ma vie l'impression de tenir entre mes mains mon destin, de tenir ce fil à l'intérieur de moi, la soie tissée de mes émotions."(p. 348-349)

 

" Je n'emploie plus ce mot depuis qu'on l'entend pour décrire le guacamole à l'apéritif, vanter le silence de la dernière Golf, mais le paysage était réellement merveilleux." (p.370)

 

Interview de l'auteur à propros de son roman

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Encore Un Blog ?

  • : Dans la Bulle de Manou
  • Dans la Bulle de Manou
  • : Les livres et moi, mes coups de coeur, mes découvertes ou mes voyages : intellectuel, spirituel, botanique ou culinaire...
  • Contact

Qui Suis Je ?

  • manou
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...
  • J'aime les livres et j'ai eu la chance d'en faire mon métier, mais la vie nous réserve d'autres voyages tous aussi agréables à partager...

BLOG Zéro carbone !

Perdu Dans Le Blog ?

Y a-t-il des curieux ?

litterature

 

  D'où viennent-ils ?

 

  litterature

C'est bien l'été maintenant !

 

N'oubliez pas de protéger Xin Xin et de le nourrir en cliquant sur more...

 

 

Mes Tags

Mes livres sur BABELIO

Les dix droits imprescriptibles du lecteur

mod article2138927 3

Extrait de "Comme un roman" de Daniel Pennac

Illustrations de Quentin Blake

Retrouvez-moi sur Pinterest !

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -