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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 19:01
Le roman paru chez Gallimard Collection Blanche.

Le roman paru chez Gallimard Collection Blanche.

C'est le quatrième roman de Patrick Modiano. Il est paru en 1975. Il a obtenu le Prix des Libraires en 1976.

Comme pour ses huit premiers romans, Patrick Modiano dédie celui-ci à son frère Rudy, mort en 1957 d'une leucémie, à l'âge de neuf ans.

 

L'histoire

 

Quelque part au bord d'un lac, un homme se promène dans les rues d'une ville. Il se souvient des événements vécus douze ans auparavant et des lieux, des rues, des bâtiments (hôtels, Casino...). Beaucoup de choses ont changé : des bâtiments ont été rasés. L'hôtel l'Hermitage en particulier, qu'il connaît bien, est maintenant constitué d'appartements meublés loués aux touristes. Le luxe a disparu de cette ville ainsi que l'animation qui y régnait tout au long de l'année.

 

Cet homme s'appelle René Meinthe. Il est seul dans les rues. Il fait froid parce qu'on est à quelques jours de noël. D'ailleurs il se met à neiger et même les cafés sont fermés.

 

Seule la place de la gare est encore un peu animée. Un groupe de permissionnaires de la caserne de Chasseurs alpins attendent l'express pour Paris.

L'homme, vêtu d'un costume civil beige et emmitouflé dans une écharpe de soie verte dénote au milieu des jeunes militaires. Il s'approche d'un permissionnaire et lui remet une enveloppe que celui-ci glisse dans sa poche, l'air gêné. Le train arrive et le quai devient tout à coup silencieux.

 

L'homme se rend ensuite au bar de la gare où le garçon refuse de le servir sous prétexte qu' "Ici, on ne sert pas les tantes" lui dit-on. L'homme se rend alors dans un second bar miraculeusement ouvert, puis après avoir bu un cognac "clair", il rentre chez lui et se suicide.

 

Tout cela n'est pas raconté de façon linéaire car les déambulations de René Meinthe dans les rues sont interrompues par le récit du narrateur. Le narrateur vient d'apprendre le suicide de René Meinthe en lisant un article dans un journal local alors qu'il se trouvait à Paris.

 

Des souvenirs émergent à l'annonce de cette disparition et toutes les questions et les mystères de cet été là ressurgissent par à-coup. Voilà ce qu'il a vécu l'été de ses dix-huit ans où il a fait la connaissance du Docteur René Meinthe.

 

Il ne se souvient pas aujourd'hui pourquoi il s'était retrouvé dans cette ville thermale réputée, le temps d'un été, ni pourquoi il avait décidé d'y vivre sous le nom d'emprunt de Victor Chmara (en précissant même à l'occasion Comte Victor Chmara).

Il avait quitté Paris avec l'idée que cette ville était devenue dangereuse pour lui parce qu'il y régnait une "ambiance policière déplaisante" (p.72). Il se souvient juste que cet été-là, au début des années 60 donc, c'était la Guerre d'Algérie.

 

Il avait choisi cette ville thermale parce qu'il avait peur et que sa situation géographique lui permettrait de s'enfuir en Suisse au cas où.

 

Il se souvient de sa rencontre avec Yvonne, un jeune mannequin qui venait juste de terminer le tournage d'un film et qui devint rapidement sa maîtresse, bien que plus âgée que lui.

 

Il quitte alors sa petite pension de famille pour s'installer avec elle à l'Hôtel L'Hermitage et elle le présente à son ami de toujours (ce qu'il apprendra plus tard) : René Meinthe. Il est médecin à Genève. Il a de l'argent et une Dodge. Yvonne est belle et tout ce qu'elle possède en plus de son charisme, c'est un dogue allemand neurasthénique.

René est homosexuel et bourré de tics : il se fait appelé la Reine Astrid, la Reine des Belges.

Il fait entrer Victor dans la "Bonne Société" de la ville, le présente à du "Beau monde". Ensemble tous les trois participent à des soirées qui tournent pour la plupart en beuveries et pour certaines en partouzes...

Insouciants, Victor et Yvonne dépensent beaucoup d'argent...

Mais Yvonne reste secrète. Victor n'arrive pas à connaître son passé. Elle décide pour calmer ses questions de le présenter à son oncle. Victor qui croit être amoureux d'elle (c'est son premier amour) apprendra ainsi le côté instable et fantasque de sa dulcinée.

Plus tard il découvrira, à ses dépends, que tout dans ce milieu, n'est qu'illusion. Il rêvera de s'échapper, de partir en Amérique, une façon pour lui de s'évader hors de ce milieu où il ne se sent jamais à l'aise.

 

De temps en temps, René Meinthe leur propose de s'installer chez lui, dans sa villa qu'il a baptisé "Villa triste" (d'où le titre du roman). Là, ils doivent pendant son absence, répondre au téléphone parfois en pleine nuit, et prendre note du rendez-vous fixé par un mystérieux interlocuteur, Henri Kustiker.

Victor ne saura jamais (le lecteur non plus) qui est cet homme et ce que René et lui font à Genève lors de ces rendez-vous mystérieux. On apprendra juste que c'est en rapport avec la Guerre d'Algérie...

 

 

Mon avis

 

Mais une simple lectrice sans prétention peut-elle donner son avis sur un roman écrit par un Prix Nobel de Littérature ?

Je note juste que lorsque je lis Modiano il faut que je sois tranquille pour m'inprégner de ses mots, de l'ambiance de ses romans, de son écriture si particulière et de ses personnages indécis et entourés de mystère...

 

Pour impliquer davantage le lecteur, Patrick Modiano l'interpelle :

(p.68) "Souvenez-vous : elle était envahie par les bougainvillées" [il parle de la véranda].

Plus loin (p.70) : "Les café sont fermés. Une lumière rose filtre à travers la porte du Cintra. Voulez-vous que nous entrions pour vérifier si les boiseries d'acajou n'ont pas changé, si la lampe..."

 

Le lecteur saura peu de choses des personnages plutôt énigmatiques. Chacun garde son secret. Ils sont porteurs d'un passé dont ils ne veulent pas parler et qui rend compliquées leurs relations aux autres.

 

L'auteur se focalise sur les lieux, l'architecture, les jardins, les baignades, les promenades en bateau sur le lac ou dans la Dodge de René...

On réalise à la fin du roman que rien d'essentiel n'a été dévoilé.

 

Quelle est la part de l'imaginaire et de la réalité dans ce roman ?

Yvonne a-t-elle vraiment tourné un film ?

A-t-elle d'ailleurs quitté un jour sa ville natale en dehors de ses rêves ?

 

Victor traverse cette histoire d'amour comme s'il était spectateur de sa propre histoire. Il ne s'implique pas vraiment. Lui aussi parle peu de lui.

 

Seuls les états d'âme du chien d'Yvonne donnent à voir un peu l'ambiance du roman : la langueur des jours qui passent à ne rien faire de particulier, l'attente qui provoque l'ennui [et vice versa] de quelque chose qui n'arrive jamais...

De temps en temps, un événement vient perturber les jours comme la Coupe Houligant par exemple où il faudra aux participants faire preuve d'élégance et d'imagination...

 

Le lieu même du roman est lui aussi à la fois réel et imaginaire.

La réalité : L'auteur décrit avec beaucoup de détails l'architecture des bâtiments, les rues et les jardins d'une ville thermale qu'il ne nomme jamais mais qui est en toute vraissemblance, Annecy.

Ce qui est imaginaire et fantasmé : L'auteur se permet des variantes géographiques : il remplace le téléphérique d'Annecy par un funiculaire (comme à Thonon-Evian) qui aboutit dans la rue Carabacel (située à Nice !).

Le mimosa, le jasmin, les bougainvillées ne fleurissent pas à Annecy, c'est forcément dans le sud donc à Nice !

C'est un roman largement autobiographique car Annecy est une ville bien connue de l'auteur qui a du passer de nombreuses heures à s'y promener.

Il y a vécu des périodes importantes de sa vie. C'est là qu'il a été pensionnaire à St Joseph de Thônes, années de solitude pendant lesquelles il a connu la faim et le sentiment d'emprisonnement. C'est là aussi qu'il a vécu ses années de lycéen puisqu'il y a passé son bac.

 

Comme dans beaucoup de ses romans il nous parle de son père (c'est lui qui a vécu la peur à Paris lorsqu'il a été pris dans une rafle).

Il parle aussi de sa mère, actrice et évoque rapidement dans le roman, la pièce qu'elle jouait en 1962 "Ecoutez-bien, messieurs".

 

Un film de Patrice Lecomte a été tiré de ce roman en 1994 : Il s'appelait : "Le parfum d'Yvonne".

 

Bref il faut prendre le temps de découvrir l'oeuvre de Patrick Modiano. Chacun interprétera ce roman comme il le veut car il y a tant de questions restées sans réponse que chacun y verra ce qu'il veut, et pourra interprèter les faits et les personnages avec une totale liberté !

"Villa triste" paru en Folio paru en 1977 avec une illustration de Pierre Le Tan

"Villa triste" paru en Folio paru en 1977 avec une illustration de Pierre Le Tan

Le Folio d'aujourd'hui !

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