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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 08:59
La mère qui voulait être femme / Maryse Wolinski

C'est une journée particulière pour Cécile Cazaubon : elle organise une fête pour les 90 ans de sa mère, Marta. De plus, Esther, sa fille, revient du Cambodge où elle exerce son métier de médecin dans une organisation humanitaire, tout en s'adonnant à sa passion dont elle a hérité de sa grand-mère, le violon.

 

Cécile se souvient de son enfance et de l'attente, lorsque sa mère jouait dans le salon de musique pendant de longues heures. Là, Cécile attendait en vain un signe de tendresse ou une quelconque marque d'intérêt de sa génitrice.

Elle se souvient de sa solitude et de son désarroi lorsque Marta a décidé de partir pour l'Amérique : Cécile n'avait alors que 5 ans. Elle est restée seule avec Pierre, son père, tous deux abandonnés et pressentant que Marta ne reviendrait pas, tout en l'attendant pendant de nombreuses années.

Lorsque Cécile, son bac en poche, décide de faire du cinéma au lieu de reprendre la librairie de Pierre, celui-ci la met en vente et se remarie avec Hélène, une jeune femme pétillante d'origine juive, qui finira par le quitter, elle aussi, pour se rendre en Israël et ne plus jamais en revenir...

 

 

Esther se souvient de son enfance bercée par les cauchemars et les morts : d'abord Simon Stern, son père biologique, un gynécologue dont Cécile a été très amoureuse mais qui s'est tué dans un accident de voiture. Il était certes, souvent absent et volage, mais il savait être là pour elle.

Puis il y a eu François Dechartreuse, l'amant de sa mère pendant de nombreuses années jusqu'à ce qu'il meure d'un cancer. Esther ne l'a pas regretté : elle ne voulait pas qu'il remplace son père et que sa mère se remarie avec lui.

Heureusement qu'il y a Pierre, son grand-père, si gentil et si faible mais pour Esther...impossible de l'interroger sur le passé.

C'est donc très difficile, pour Esther de se construire quand il paraît impossible ou presque de connaître ses origines. Elle en souffre beaucoup. C'est une des raisons pour lesquelles elle est partie loin des siens. De plus depuis longtemps, elle s'interroge car elle ne ressemble à personne de la famille. Un vieil oncle de son père le lui a d'ailleurs fait remarquer à l'enterrement de Simon. Elle se souvient étrangement de l'épisode alors qu'elle était toute petite, il lui a dit : "Petite, tu n'es pas des nôtres". Cette phrase obsède Esther. Elle a bien une petite idée sur sa ressemblance mais chaque fois qu'elle aborde le sujet et qu'elle veut en savoir plus sur le mystérieux amant de sa grand-mère, mort exécuté pendant la guerre, elle n'obtient qu'un silence lourd de sous-entendus. Elle étouffe au sein de cette famille , de tous ces non-dits et voudrait obtenir la vérité...

 

Pierre lui aussi se souvient de sa première rencontre avec Marta, de ses actions dans la Résistance, de la naissance de Cécile et des quelques années de bonheur qu'ils ont vécu jusqu'au départ de Marta pour l'Amérique...

 

Quant à Marta, elle se souvient, elle aussi malgré son grand âge, de son enfance et de sa vie entière mais parfois, sa mémoire lui joue subitement des tours, et elle emmêle les lieux et les époques, brouillant la chronologie des événements...

 

 

Ce que j'en pense

 

C'est un roman qui donne la parole, tout au long de la même journée, à chacun des personnages : Cécile, Esther et Marta, trois générations de femmes de la même famille, mais aussi à Pierre.

 

Tour à tour, la fête d'anniversaire oblige chacun à revisiter son passé et à laisser entrevoir certaines vérités difficiles à accepter tant elles font mal et sont tues depuis trop longtemps.

 

Pour une fois le lecteur en saura plus que les personnages car il pressent finalement assez vite les choses.  Les souvenirs sont bien détaillés lors de l'évocation du passé par les différents personnages : le rôle de chacun pendant la guerre et en particulier de Pierre, engagé dans la Résistance, la passion de Marta pour la musique et son envie de gloire qui s'amenuise car impossible en Europe en temps de guerre, les rafles, la peur, l'errance pour échapper à une déportation probable...

 

Le drame survenue à Charlie Hebdo m'a donné envie de relire les romans de Maryse Wolinski. Peu de gens savent en effet qu'elle a écrit de nombreux romans tant sa carrière a été "cachée" derrière le succès de son mari.

 

Ce roman que je ne connaissais pas, est un roman touchant, facile à lire, riche en dialogues et qui peut être lu par des lycéens.

 

Esther, est tout à fait crédible dans son rôle de jeune femme moderne et révoltée à la recherche de ses origines.

Marta par contre m'a paru très égoïste et, même si elle a eu dans sa vie des circonstances atténuantes qui expliquent que sa passion soit passée avant sa famille, elle n'en est pas moins peu sympathique.

Pierre est un amour de grand-père, comme on en rêve, même s'il a, comme beaucoup d'homme du mal à accepter la vérité, il accepte les êtres comme ils sont ce qui est une véritable qualité.

Quant à Cécile...prise entre tous, rejetée et abandonnée depuis l'enfance par une mère qui n'a jamais su la regarder et dans les yeux de laquelle elle n'a jamais pu exister...

Elle nous apparaît au contraire bien fragile mais très sympathique et à plaindre, prise dans ses contradictions et dans sa culpabilité de mère. Elle, qui est toujours à la recherche de l'amour qu'elle n'a pas reçu, mérite largement de le trouver, enfin !

 

Le roman est construit comme autant de tableaux successifs et nous donne à voir plusieurs scènes quasi théâtrales...

 

J'aurai cependant aimé que les personnages soient plus fouillés car le lecteur a parfois l'impression de n'être qu'un simple spectateur de l'histoire... C'est dommage !

 

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