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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 10:05
L'écrivain national / Serge Joncour

"Il est toujours bon de partir, de sortir un peu de son quotidien, de prendre du champ"...Voilà ce que se répète Serge, le narrateur, tout en regardant défiler les paysages par les vitres du TGV qui l'emmène de Paris, où il vit, vers les forêts sauvages du Morvan.

 

Là-bas, à Donzières, il est attendu pour quatre semaines en "résidence d'écriture", résidence organisée par Michel et Marie, le dynamique couple de libraires qui ont fait tout leur possible pour organiser sa venue et promouvoir ses romans.

 

Vivant seul à Paris depuis qu'il s'est séparé d'Héléna, ce projet est apparu à Serge comme une véritable bouffée d'oxygène : il va enfin pouvoir se rendre utile et repousser ce sentiment de culpabilité que connaissent tous ceux qui se consacrent exclusivement à l'écriture.

 

En attendant que ses hôtes viennent le chercher à la gare, et parce qu'il pleut à torrent, il s'installe au bar, commande un café et s'empare d'un journal ("celui d'hier"). Il découvre qu'un crime vient d'être commis non loin de là dans un lieu-dit proche de la petite ville tranquille où il doit séjourner.

Henri Commodore, le disparu, apparaît d'après l'article, plutôt solitaire. On le décrit comme une sorte de gourou qui a séjourné et fait fortune au Vietnam avant de s'installer dans la région.

Le suspect numéro un, qui vient d'être mis en garde à vue, est tout simplement son jeune voisin, Aurélik, un marginal qui louait une petite maison proche de celle de Commodore.

Sur la photo du journal, Dora, sa compagne, semble scruter le lecteur de ses grands yeux. Serge est immédiatement interpellé par son regard et n'arrive pas à se détacher de cette photo. Elle semble l'appeler à l'aide et d'instinct, il sent qu'il fera tout pour aller là-bas dans ce petit lieu-dit de l'Epeau, situé au milieu de la forêt...

 

Simple curiosité d'écrivain, me direz-vous ? Pas du tout ! Car Serge ne s'est jamais intéressé de près ou de loin à un fait divers ! Certes il s'en est servi quelquefois comme tous les écrivains pour écrire certains passages de ses romans...mais en fait ce n'est pas l'affaire, ni la disparition, ni la présomption de meurtre qui l'intéressent,  mais, et c'est une évidence pour lui aussitôt, c'est ELLE...

Il veut la connaître et en savoir plus sur ELLE.

 

Mais dans une salle des fêtes comble où tous les habitants semblent attendre la venue de celui que le maire surnommera non sans humour "l'écrivain national" (en fait ils attendent plutôt, sauf exception, le gigantesque buffet !) , Serge devra faire honneur au pot d'accueil, puis les jours suivants aux repas organisés (et pas mal alcoolisés) avec les notables de la ville ou autres invités, aux ateliers d'écriture, aux dédicaces et autres réjouissances prévues autour de sa venue.

 

Malgré la réprobation de son entourage, il réussira néanmoins (en empruntant la Kangoo des libraires, puis le vélo de Mme Meunier qui l'exhorte à la prudence...) à se rendre sur les lieux une première fois où, malgré la lumière distinguée à travers la fenêtre, personne ne viendra lui ouvrir la porte.

 

La seconde fois il sera accueilli devant la maison par une bande de mystérieux personnages arrogants et violents et se fera "tabasser".

 

Il se fera aussi contrôler par un gendarme  soupçonneux auprès duquel il devra se justifier de tous ses faits et gestes...gestes également très surveillés par la population.

Il faut dire que ses péripéties le font régulièrement arriver en retard aux réunions ou aux ateliers et que même le libraire commence à s'énerver, tandis que les habitants qui n'aiment pas les marginaux, se mettent à le soupçonner...en particulier d'avoir une liaison avec Dora. 

 

Mais au fait, dans une petite ville où tout se sait, est-ce bien normal de ne rien savoir sur la disparition de Commodore ?

Les habitants ont-ils tous innocents ? 

Pourquoi les écologistes se battent-ils contre la gigantesque scierie en construction ?

 

Peu à peu, obsédée par Dora, Serge va finir par la rencontrer : il sera littéralement attirée par elle et prêt à faire n'importe quoi pour l'aider. Peu à peu, il va se retrouver mêlé à cette affaire et obligé de mentir pour cacher les véritables actions du jeune couple...

 

Finalement ce séjour qui s'annonçait tranquille et sans grandes difficultés pour Serge, lui fera découvrir à la fois l'amour et l'aventure. Il sera obligé d'aller au bout de lui-même et d'affronter ses angoisses et ses peurs les plus secrètes.

 

"Vivre c'est accepter de perdre, quitte à en être gorgé de remords, quitte à regretter. Trop souvent j'en suis resté là, à ne pas oser, par manque d'initiative et d'audace. J'ai en moi tout un ballet d'occasions ratées, d'amours non franchies, de sourires jamais atteints. A croire que mon destin m'a été volé par un être qui m'a pris ma place, un usurpateur qui a revêtu mes traits et mes contours, un importun qui aura substitué la peur au courage, l'indolence à la détermination, un être qui au total aura fait de moi l'habitant d'un corps en faux-semblant, un corps jamais plus grand que son ombre"(p.189).

 

 

Ce que j'en pense

 

C'est un roman très agréable à lire. Le lecteur subit la fascination de Serge et veut en savoir plus lui aussi !

 

Le suspense va crescendo et finalement, même si la vérité est prévisible cela ne nuit en rien à la chute, car les éléments nouveaux sont distillés habilement, à petites doses infimes qui peu à peu font leur chemin...

 

L'atmosphère, sur fond d'attirance amoureuse et de suspicion dans ce huit clos étouffant de cette petite ville où tout se sait toujours et où tout le monde observe tout le monde et croit tout savoir sur tout,  est tout à fait particulière.

 

Le personnage de Serge est plutôt sympathique. Paumé, solitaire, incapable de se sentir bien au milieu des mondanités, il se montre avant tout intéressé par les gens et veut aider même ceux qui sont fâchés avec l'écrit.

Ce n'est pas étonnant qu'il tombe sous le charme de la mystérieuse Dora, si fragile et si courageuse à la fois, si inaccessible, belle et sauvage, mais déterminée à accomplir ce doit être fait.

 

" Tomber amoureux, c'est voir l'autre comme un mystère dont on ne supporte pas d'être exclu, c'est redouter de ne pas l'atteindre, ne plus peser qu'à une chose : le revoir, le cotôyer. Plus je me disais que cette fille était un danger et plus elle en devenait désirable." (p. 296)

 

C'est un roman qui nous parle d'écriture, de sources d'inspiration, de la frontière tenue entre fiction et réalité et des écrivains qui sont avant tout des hommes avec leur sensibilité, leurs défauts...

Faut-il vivre avant d'écrire ?

L'auteur est-il responsable des actes de ses personnages ?

 

Ce roman nous parle aussi de lectures et de livres (et des métiers autour des livres : libraires, bilbliothécaires...).

 

"Les autres, on les croise toujours de trop loin, c’est pourquoi les livres sont là. Les livres, c’est l’antidote à cette distance, au moins dans un livre on accède à ces personnages irrémédiablement marqués dans la vie, ces intangibles auxquels on n’aura jamais parlé, mais qui, pour peu de se plonger dans leur histoire, nous livrerons tout de leurs plus intimes ressorts, lire, c’est plonger au cœur d’inconnus dont on percevra la plus infime rumination de leur détresse. Lire, c’est voir le monde par mille regards, c’est toucher l’autre dans son essentiel secret, c’est la réponse providentielle à ce grand défaut que l’on a tous à n’être que soi"(p.104).

 

Il nous parle aussi d'actualité en évoquant ce projet contesté d'usine qui détruira un milieu protégé et certains emplois de la région, pour en créer d'autres...

Enfin il nous décrit la nature sauvage dans toute sa spendeur et sa force.

 

"Je fus soulevé par ce décor qui surgissait devant moi, saisi par cette masse verticale qui s’élevait en face, la forêt paraissait jaillir du sol comme un dragon se déploie pour se montrer féroce, une masse d’arbres géants qui rehaussaient furieusement le relief, j’en étais stupéfait, comme si jusque là je n’avais fait que rouler à un étage inférieur de la Terre" (p.71)

 

La fin nous laisse un peu sur notre faim, car même si la mystérieuse disparition de Commodore est élucidée, nous ne saurons rien de plus du devenir de Serge durant sa résidence d'écriture ni de ce que deviendra  Dora ou les autres personnages... Il nous laisse juste entrevoir une fin possible. A nous d'inventer la nôtre !!

 

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commentaires

Mimi 15/02/2016 13:59

J'aime les fins ouvertes qui laissent libre cours à notre imagination. J'ai l'impression que l'auteur nous fait confiance pour trouver la suite...

manou 15/02/2016 14:02

Merci Mimi pour ton avis et ta chronique...Le héros étant un écrivain c'est important qu'il nous laisse imaginer ce qui va lui arriver :)

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