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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 08:58

Prix Renaudot poche 2014.

Ce roman fait partie de la Sélection 2015 du Prix Littéraire des Lycéens et Apprentis de la Région PACA...

Le garçon incassable / Florence Seyvos

La narratrice, une fille timide qui a toujours peur de déranger et n'ose, ni poser des questions ni demander son chemin, est à Hollywood.  Elle désire écrire un livre sur Buster Keaton, le célèbre humoriste du cinéma muet.  Elle prend rendez-vous avec le nouveau propriétaire de sa maison, afin de la voir "juste de l'extérieur, si c'est possible, et s'entretenir quelques instants" avec lui...

Le lecteur ne saura jamais si elle s'est rendue à ce rendez-vous elle qui a toujours eu "peur de demander l'heure dans la rue" et qui "préfère se perdre plutôt que de demander son chemin à quelqu'un".

 

Ses recherches sur Buster Keaton la ramène sans cesse à Henri, le fils handicapé de son beau-père qu'elle a connu lorsque sa mère a refait sa vie. La narratrice avait onze ans, son frère François, sept. Le lecteur découvre leurs jeux d'enfants lorsqu'ils ont fait connaissance avec leur nouvelle famille, en Afrique. Puis ils sont revenus vivre au Havre, près des grands-parents, avant de s'installer à Lyon où Henri, devenu trop grand pour vivre avec eux, ira vivre dans une institution et travailler dans un CAT.

 

Henri, est handicapé depuis sa naissance. "Les enfants il faut les casser" disait son père. Mais Henri s'est cassé tout seul quelques heures après sa naissance lorsqu'un petit vaisseau s'est rompu dans son cerveau et depuis, tout son côté gauche est à la traîne.
Mais il a toujours été heureux de vivre et rit beaucoup d'ailleurs. Vivant dans son univers à lui, celui qu'il s'est construit, passionné de train, il rit avec "ses anges personnels" tout en regardant le plafond ...

Henri est parfois très drôle et toujours touchant.

 

Grâce à la volonté de son père qui ne renoncera jamais, jusqu'à sa disparition, à son rêve de voir Henri devenir porfesseur de tennis, marié et père de famille, il progressera physiquement et moralement. Les séances de rééducation sont de véritables scènes de tortures. Pour Henri la vie est de toute façon très dure : il arrive à peine à se tenir debout et à marcher sans tomber, il est le souffre-douleur des autres élèves à l'école à tel point que François demande à ce qu'on le retire car il ne peut, à chaque récréation, le protéger. 

 

Mais grâce à l'amour que lui portera sa famille d'adoption, Henri réussira, après la mort de son père, à devenir relativement autonome. Il patientera le temps qu'il faut pour atteindre son but (voir le film qu'il a choisi par exemple) tout en  s'inventant des histoires qui lui permettront de voir le monde à sa façon sans jamais se soucier des autres.

 

Alors qu'Henri donne au monde une impression de fragilité et de vulnérabilité, il émane de lui une force étrange. Il ne peut pourtant pas dire avec des mots ce qu'il ressent au fond de lui. Il sait quelle phrase toute faite et apprise par coeur il doit prononcer au bon moment...c'est tout simple pour lui. Il se méfie des bonnes et des mauvaises nouvelles car il a peur de ne pas avoir l'attitude ou les mots appropriés. A la mort de son père, tout ce qu'il trouve à dire c'est : " Eh bien, je n'aimerais pas être à sa place. "

 

 

Buster Keaton, lui, est la star "incassable" du cinéma muet. Devenu acteur puis cinéaste de renom, il est capable des plus terrifiantes chutes, autant de cascades qui ont fait son succès à l'écran. Mais ses chutes spectaculaires sont volontaires enfin presque et pas au tout début de sa carrière...

 

En effet, il a été surnommé Buster qui veut dire "chute spectaculaire, casse-cou" parce qu'il a dévallé l'escalier de la maison familiale alors qu'il n'avait que 9 mois, sans se faire mal et sans pleurer ou paraître en être affecté.

 

Lui qui a fait mourir de rire des milliers de spectateurs en leur donnant à voir des situations absurdes, ne souriait jamais, d'après la légende. On le surnommait d'ailleurs "l'homme qui ne souriait jamais".

 

D'abord enfant d'artiste, il joue dès l'âge de 5 ans (3 ans en fait, car il avait été vieilli de deux ans) dans les spectacles de ses parents. Son père le lance sur scène (au plein sens du terme) comme un accessoire quelconque (une "chose", une serpillière,...) et il chute avec une telle brutalité parmi les spectateurs ou dans la fosse d'orchestre, que ses parents sont régulièrement convoqués par les services sociaux pour des contrôles sérieux afin de vérifier qu'il ne s'agit pas de maltraitance. Mais Buster n'a même pas de bleus : il est insensible à la douleur. 

"Buster se perfectionne...Il devient chaque jour un meilleur projectile. Le contrôle de son corps, son aptitude à se protéger deviennent un sixième sens, et il développe spontanément une faculté d'autohypnose qui le protège de la douleur".

"Etrangement chaque fois que Buster est emmené , déshabillé, examiné, on ne trouve sur lui aucune trace de blessure."

 

La famille s'agrandit et les trois Keaton sur scène deviennent les cinq Keaton. Harry et, deux ans après Louise Dresser, naissent et participent eux aussi aux spectacles de Joe et Myra.

Joe, qui rêve d'être reconnu, commet l'erreur de faire danser Louise âgée de 1 an seulement, lors d'un spectacle de bienfaisance. Le lendemain, il est arrêté avec interdiction de tout spectacle dans la ville : les Keaton quittent New York...

 

A 21 ans, Buster quitte sa famille et revient à New York où il décroche un engagement dans une comédie musicale. Il est temps pour lui de poursuivre sa vie sans sa famille.

"Il a toujours une poignée dans le dos, une poignée invisible, et c'est lui désormais qui se jettera dans les airs, dans le flot d'une cascade, du haut d'un immeuble, à travers un ouragan, sur une locomotive à la poursuite de sa fiancée..."

 

Un jour il rencontre Roscoe Arbuckle et avec lui, il pourra produire ses propres films. C'est le beau-père de Keaton qui devient ensuite son producteur : il lui laisse un temps pas mal de liberté mais cela ne dure pas...

Le cinéma devient parlant et bientôt Keaton ne se reconnaît plus dans ses rôles : sa voix dénote. Peu à peu ses films ne lui ressemblent plus non plus.

Rejeté par ses proches (sa femme le quitte et emmène ses deux enfants) il tombe dans l'alcoolisme. Il ne connaîtra réellement le succès que 30 ans plus tard...trop tard.

 

La reconnaissance viendra en effet grâce à un collectionneur qui retrouve dans une des pièces de l'ancienne maison de Buster Keaton, utilisée pour le montage, certains de ses films...On est dans les années 60. Il s'appelle Raymond Rohauer et il est alors directeur d'une salle de cinéma. Il propose à Keaton de fonder une société avec lui. Il récupère les droits de ses films, restaure ceux qui sont abîmés et lance une tournée cinématographique en Europe. En Allemagne, Keaton reçoit des applaudissements interminables mais il refuse de parler en public : il est terrorisé et n'y arrive pas ! Il fait de la résistance à sa manière. Maintenant qu'il est devenu vieux, le succès le dérange malgré l'amour de sa troisième et toute jeune dernière épouse, Eléonor qui lui restera fidèle jusqu'à la fin de sa vie.

 

Un jour, il rencontre Roscoe (alias« Fatty ») Arbuckle, acteur et metteur en scène ayant déjà du succès, après avoir surmonté une enfance d’enfant battu et humilié. Leur collaboration sera riche et permettra à Keaton de réaliser ses propres films. Jusqu’à ce qu’un scandale mette fin à la carrière de Fatty. Le beau-père de Keaton devient son producteur ; il lui laisse les mains libres.

Ce ne sera plus le cas quand les majors feront la loi à Hollywood. Keaton, comme bien d’autres, perd son art. La suite et la fin de sa carrière sont sans éclats.

- See more at: http://www.ecoledeslettres.fr/blog/litteratures/le-garcon-incassable-de-florence-seyvos/#sthash.d9QjCmJE.dpuf

Un jour, il rencontre Roscoe (alias« Fatty ») Arbuckle, acteur et metteur en scène ayant déjà du succès, après avoir surmonté une enfance d’enfant battu et humilié. Leur collaboration sera riche et permettra à Keaton de réaliser ses propres films. Jusqu’à ce qu’un scandale mette fin à la carrière de Fatty. Le beau-père de Keaton devient son producteur ; il lui laisse les mains libres.

Ce ne sera plus le cas quand les majors feront la loi à Hollywood. Keaton, comme bien d’autres, perd son art. La suite et la fin de sa carrière sont sans éclats.

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Un jour, il rencontre Roscoe (alias« Fatty ») Arbuckle, acteur et metteur en scène ayant déjà du succès, après avoir surmonté une enfance d’enfant battu et humilié. Leur collaboration sera riche et permettra à Keaton de réaliser ses propres films. Jusqu’à ce qu’un scandale mette fin à la carrière de Fatty. Le beau-père de Keaton devient son producteur ; il lui laisse les mains libres.

Ce ne sera plus le cas quand les majors feront la loi à Hollywood. Keaton, comme bien d’autres, perd son art. La suite et la fin de sa carrière sont sans éclats.

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Voilà un roman très touchant, tendre et doux comme une peau de bébé, comme la paume de la main gauche d'Henri toujours fermée...

 

Jusqu'au bout de sa lecture, le lecteur se demande ce qui relie les deux histoires...C'est tout simple !

D'après moi, la narratrice, en écrivant son livre biographique sur Buster Keaton, ne peut s'empêcher de penser à son frère. Tout ce qu'elle écrit et comprend de la vie de Buster, lui permet de mieux comprendre ce frère qu'elle aime tant et qu'elle aurait voulu mieux protéger...

 

En effet, pour Buster Keaton, la narratrice nous donne à voir de courts instants de sa vie... autant de chapitres qu'elle écrit dans son livre, tous riches d'anecdotes en tous genres sur sa famille (en particulier son père), ses films, ses femmes...

 

Et pour Henri, c'est une déclaration d'amour, celui d'une petite fille qui découvre le handicap et voudrait toute sa vie protéger celui qu'elle sent fragile et fort à la fois et qu'elle considère comme son frère. Elle voudrait comprendre pourquoi il est si indifférent aux émotions qui semblent ne jamais l'atteindre. Mais cet amour et cette sollicitude étouffe Henri et l'empêche de grandir.

Ce problème lié au handicap est très bien abordé : comprendre pour l'entourage familial, que l'enfant handicapé doit et peut se débrouiller (pour certaines choses) tout seul et que, ne pas le laisser faire, revient à le mettre à l'écart de la société...

 

 

Les deux récits se répondent et se complètent sans jamais se confondre. Le lecteur sait immédiatement de qui parle la narratrice, à quel souvenir elle fait référence et ce qu'elle a pu ressentir dans telle ou telle situation vécue avec Henri.

 

Le lecteur découvre aussi certaines similitudes entre les deux personnages...

Tous deux partagent une capacité hors norme de résistance aux épreuves et sont tous deux des garçons... incassables malgré leurs nombreuses chutes (pas toujours volontaires pour Buster Keaton, et dûes  à son handicap pour Henri).

Leurs corps sont meurtris de l'intérieur et inadaptés au monde qui les entourent.

Ils ont été élevés tous deux par un père sans pitié et autoritaire qui voulait en quelques sorte les casser.

Ils doivent échapper au regard de pitié ou de curiosité des autres.

Il leur a fallu une force morale et physique incroyable pour traverser la vie et échapper à ses multiples écueils.

 

 

C'est un très beau roman étrange et tout en douceur qui parle du handicap, de la difficulté de vivre, et de la solitude qui en découle, mais aussi des prouesses que l'amour et l'acceptation de l'autre peuvent permettre de réaliser.

Les chapitres très courts permettent d'alléger les instants d'émotion qui sont nombreux.

A lire donc à partir de 15 ans.

J'ai autant aimé que son livre jeunesse "Nanouk et moi".

 

Quelques extraits :

 

"Henri recommence, plus doucement. ses yeux brillent, il regarde son père comme si son père était Dieu et qu'il lui appartenait exclusivement à lui, Henri. Un regard d'adoration ravie. Ils sont seuls au monde. Ils sont les rois du monde. Je les vois et je pense que mon cœur est atrophié, pas seulement le mien, il en est de même pour tout le groupe humain dont je suis issue : notre cœur est une petite machine sage qui ne produit que des ersatz de sentiments. je n'ai jamais vu un lien aussi fort entre deux personnes."

 

"Souvent, j'ai peur qu'il se perde encore. J'ai peur que quelqu'un le bouscule. J'ai peur qu'il tombe en descendant du bus. J'ai peur qu'on le brutalise, par exemple si quelqu'un lui adresse la parole et qu'Henri l'ignore, comme il le fait souvent. Quand il prend le train seul, j'ai peur que le train reste bloqué dans une ville. J'ai peur que son téléphone soit à court de batterie. Que personne ne vienne le chercher sur le quai de la gare."

 

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