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9 décembre 2014 2 09 /12 /décembre /2014 08:32

 

Pierre sauve la vie d'un Grand Reporter là-bas quelque part en Orient et tous deux sont rapatriés en France. Cela fait 20 ans que Pierre n'est pas revenu chez lui. Il est déphasé...n'a plus de nouvelles de sa famille.

Lui qui a joué les guides pour des Tours Operator célèbres et a fait visiter le Yémen, l'Iran et autres contrées d'Orient à des milliers de touristes,et qui, à l'occasion, a prêté main forte aux  hommes pour remonter des murs, jardiner, refaire des canaux d'irrigation, se retrouve désemparé au milieu de la foule et étranger dans son propre pays.

 

Pour lui rendre service et parce qu'il se sent redevable, le directeur du journal où travaille le reporter donne à Pierre un travail de pigiste. Il l'envoie dans un petite village de Haute-Marne à 200 km seulement de Paris, enquêter sur l'événement du moment. C'est dans ce petit village que, lors de la dernière présidentielle, le parti d'extrême-droite a réalisé, avec sa candidate "aux cheveux raides", son meilleur score. Pour l'aider dans son reportage, Pierre est accompagné par Frédéric, un preneur de son particulier, devenu aveugle récemment suite à un accident de plongée.

Hébergés dans un gîte rural, ils vont écouter les habitants éluder la question "Pourquoi les gens d'ici votent-ils à l'extrême droite ?" et répondre en racontant la vie d'ICI juste "trois lettres comme ïle".

 

Ils vont découvrir l'église du village, la mairie et son maire heureux d'être au centre de ce débat, le troquet où boire de l'alcool est obligatoire ainsi "ils ne viennent pas" avant d'ajouter en regardant les quatre ouvriers installés au dehors sous la pluie et en plus "on met du cochon partout comme ça pas de problèmes on est pas emmerdés".

 

Y a-t-il réellement une pierre préhistorique que personne ne peut voir car enterrée sous les fondations de l'église du village ?

Le village a-t-il réellement subi toutes les invasions décrites dans le roman ? 

Peu importe ! Chacun réinvente le passé pour expliquer le présent...

Mais aucun ne répond directement à la question posée : "Pourquoi les gens d'ici votent-ils à l'extrême droite ?"

"Une seule question à la fois" avait-dit le directeur du journal !

Donc Pierre pose consciencieusement sa question, mais n'obtient pas forcément de réponse car tout le monde le sait, elle n'en a pas.

 

C'est donc sur les personnages que le roman se cristallise.

Jean le fermier à la retraite, hanté par la guerre d'Algérie, qui vit seul depuis que sa femme est morte et a gardé enfoui en lui un lourd secret ; sa voisine et Petit Jean, son jeune fils adolescent qui vient de tomber amoureux pour la première fois, souvent seuls car le mari qui veut "se refaire" est représentant d'une société quelconque "Nestlé ou autre" et donc toujours absent ; Emma qui tient l'unique gîte du village et qui vient d'être larguée par son flic de mari...mais aussi bien d'autres.

Et Pierre au milieu d'eux qui n'y est pas vraiment, parle peu, songe à son amour laissé à Ispahan, en Iran... et qui l'attend.

 

Mais dans un roman, l'auteur est libre de la suite à donner et si le lecteur comprend assez vite que de réponse il n'y en aura pas, les personnages du roman, eux ne connaissent pas encore l'événement dramatique qui va tous les réunir et donner un tour inimaginable aujourd'hui, à leur destin...

Faux nègres de Thierry Beinstingel

Ce que j'en pense

 

L'auteur prend prétexte de ce sujet politique très actuel pour raconter l'histoire d'un village dans la France rurale, nous faire rencontrer des personnages attachants que rien ne rattache (ou trop peu de chose) et, par la même occasion, de réinventer notre histoire (on parlera de la colonisation, des guerres avec l'Allemagne, de la guerre d'Algérie...). Il nous parle aussi de l'exil.

"Le jeune homme aux dents mauvaises a besoin d'argent...L'argent c'est pour fuir, continuer, aller ailleurs. On quitte un pays pour ne pas mourir de faim, d'un coup de fusil ou des deux, mais, une fois le danger écarté, rien n'est facile pour autant. Au delà des frontières le mot "étranger" prend tout son sens."

 

Dans certains chapitres, l'auteur dresse le portrait du poète Arthur Rimbaud, le "post-adolescent génial" dont l'auteur s'est inspiré pour son titre dans un extrait d' "Une saison en enfer" cité en exergue. Mais les initiales du titre forme aussi un sigle bien connu aujourd'hui.

L'auteur nous parle aussi du Général Boulanger, ministre de la guerre en 1886 et créateur du "boulangisme" qui s'est suicidé sur la tombe de sa bien aîmée, Marguerite de Bonnemains, morte de tuberculose...

Il nous cite aussi Jules Ferry, qui a révolutionné l'école et à qui on doit "l'école gratuite et obligatoire", un homme politique engagé (ce qu'on oublie souvent) pour l'expansion coloniale française  en Indochine.

Et de bien d'autres, comme Gustave Flaubert et Emma Bovary, son héroïne, Toussaint Louverture, Louis Braille, David Livingstone, le célèbre missionnaire et évangéliste protestant écossais qui a lutté contre l'esclavage en Afrique et a été un des héros de la colonisation ... et même la momie de Rascar Capac (!) tous personnages-clés pour tenter de comprendre l'histoire et le vote actuel des français.

 

L'auteur trace un portrait parfaitement reconnaissable des personnages politiques actuels sans jamais les nommer : Il y a le règne de "l'agité au Kärcher", celui de "l'homme-à-tête-de-chérubin"...

 

Dans d'autres chapitres, il nous fait pénétrer dans la vie quotidienne des habitants et dans l'histoire du village.

 

D'autres encore évoquent les souvenirs de Pierre lors de ses voyages en Asie où il a vu de près la misère, les drames humains, les larmes, mais aussi les espoirs des étrangers exilés dont tout le monde a peur ici.

 

L'auteur interpelle son lecteur et l'intègre dans le roman non sans un certain humour... 

"Fin de soirée, fin de roman. Nous pourrions nous arrêter à cet endroit. La vie est fragmentaire. A quoi bon s'acharner à connaître la suite ? ...L'écrivain fait passer le temps, le raccroche à nos repères, voilà son seul mérite...Qu'on lui confère le droit de s'arrêter. Non, pas tout de suite, nous dit l'auteur, j'ai acheté encore un peu de temps pour vous."( p.247-248)

 

D'autres chapitres enfin, retracent le parcours d'un jeune homme maigre et édenté qui vend du miel au bord des routes et arrivera aux portes de Paris pour rejoindre nos personnages. Mais, chut...

 

Ce roman c'est donc 130 chapitres très courts, construits d'une manière qui pourra au début dérouter le lecteur et qui rendra le roman pas toujours facile à lire (il faut s'accrocher surtout au début avant d'entrer dans l'histoire) mais qui m'ont permis de découvrir un auteur que je ne connaissais pas, à l'écriture riche et incisive...que je ne prétend pas avoir totalement comprise pour autant tant il fait référence à notre histoire et à des périodes pas forcément connues en détails par tous.

 

A lire en prenant son temps car c'est un roman très dense et intéressant !

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