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1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 09:23
Dans les yeux des autres / Geneviève Brisac

L'auteur  a mis en épigraphe de son roman la citation de Rose Ausländer dont elle a extrait le titre de son livre : "Nous sommes devenus des épines dans les yeux des autres".

 

Voici l'histoire

 

Dans les années 70, deux soeurs, Anna et Molly sont étudiantes et très complices. Elles s'impliquent dans un groupe révolutionnaire et tombent amoureuses de deux garçons, Boris (pour Molly) et Marek (pour Anna) formant ainsi pour les autres une bande inséparable.

 

Après quelques années de lutte en France, elles accompagnent au Mexique leurs amants, très engagés dans la lutte, et y emmènent Mélini, leur mère qui vient d'adhérer à leur groupe.

Là-bas Marek, devenu un combattant hors pair est arrêté puis emprisonné. Les femmes rentrent en France. Boris disparaît et Marek meurt en prison, seul et désabusé. Il restera dans la mémoire de tous, comme l'homme et le poète à la beauté exceptionnelle et au destin incroyable...et deviendra une figure mythique, "mort pour nos rêves".

 

Vingt ans après, Molly est devenue médecin, Boris a réapparu et s'occupe d'une association pour les sans-abris, seule Anna va très mal...

Devenue un écrivain connu, sous le pseudo de Deborah Fox, elle a voulu mettre des mots sur ce qu'ils ont vécu au Mexique, décrire leur histoire à tous les cinq et leur vie dans la petite maison sur la plage, dans un livre qu'elle a appelé "A bas la mort".  "Elle a cru qu'elle avait d'autres droits que les autres...Qu'elle pouvait raconter sa vie et la leur...Détruire une légende".

Boris et Molly  n'ont pas compris son besoin de raconter et bien qu'elle est gagnée le procès, Anna n'arrive plus, depuis, à écrire. Elle traîne son mal-être et ne sait plus où se situer ni dans sa vie, ni parmi ses connaissances.

Mais en fait, elle se souvient, son exclusion du groupe avait commencé bien avant...

 

 

Ce que j'en pense

 

Le lecteur se retrouve au coeur d'une organisation d'extrême gauche avec sa hiérarchie, ses doutes, ses secrets, ses réunions, sa solidarité...

Mais ce n'est pas le sujet principal du roman, seulement le fil qui relie les différents personnages avec l'histoire.

Ce livre aborde surtout le thème des déceptions post-révolutionnaires. Les filles ont perdues leur idéalisme.

Anna dira : "On nous a bien eues quand même...surtout moi." et plus loin "Nous nous sommes trompés sur tout...nous n’avons réalisé aucun de nos rêves et trahi toutes nos promesses".

Molly dira : "Je resterai toujours une idéaliste, mais ô combien cabossée".

 

Dans un style particulier à l'auteur qui n'est pas linéaire, le lecteur rassemble les pièces du puzzle et réussit à comprendre la plupart des événements qui ont marqué la vie des deux soeurs. L'auteur s'offre même le luxe d'interpeller le lecteur et de le prendre à témoin.

Elle nous offre aussi quelques passages savoureux et légers quand Anna parle de Mélini, sa mère, extravagante, loufoque et si égoïste, qui ne passe jamais inaperçue parce qu'elle ne veut qu'on voit qu'elle !

Les personnages secondaires sont bien présents dans l'histoire : les malades de Molly, les sans-abris de Boris, les camarades révolutionnaires, Cordélia, l'ex- femme de Boris...

 

Même si le dernier chapitre est porteur d'espoir et que le roman est interrompu par de nombreux poèmes, l'ensemble reste triste. Le mal-être d'Anna est palpable à chaque page...

"Jamais je n'avais imaginé être pauvre et seule, jamais...Je n'ai rien vu venir, j'étais à ma table et je travaillais, et soudain je me suis retournée et ma vie n'était plus là."

 

Bien qu'Anna soit recueillie par sa soeur qui, pour l'aider à s'en sortir, enterre la hache de guerre, on sent que ses blessures sont trop profondes et qu'elle est est irrémédiablement blessée par son passé. Mal aimée par sa mère qui ne l'a jamais écoutée et à toujours mis sur le compte de l'imagination ce qu'elle lui racontait, trahie et abandonnée par Marek, exclue par sa famille suite au procès, incapable d'écrire à nouveau depuis, sa vie est un gouffre de solitude et de tristesse.

 

Elle puisera pourtant une énergie nouvelle, avec courage, dans la relecture de ses carnets remplis de rêves, de souvenirs, de doutes, de désillusions et de littérature : le rouge pour la politique, le bleu pour les sentiments et le noir pour ses relations avec sa mère, tout en réécrivant dans de nouveaux carnets son histoire au présent...

Marina Tsvetaeva, poétesse russe du début du XXe siècle disait  "Si je devais choisir entre la Russie et mes carnets, je choisirais sans hésiter mes carnets"... Anna, elle hésite toujours...

Pourra-t-elle mieux vivre maintenant qu'elle a les clés pour mieux comprendre son passé ? Arrivera-t-elle, par l'écriture, à chasser de ses pensées ce qui a été ?

Anna, qu'on accusait et critiquait sans cesse à cause de ses sentiments petits-bourgeois, arrivera-t-elle à se reconstruire ?

 

" Pauvre Anna, tu ne comprends rien, songe Anna [celle d'aujourd'hui en train de lire ses carnets]...Tu ne sais pas ce qui va t'arriver et moi, qui suis toi, je le sais...Comme il est étrange et épuisant de revenir ainsi sur ses pas..."

 

L'écriture est superbe et les mots en disent long sur nos sentiments humains et la difficulté de se comprendre et de vivre ensemble.

Mais j'ai eu a du mal au début à adhérer à l'histoire, trop décousue. Il a fallu presque arriver au milieu du roman pour que je commence à en comprendre le fil directeur.

Un conseil n'attendez rien de particulier, laissez vous simplement porter par la poésie des mots, ceux qui ont été prononcés, ceux qui ont été écrits, ceux qui sont restés sur les lèvres ou enfermés dans une prison du Mexique...

"L'écrivain est un espion tapi au milieu des siens. Il trahit..."

"Si tu écris, si tu publies ce que tu nommes ta poésie, tes histoires, avaient prédit Boris et Malek...tu trahiras notre idéal et la révolution".

"Plus d'une fois j'ai eu l'impression qu'en trouvant le mot juste, je réparais quelque chose d'infime. Je ménageais pour moi-même et pour ceux qui liraient ce livre une maison dans un monde devenu presque entièrement exil" dit Anna.

 

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