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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 08:37
Quatre murs / Kéthévane Davrichewy

Parce que leur père est mort, leur mère a décidé de vendre la maison familiale de Somanges, maintenant qu'elle est devenue trop grande pour elle toute seule. Les quatre enfants se retrouvent pour l'aider à déménager...

Cela fait longtemps qu'ils ne se sont pas retrouvés seuls avec leur mère, sans leurs conjoints ou leurs enfants.

Chacun a fait sa vie : Saul est devenu depuis 20 ans directeur d'un grand quotidien de gauche, Hélène a réussi dans la parfumerie, les jumeaux ont plus de mal : Elias qui aurait pu devenir pianiste, vient de quitter sa femme et ne voit sa fille qu'une semaine sur deux et Réna est restée handicapée depuis ce terrible accident dont tout le monde se souvient mais ne parle jamais...accident dans lequel leur cousin Dimitri a trouvé la mort.

 

Ils se connaissent bien et savent parfaitement ce que les autres ressentent. Mais lorsque leur mère commence à aborder le sujet délicat de l'héritage (elle désire aider les plus jeunes qui en ont besoin), les jalousies et les rancoeurs ressurgissent.

Comment ont-ils pu en arriver là, eux qui étaient si proches ?

 

Deux ans plus tard Saul, l'aîné, installé désormais en Grèce, décide de réunir à nouveau la fratrie pour faire plaisir à leur mère ? Mais est-ce bien seulement pour cela ?

Tous acceptent "pour faire plaisir à leur mère" de se retrouver là-bas, sur les terres de leurs ancêtres. Mais est-ce bien seulement pour cela ?

Ils ont tout fait pour que leur conjoint et leurs enfants arrivent plus tard !

Hélène, Elias et Réna arrivent en Grèce avec une certaine appréhension, ce voyage imprévu les obligeant à reconvoquer le passé. Saul les attend, la mère est déjà là ...

 

Les rancoeurs et révélations vont-elles être enfin dites au grand jour ?

Une réconciliation est-elle possible ?

 

 

Mon avis

 

L'écriture toute en délicatesse et en sensibilité de cette auteure que je ne connaissais pas m'a beaucoup touchée. Même si le thème de ce roman est largement traité dans la littérature, je n'ai pas regretté de l'avoir emprunté à la mediathèque et j'ai passé un très agréable moment de lecture...

 

L'auteure construit son roman comme une pièce de théâtre : d'abord un épilogue dans lequel on fait connaissance avec l'histoire familiale à un instant donné, celui du déchirement provoqué par la vente de la maison de famille.

Puis elle donne la parole aux quatre enfants et termine l'histoire par un épilogue...

 

Saul, l'aîné, passe de plus en plus de temps en Grèce dans sa nouvelle maison, loin de sa femme et de ses enfants. Là il se trouve bien, travaille le bois et profite du soleil et de la langue de ses ancêtres (leurs grands-parents paternels étaient grecs).

"Là-bas, les parfums sont envahissants, je ne distingue pas le passé du présent. Unité de temps et de lieu. Ce qu'il me faut. Je plie sous le poids du bois, j'aime ces efforts, les tâches à renouveler. Je scie, je ponce, je taille. Je ne relève pas la tête, la sueur dégouline sur ma peau".

"Aucune famille n'est immortelle. Impossible de figer l'histoire, nous six, assis sous les abres à Somanges".

 

Hélène ensuite qui a fait carrière avec ses parfums : c'est un "nez". Elle n'a pas d'enfant et sa vie affective est cahotique. Mais récemment, elle vient de tomber amoureuse d'Antoine.

"Maman, tu n'es pas responsable de nos déboires, de nos désillusions, tu n'es pas toute-puissante, tu ne peux contrôler nos relations, tu ne peux pas savoir ce que ressentent réellement tes enfants adultes".

"Leur relations avaient-elles commencé à se dégrader avec ses premiers succès de parfumeur, ou bien était-ce lié à la mort de leur père ?"

"Saul lui tournait le dos et elle fut saisie à nouveau par la ressemblance avec leur père".

 

Les jumeaux, ensuite, Réna et Elias, qui se retrouvent sur le bateau, enfin seuls. C'est Réna qui parle, Elias lui, a envie de profiter du vent et de la mer et  lui répond à demi-mots au début, puis de plus en plus au cours du voyage...

"J'ai l'impression d'avoir quinze ans, ça fait combien de temps qu'on n'a pas voyagé ensemble, toi et moi ?" (Réna)

"Tu m'as abandonnée, je ne m'en suis pas rendu compte sur le moment" (Réna)...

" Tu attaques fort, tu attendais de me coincer dans un bateau ? Parfois, dire est inutile ou nocif, Réna." (Elias)

"Parfois, je me dis que nos étreintes sont inscrites sur nos peaux quoi qu'on fasse, on ne peut pas les effacer." (Réna)

"Elle revit leurs parents, leurs gestes au petit déjeuner. La tasse de café noir de leur père, la tartine de confiture de leur mère. Elle aurait voulu être petite et pouvoir courir dans leurs bras sans inhibition."(Réna)

 

Chacun raconte sa vision des faits, son ressenti, l'amour qu'il éprouve ou pas pour les autres. Les liens particuliers de la famille sont dévoilés au grand jour. Chacun explique à sa façon pourquoi il s'est éloigné des autres ou pourquoi il se sent moins aimé qu'avant...l'accident ? la mort du père ? le moment où ils ont fondé leur propre famille ?

 

Et le lecteur comprend peu à peu les drames, les secrets et les traumatismes que chacun a pu vivre au sein de la fratrie ou au cours de la vie. Les non-dits deviennent de véritables paroles...

 

C'est une simple histoire de famille en somme, cette famille qu'on aime ou qu'on déteste, dont il faut s'éloigner pour vivre sa vie d'adulte (et sa propre vie de famille), mais dont on attend au fond une certaine reconnaissance...

Cette famille qui nous a construit (ou détruit) qui est notre patrimoine commun, notre "mémoire", à laquelle on est attaché mais qui nous agace très vite, tant il est difficile de ne pas tenir le rôle attribué à chacun (donc de ne pas redevenir celui ou celle qu'on a été enfant dans la fratrie), dès qu'on se retrouve tous ensemble...

La fin du roman reste ouverte à tous les possibles.

 

A propos de la maison de famille (Somanges)...

 

"Ma mère insistait pour que l’on vienne, on s’y rendait contraints. Heureux de nous retrouver ? Comment savoir ? Presque de la joie, et de l’exaltation quand le toit apparaissait derrière les arbres. Mais lorsque les voitures s’engageaient sur le chemin, l’agacement me gagnait déjà".

"Tu parles de cette maison comme d'un membre de la famille, tu confonds la maison et papa."

"Ces murs nous ont façonnés, nourris, portés. Tu imagines parfois notre vie, sans Somanges ? Je repense à nos rires, notre complicité, nos disputes, ces petits riens du quotidien qui ne laissent de traces qu'à l'intérieur."

 

A propos du père...

 

"Après la mort de papa, sa casquette est restée au même endroit sur le portemanteau, sa pipe sur l'étagère. Personne n'y a touché. Elles lui survivaient, est-ce qu'il aurait pensé que ce serait précisément ces objets qui lui survivraient ?"

 

 

 

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