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27 novembre 2014 4 27 /11 /novembre /2014 15:52
La grande nageuse / Olivier Frebourg

Sur la presqu'île de Quiberon les ados sont tous tombés amoureux de la "belle Gaëlle"...une grande et belle métisse à la peau ambrée, moitié bretonne (par son père), moitié vietnamienne (par sa mère) et font tout pour attirer son attention tout en laissant libre court à leurs fantasmes les plus fous !  Aucun ne voit dans sa petite fille, Marion, autre chose qu'une simple camarade de jeux pour les activités de voile, de tennis ou de plage.

Des années plus tard, le narrrateur tombe amoureux de Marion. Elle est étudiante en lettres classiques, lui a choisi l'Ecole navale. Elle, la silencieuse qui aime nager en solitaire et lui le marin qui aime peindre...s'apprivoisent doucement.

« Je sus alors que j'allais épouser cette femme, qu'il me faudrait la peindre. Peindre le silence. »

La mer est leur lien, l'amour aussi. Marion devient son horizon.  Ensemble ils ont une petite fille, Louise. Mais rien n'est simple dans un couple, elle renoue avec le vietnam et veut y bâtir une entreprise, lui devient commandant d'un bâtiment-école à Brest et part souvent en mer... Elle fait de la plongée en apnée, lui ne pense plus qu'à sa peinture.

Mais "le monde est ainsi fait : les hommes sont des marins et les femmes des nageuses" : le destin, imprévisible, les séparera trop vite.

 

C'est un roman tout en finesse et en non-dit, très poétique dont la mer constitue la trame de fond mais n'est pas le sujet principal.

On sent que l'auteur aime lui aussi beaucoup la mer, comme les personnages du roman, et qu'il a passé du temps auprès d'elle.

La description des paysages est magnifique et les couleurs sont décrites à travers les yeux du peintre.

Le silence est palpable... Le narrateur, s'il se questionne au début de leur relation sur les pensées de Marion, abandonne finalement assez vite la partie, se laisse porter par les événements et interprète donc (à tort) le silence de sa compagne.

Il aime à penser qu'elle pense ceci ou cela et bien sûr le lecteur averti, sait tout de suite qu'il se trompe et que leur histoire d'amour ne tiendra pas...

 

"Quand je me retrouvais à bord ou en mer, je me disais que nous étions l'un et l'autre en fuite. Nous tournions le dos au monde des Terriens, à ses contingences, ses lourdeurs."

" Parler c'est détruire, déchoir, décevoir. C'est aussi la vie". "En quoi croyait Marion hormis au silence ?".

"Cette nageuse était-elle ma femme, la part la plus intime la plus secrète de ma vie ou une étrangère au langage de laquelle je n'accèderai jamais ? Que me disait-elle vraiment d'elle-même, de ses pensées ? "

" C'est bizarre le mariage. Nous sommes ensemble et nous traçons chacun notre chemin, séparément." [Marion]

 

C'est un roman qui se lit très vite et qui est très agréable à lire sans être pour autant un coup de coeur. Il est très bien écrit et les âmes artistiques y trouveront leur compte car le lecteur est transporté au coeur d'un tableau aux couleurs variées : colorés aux Antilles, tout en grisé et bleuté pour la mer d'Iroise, la presqu'île de Quiberon ou la pleine mer...

 

"Je m'interrogeais sur cette solitude que je ressentais face à ma peinture. Je savais qu'il me faudrait donner naissance à la beauté, que je ne pouvais sans cesse m'y abîmer sans me montrer à la hauteur".

"Le jaune et l'orange n'existent pas dans les lumières de Bretagne mais dominent aux Antilles. Je voulais conserver le souvenir de ces couleurs débordantes pareilles à la lave d'une éruption volcanique".

"En mer, nous avons l’infini devant nous et nos cartes de navigation nous servent de cadre. Dans la peinture, nous avons un cadre dans lequel nous devons trouver l’infini."

 

Ce roman vient d' obtenir le Prix Jean Freustié.

Ce prix, créé en 1987 par la femme et les amis de Jean Freustié, récompense un écrivain de langue française pour une œuvre en prose. Le jury est présidé par Frédéric Vitoux, de l’Académie française, un ancien du Nouvel Observateur.

Médecin, éditeur, critique littéraire au Nouvel Observateur et écrivain, Jean Freustié avait obtenu le Prix Renaudot en 1970 pour "Isabelle ou l'arrière-saison". Il est mort en 1983.

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