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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 06:36
Nos disparus de Tim Gautreaux

Le roman débute par l'arrivée d'un navire américain sur les côtes françaises, à Saint-Nazaire. C'est le 11 novembre 1918. L'armistice vient d'être signé !

Sam Simoneaux et les autres soldats sont envoyés dans l'Argonne pour nettoyer les champs de bataille de leurs obus, mines, grenades et bombes diverses, tant de débris jonchés de cadavres. Un travail éprouvant dont ils reviendront traumatisés par ce qu'ils ont vu et compris de la Grande Guerre....

 

Sam, que ses compagnons d'infortune ont surnommé Lucky parce qu'il n'a pas combattu et n'a jamais utilisé son arme, rentre chez lui à la Nouvelle-Orléans en 1921. Pourtant là-bas, il a failli tuer une fillette, en manipulant un obus, une petite orpheline réfugiée, seule, dans sa maison abandonnée. Ce souvenir le hante comme le hante l'histoire de sa famille qui a été sauvagement assassinée alors qu'il n'était qu'un bébé, puis celle de son fils qui est mort de la fièvre... Mais il pense que le pire est derrière lui.

 

Il devient responsable d’étage au grand magasin Krine. Ce jeune cajun timide et maladroit est fier de son nouveau boulot. Il espère une promotion.

Après l'assassinat de sa famille, il a été élevé par son oncle au sein d'une famille de fermiers, catholique et aimante, qui lui a inculqué l'amour du travail bien fait, entre autres valeurs importantes à leurs yeux.

 

Mais voilà que Sam ne peut empêcher l'enlèvement d'une fillette de trois ans, la petite Lily Weller, ce qui est une faute grave car tout chef de rayon est tenu pour responsable de tout ce qui se passe à son étage. Accusé de négligence par son patron, il est licencié. Il ne se demande même pas ce que faisaient les parents de Lily au moment des événements. Il a simplement vu une vieille femme édentée en train de couper les cheveux de la fillette avant de se faire assommer et de se retrouver à l'hôpital...

 

Les parents Weller sont des artistes : le père joue du piano et la mère chante à bord de l'Ambassador, un vieux bateau à aubes qui organise des excursions sur le Mississipi durant la belle saison. Les Weller vont faire embaucher Sam et l'obliger ainsi à rechercher leur enfant car ils en sont certains, ce ne peut être que le long du fleuve que les ravisseurs ont pu observer leur pétillante petite fille qui chantait de temps en temps sur scène avec ses parents.

 

Sam se fait donc embaucher comme troisième lieutenant. Son travail consistera à surveiller et prévenir les éventuelles bagarres, vérifier qu'aucun mégot n'embrase le bateau, aider au nettoyage le lendemain des fêtes et, à l'occasion, jouer du piano...

 

Ce que j'en pense

 

Le roman se déroule le long du fleuve sur fond de musique de jazz, d'orchestres noirs ou blancs, d'alcool frelaté, de bagarres, de racisme et de discrimination, mais aussi d'injustice et d'impunité pour les riches et les plus violents. 

Heureusement quelques voyages scolaires  apparaissent comme une pause dans ce monde de brutes !

Les gens pauvres et simples cherchent à s'amuser, à danser, à jouer à des jeux d'argent, à boire pour oublier et parfois à tout casser lors des inévitables bagarres  de ces soirées bien arrosées.

 

Au gré des escales au bord des bayous, l'auteur nous fait découvrir tout un monde disparu à jamais et en train de se délabrer, car le roman se déroule aussi à terre.

Le bateau fait escale dans des villes polluées, témoins de la fin de l'industrialisation, où la population pauvre se perd dans l'alcool.

Sam retrouve de temps en temps sa femme Linda qui comprend sa quête même si elle n'arrive pas toujours à payer les frais de la maison. Grâce à sa gentillesse, il trouvera une aide précieuse auprès de nombreuses personnes et cela l'aidera dans sa quête à aider les autres.

C'est ainsi que Sam découvrira la famille de malfrats responsable de l'enlèvement de Lily, famille qui le mettra sur la piste des assassins de ses propres parents, le clan des Cloat, des fermiers qui sévissent encore aujourd'hui dans la région.

 

Mais de nouveaux malheurs attendent encore la famille Weller... Et lorsque Sam retrouvera la fillette, achetée par de riches bourgeois il ne saura pas s'il doit la rendre à ses parents ou la laisser là, dans cette nouvelle vie plus aisée et  plus heureuse à ses yeux. Ce dilemme ajoutera à sa culpabilité...et l'obligera à prendre une décision qui bouleversera sa vie.

 

Ce roman alterne entre légèreté et mélancolie, lenteur et violence... Sam se débat avec sa culpabilité, celle d'avoir survécu au massacre de sa famille, d'avoir laissé en France une petite fille blessée, de n'avoir pu sauver son bébé, de ne pas retrouver Lily, mais tout cela ne lui donnera pourtant pas  envie de venger les siens. Son oncle lui a toujours dit d'ailleurs que la vengeance ne menait à rien et qu'un salaud se punissait tout seul en en étant un.

 

Sam le personnage principal est quelqu'un de très attachant : foncièrement honnête et sincère, doux et plein de respect pour autrui, il regorge de courage. D'un naturel obstiné, il ne renonce (presque) jamais sauf lorsque la mélancolie le gagne.

 

A la fois roman d'aventure, policier, fresque historique et roman d'une quête initiatique (car nous voyons Sam évoluer sous nos yeux), ce roman a tout pour nous plaire : une intrigue bien ficelée, des dialogues accrocheurs, des personnages attachants et des décors magnifiques : le fleuve, les forêts et la sauvagerie des terres alentours.

 

Le lecteur ne voit pas défiler au fil de l'eau les 540 pages de ce roman fleuve...

 

 

L'auteur

Né en 1947 à Morgan City, Louisiane, Tim Gautreaux est le fils d’un capitaine de remorqueur. Professeur émérite d’anglais à la Southeastern Louisiana University, il est l’auteur de deux autres romans, dont Le Dernier Arbre (Seuil, 2013), et de nouvelles publiées par The Atlantic Monthly, GQ, Harper's Magazine et The New Yorker. Ses pairs l’ont qualifié de « Conrad des bayous ». Il aime lire Faulkner et Flannery O'Connor

L'ouvrage est traduit par Marc Amfreville, professeur de littérature américaine à la Sorbonne.

 

 

Ce qu'il faut savoir

 

Qu'est-ce qu'un bayou ?

En Louisiane c'est un ancien bras ou méandre formé par le Mississipi. Ces étendues d'eau forment un réseau navigable de milliers de kilomètres. Dans les bayous la marée est ressentie et forme un léger courant.

Par extension, on appelle Bayou la grande région marécageuse du Sud de la Louisiane, notamment la région de l'Acadie, habitée par les Cadiens (ou Acadiens) francophones (appelés aussi cajuns) vivant de pêche et de chasse... C'est là où se passe notre histoire.

Sorte de mangrove d'eau douce, le bayou abrite une faune et une flore très riche. On y trouve en particulier beaucoup d'alligator mais aussi des oiseaux de marais (aigrettes et hérons), des rapaces (buses, pygargues), des mammifères marins (lamantins, dauphins) et de nombreux crustacés (crevettes, écrevisses).

 

Petite histoire de la Louisiane en bref

Mélange de peuples la Lousiane est une ancienne colonie française. C'est l'état le plus francophone des Etats-Unis avec 7% de la population qui parle français.

La Louisiane a été découverte en 1684 par l'explorateur français Robert Cavelier de La Salle et baptisée ainsi en l'honneur de Louis XIV, alors roi de France. Elle restera possession française jusqu'en 1803 où elle sera vendue aux Etats-Unis pour devenir le dix-huitième état...

Avant sa découverte elle était peuplée par les indiens Akata. Entre-temps elle a été cédée aux espagnols quelques années, à l'issue de la guerre de sept ans, puis restituée aux français.

 

Sa population est donc formée d'amérindiens, de francophones venant du Quebec, de français venant de Bretagne, de Normandie ou du nord de la France (installés à la fin du XVIIe siècle), puis de réfugiés venant de Saint-Domingue (français venus avec leurs esclaves suite à la révolution haïtienne), et enfin d'autres européens (allemands, hollandais, espagnols...). 

De nombreux anglophones viennent y vivre mettant fin à la suprématie francophone. Mais la guerre de Sécession va diviser les différentes communautés. Les francophones blancs se rapprochent des Confédérés, favorables à l'exclavage. Ils s'intègrent à la société américaine. Les francophones créoles ou métis restent favorables à la langue française mais sont trop pauvres pour créer des écoles françaises. Depuis 1864 l'anglais est devenue langue officielle mais ce ne sera qu'en 1916, qu'il deviendra interdit de parler le français dans les écoles et les foyers.

Il faudra attendre 1968 pour le rétablir et permettre ainsi de préserver le multiculturalisme.

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