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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 10:32
"La malédiction des colombes" de Louise Erdrich

Il existe des livres que l'on peut relire plusieurs fois au cours d'une vie et qui peuvent donc dormir dans les rayonnages de la bibliothèque un certain temps avant de ressortir pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Ce roman est de ceux-là.

 

Voilà donc un roman où le lecteur est mis à l'épreuve car il doit réellement s'accrocher pour aller jusqu'au bout et, arrivé à la fin (s'il y arrive la première fois c'est qu'il est concentré et volontaire...) il aura envie de reprendre certains chapitres pour mieux appréhender des détails, mieux comprendre les liens entre les personnages...

 

Il ne m'a fallu que cinq tentatives pour dépasser le stade du premier chapitre. A chaque fois, je me suis perdue dans les personnages et les époques et j'ai dû tout recommencer ! Jusqu'à ce que je découvre à la fin du roman (page 479 exactement) un tableau détaillant la "Généalogie des personnages", très utile !!

 

En fait je n'ai qu'un conseil, accrochez -vous : vous ne serez pas déçus...Car si la prose de l'auteur n'est pas facilement accessible, selon notre état d'esprit du moment, elle ne vous laissera pas indifférent. Louise Erdrich sait raconter les histoires comme Mooshum, un des personnages du roman sait le faire avec sa famille...

C'est une conteuse née.

 

Un grand avantage : le roman peut se lire de façon décousue et votre lecture peut donc s'interrompre un temps relativement long car les différents chapitres sont [presque] indépendants ...et pourrait être édités séparément comme des nouvelles.

C'est donc un roman à plusieurs voix, chacune représentant à elle seule toute une histoire... dans l'histoire. Et bien sûr les différentes histoires se recoupent toutes. Mais l''auteur réussit  le tour de force de nous faire oublier que tous les personnages sont reliés entr'eux...on ne comprend pas toujours pourquoi elle nous parle de l'un ou de l'autre jusqu'à ce que...un détail, un nom, un lieu nous permette d'y voir plus clair et de relier les événements entre eux.

Le seul vrai fil directeur du roman est un violon... il aurait pu être d'ailleurs choisi comme fil de l'histoire. Mais chut je ne vais pas vous expliquer pourquoi il est important, juste que c'est lui qui fera éclater la vérité à un moment inattendu.

 

 

De quoi ça parle ?

 

L'histoire se passe à Pluto, une petite ville du Dakota du Nord, construite par des colons au XIX° siècle en plein territoire indien. Elle est d'ailleurs bordée par la réserve indienne.

 

Les habitants de la ville sont blancs, indiens ou sang-mêlés mais subissent tous depuis plusieurs générations la "malédiction des colombes" : ces oiseaux envahissent régulièrement les cultures pour les détruire...

Ils sont également reliés par des histoires d'amour et d'amitié, de trahison, de jalousie ou tout simplement par les liens du sang, les mariages et les métissages.

Ce qui relie aussi tous les habitants de Pluto c'est la tragique histoire d'une famille de colons, assassinée en 1911, dont seulement un bébé de quelques mois a échappé au massacre. Des indiens, qui avaient découvert les corps et sauvé le bébé, ont été accusés à tort et pendus par un groupe d'hommes en colère, bien décidés à les faire payer. Quatre en tout, un par personne assassinée, ont été pendus à la corde... Mais un des quatre n'est pas mort. Pourquoi ?

 

Tout le monde s'en souvient et beaucoup de famille qui ont participé de près ou de loin au lynchage cachent les faits à leurs enfants et petits-enfants.

Mais certains habitants ont décidé de parler du passé maintenant que la ville de Pluto se meurt...

 

Mooshum en fait partie et raconte ainsi à ses petits enfants, Joseph et surtout Evelina, de nombreuses histoires de sa jeunesse et pour eux, il fait revivre les mythes de son peuple pour ne pas les voir disparaître. Il enjolive la réalité, n'hésite pas à mentir à l'occasion ou à donner, selon son interlocuteur, plusieurs versions différentes du même événement, comme l'histoire de son oreille coupée.

 

Evelina adore l'entendre raconter ses frasques. C'est ainsi qu'elle découvre un jour que son grand-père, si plein de vie et d'entrain, était présent ce jour-là (le jour du lynchage) et a été le seul à échapper à la pendaison... Elle voudra bien sûr en savoir plus sur lui, sur sa famille et sur les relations entre blancs et indiens pour mieux comprendre d'où elle vient, elle qui est un sang-mêlé et... s'approprier ses racines. Mais l'opération s'avère plus difficile que prévue et elle y laissera une partie d'elle-même..."Maintenant que certains d’entre nous ont mélangé dans la source de leur existence culpabilité et victime, on ne peut démêler la corde".

 

L'auteur fait alors alterner les points de vue de chaque famille :

- pour les familles Harp et Milk, on entendra plusieurs fois la voix d'Evelina, le personnage principal du roman. Elle est amoureuse de Corwin Peace, un des descendants des lyncheurs.

- pour la famille Coutts, on entendra plusieurs fois aussi la voix du juge Antone Bazil Coutts qui veille désormais sur la ville ;

- pour la famille Peace, celle de Marn Wolde, devenue la femme d'un prédicateur (Billy);

- et enfin celle de Cordelia Lochren, devenue médecin qui n'aime pas les indiens et n'accepte pas de les soigner et dont on apprendra à la fin qui est sa vraie famille.

 

Toutes ces vies, tous ces destins se trouvent reliés à un moment de l'histoire commune. Toute la gamme des sentiments humains est explorée : il y a du tragique, du comique, de la magie, de la musique, de l'émotion et de la violence.

 

C'est un roman très bien écrit, empreint de sagesse indienne et qui sait trouver les mots justes pour parler de ceux qui sont déracinés et qui se cherchent...

La culture indienne est omniprésente à chaque page. C'est normal vu le lieu de l'histoire et les origines amérindiennes de l'auteur. Les indiens vivent très mal la perte de leur terre et les deux populations s'opposent  "J’ai vu que la perte de leurs terres était logée en eux pour toujours". La souffrance du peuple indien est toujours vive et l'auteur sait très bien la retranscrire.

 

Tout en retraçant une centaine d'années de la vie d'une petite ville métissée, le roman parle avec justesse des problèmes humains et de société : l'intolérance des colons, l'alcoolisme et les problèmes de drogue des métis, la délinquance, la pauvreté et les problèmes financiers, l'enrôlement dans les sectes des plus faibles (ou par la religion), la vieillesse, l'homosexualité...

 

 

Il est cependant difficile à lire comme je l'ai dit plus haut mais mérite largement une (re)lecture attentive. Les voix entendues sont toutes différentes et plus ou moins intéressantes. Elles nous permettent d'appréhender les différents habitants, l'ambiance de la petite ville et de la réserve, les difficultés des jeunes à se construire, les difficultés de vivre ensemble avec les préjugés, le poids de la religion, de la famille, des non-dits et surtout du passé...

 

 

Comme Evelina le comprend et l'accepte, ce roman nous permet de ne pas oublier que nous sommes tous liés les uns aux autres par une histoire collective, familiale ou personnelle, qui vit à travers nous pour toujours et que nous transmettons aux autres et à nos descendants que nous le voulions ou pas...

A tenter donc pour les longues soirées d'automne et d'hiver. Ce roman est paru en Livre de poche en 2012.

 

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