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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 18:13
Dans la mer il y a des crocodiles / Fabio Geda

Présentation de l'éditeur

 

Dix ans, ou peut-être onze. Enaiat ne connaît pas son âge, mais il sait déjà qu'il est condamné à mort. Etre hazara, une ethnie haïe en Afghanistan par les Pachtounes et les talibans, est son seul crime. Pour le protéger, sa mère l'abandonne de l'autre côté de la frontière, au Pakistan. Commence alors pour ce bonhomme "pas plus haut qu'une chèvre" un périple de cinq ans pour rejoindre l'Italie en passant par l'Iran, la Turquie et la Grèce. Louer ses services contre un bol de soupe, passer les frontières dissimulé dans le double-fond d'un camion, braver la mer en canot pneumatique, voilà son quotidien. Un quotidien où la débrouille le dispute à la peur, l'entraide à la brutalité. Mais comme tous ceux qui témoignent de l'insoutenable, c'est sans amertume, avec une tranquille objectivité et pas mal d'ironie, qu'il raconte les étapes de ce voyage insensé.

 

L'histoire

 

Y-a-t-il des crocodiles dans la mer ?

La réponse est non. Mais pour Enaiat, jeune afghan "pas plus haut qu'une chèvre" obligé par sa mère à fuir son pays pour échapper aux talibans et aux Pachtounes, les crocodiles représentent les menaces qui le poursuivront pendant tout son périple du Pakistan vers l'Italie en passant par l'Iran, la Turquie et la Grèce.

 

Enaiat a passé son enfance à Nava, dans la province de Gazni en Afghanistan, avec sa mère et ses jeunes frères et soeurs. Son père a été tué alors qu'il n'avait que 6 ans. L'école a été fermée par les talibans qui ont tué l'instituteur parce qu'il continuait à faire la classe à ses élèves, malgré les ordres. Tout son peuple est persécuté par les talibans mais aussi par les Pachtounes. Les talibans ont d'ailleurs un dicton : "aux Tadjiks le Tadjikistan, aux Ouzbeks l'Ouzbekistan, aux Hazaras le Goristan" (qui bien sûr n'existe pas "Gor" signifie tombe).

 

Lorsque sa mère l'abandonne à Quetta au Pakistan, alors qu'il dort tranquillement auprès d'elle, il croit en se réveillant qu'elle va revenir. Il n'a que 10 ans...

Mais lorsqu'il comprend qu'il ne reverra jamais sa famille, le quotidien le rattrape et  l'oblige à ne plus penser à eux, à enfouir ses souvenirs au plus profond de lui-même pour  passer du temps à chercher à se nourrir et pour cela, à travailler. Petit homme débrouillard, il sera tour à tour serveur, manoeuvre ou autre. Il travaillera par exemple sur le chantier des JO en Grèce... Sa politesse et sa gentillesse lui permettront de survivre.

 

Il aura toujours comme objectif de suivre les trois directives que lui a laissé sa mère la veille de son départ  : "Il y a trois choses que tu ne dois jamais faire dans la vie : la première, c'est prendre de la drogue..., la deuxième, c'est utiliser des armes...et la troisième c'est voler". Elle lui a souvent dit aussi qu'il fallait dans la vie avoir un rêve "au-dessus de la tête".

"Il faut toujours avoir un désir devant soi, comme une carotte devant un âne, parce que c’est en essayant de satisfaire ses désirs qu’on trouve la force de se relever..."

 

Un jour il comprendra qu'elle a préféré le savoir en vie quelque part loin d'elle plutôt que de le voir souffrir auprès d'elle et que c'est la plus belle preuve d'amour qu'elle pouvait lui offrir.

 

S'il était resté dans son pays qui sait ce qu'il serait devenu ?

 

En chemin il rencontre des clandestins comme lui et partage avec eux combines, cachettes, travail ou nourriture...Il rencontre aussi des passeurs sans scrupules, d'autres qui tiendront parole, des gens indifférents, hostiles ou bienveillants...des policiers violents qui le ramèneront deux fois à la frontière, d'autres qui le libèront et lui laisseront sa chance. Il franchira des montagnes et des bras de mer et laissera derrière lui beaucoup d'immigrés malchanceux ou de compagnons de route.

 

 

Ce que j'en pense

 

Dans ce récit remarquablement construit où des passages, en forme de dialogues entre l'auteur et le jeune garçon, interpellent directement le lecteur, la parole est toute entière donnée au jeune Enaiat. C'est son voyage vers l'Europe qui est retranscrit pas à pas, un voyage incroyable que tant d'autres immigrés parcourent chaque jour pour aller vers un avenir meilleur.

 

Combien sont-ils d'enfants parmi eux ?

 

« Un jour, j'ai lu que le choix d'émigrer naît du besoin de respirer. C'est vrai." dit Enaiat.

 

Le sujet est traité avec beaucoup de simplicité et sans aternoiement. C'est ce qui fait sa force. Car ce qui nous touche le plus c'est justement ce quotidien sans fioriture d'un enfant qui doit survivre coûte que coûte et accepter de tout quitter, sans regarder en arrière, pour ne pas être obligé un jour de devenir esclave ou de porter les armes contre son peuple...

 

Car Enaiat est bien un enfant et lorsqu'il arrive en Italie il n'a qu'une quinzaine d'années. Il obtiendra le statut de réfugé politique parce qu'il saura convaincre de sa volonté de s'en sortir...

 

Son récit est toutefois empreint d'une certaine innocence, d'optimisme, de courage et à aucun moment il ne porte de jugement sur ceux qui lui ont fait du mal.

 

"Comment on trouve un endroit pour grandir, Enaiat ? Comment le distingue-t-on d'un autre?» lui demande Fabio Geda.

«Tu le reconnais parce que tu n'as plus envie de t'en aller. Bien sûr, il n'est pas parfait. Ça n'existe pas, un endroit parfait. Mais il existe des endroits où, au moins, personne ne cherche à te faire du mal."

 

 

Comment est né ce livre ?

 

Fabio Geda a rencontré Enaiat au Centre interculturel de Turin. Son histoire le bouleverse. Il décide alors, en accord avec son éditeur, d'écrire le récit de son voyage en essayant de coller le plus possible à la vérité et de retranscrire le regard que porte Enaiat sur son avenir, ses moments de doutes, de peur, d'espoir ou de tristesse.

 

Ils ont passé beaucoup de temps ensemble pour laisser le temps aux souvenirs de remonter à la surface, de se remettre dans l'ordre chronologique du temps. Ils ont beaucoup parlé et fait des recherches sur internet pour retrouver les lieux de chacune des étapes du voyage. 

 

Et puis il a fallu, pour l'auteur, interpréter les silences, les non-dits pudiques ou volontaires, choisir ou pas de les faire apparaître et à chaque instant montrer la rage de vivre, à n'importe quel prix, et de partir toujours plus loin jusqu'à trouver un refuge, un pays où on se sent bien accueilli...

 

Car, comme Enaiat, tous les immigrés ont un jour voulu "respirer" et aller vers un endroit où ils pourraient vivre dans la dignité, manger, dormir et surtout arrêter d'avoir peur au quotidien.

 

L'auteur réussit parfaitement à mêler poésie, humour et réalisme au tragique...Il a su trouver le ton juste pour écrire cette histoire à quatre mains (les droits d'auteur sont partagés).

 

Aujourd'hui Enaiat a plus de 20 ans. Il parle italien et rêve de devenir, en Italie, le porte-parole de sa communauté. Il rêve aussi de retourner dans son pays pour s'y rendre utile et revoir sa famille.

Son histoire ne doit pas nous faire oublier ceux qui sont restés en route...

 

A faire lire absolument dès l'adolescence c'est-à-dire à partir de 14 ans. A lire aussi ensemble en classe pour amener les ados à débattre sur le sujet de l'immigration (dès la classe de 3ème) et faire évoluer peut-être les préjugés et le regard que notre société porte encore trop souvent sur les immigrés clandestins.

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