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20 septembre 2014 6 20 /09 /septembre /2014 07:26
Le dernier été du siècle / Fabio Geda

A 12 ans, Zeno découvre que Simone, son grand-père maternel qu'il croyait mort, est bien vivant. Il est vrai qu'il n'a jamais posé la question directement à Agata, sa mère. Elle n'a donc pas eu à le lui confirmer...

Le destin va leur permettre de se rencontrer et de créer un lien durable et inattendu durant l'été 1999, le dernier été du siècle. Zeno découvrira ainsi tout un pan de l'histoire familiale qu'il ignorait.

 

C'est lorsque Vittorio, le père de Zeno, tombe gravement malade (il a une leucémie : "un méchant crapaud") que les événements se précipitent : Agata doit le conduire à Gênes dans une clinique spécialisée. Elle emmène Zeno avec elle. Il ne va pas être au bout de ses surprises, lui qui n'a jamais passé un été loin de Capo Galilea où il vit depuis sa naissance avec ses parents et ses grands-parents paternels qui tiennent un restaurant. Lorsqu'ils arrivent à Gênes après des heures de route, Agata découvre qu'elle ne peut le garder auprès d'elle à la clinique et décide de l'emmener chez son père qu'elle n'a pas revu depuis plus de 12 ans lorsqu'elle a quitté le nord de l'Italie pour partir en Sicile avec Vittorio. Elle était alors enceinte...

 

A Colle Ferro, un petit village de montagne perdu dans le Piémont, et situé au bord d'un lac de barrage qui a englouti l'ancien village, Zeno fait peu à peu connaissance avec ce grand-père muré dans son silence.  Au début, celui-ci n'assure que le strict minimum pour permettre au jeune garçon de supporter la séparation d'avec sa mère.  Zeno est le plus souvent seul sauf pour les repas car son grand-père arpente les sentiers de montagne toute la journée. Au début son obsession est de chercher à communiquer avec ses parents pour avoir des nouvelles de son père mais il n'y a pas de réseau au village et son grand-père n'a pas le téléphone. Il réussit à se faire deux amis, Isaac un adolescent solitaire qui a perdu ses parents et vit avec sa tante (l'épicière du village) et Luna, une adorable jeune fille au caractère bien trempé...

 

Dans une vie quotidienne alourdie par les silences, les drames et des non-dits familiaux Zeno et Simone vont peu à peu s'apprivoiser, apprendre à se connaître, à compter l'un pour l'autre et l'un sur l'autre : ils découvriront qu'ils ont beaucoup en commun.

Zeno arrivera à trouver un équilibre, entre deux visites de sa mère tout en dessinant sereinement...

 

C'est un roman à deux voix :

 

La voix principale du roman, celle qui est déclinée en chapitre I, II, III ect. est celle de Zeno devenu adulte qui nous raconte son enfance, celle d'un enfant rêveur passionné de BD (et qui deviendra d'ailleurs auteur de BD, une fois devenu adulte).  Elle nous conte les imprévus de cet été-là, les doutes, les difficultés à vivre avec un grand-père silencieux, les remarques et les dialogues avec sa mère ou son père, l'angoisse de la maladie, de la perte, mais aussi les jeux et les aventures vécues avec ses amis durant l'été et ce qu'il sait ou comprend des événements passés. De temps en temps Zeno nous donne quelques clés pour mieux comprendre les événements, et quelques clins d'oeil vers le futur qui laissent entrevoir au lecteur ce qu'il est devenu aujourd'hui lorsqu'il raconte l'histoire.

 

En parallèle, il y a la voix de  Simone. C'est le récit qu'il a lui-même consigné dans un cahier d'écolier, et que Zeno a retrouvé chez lui  après sa mort, qui est retranscrit aujourd'hui.dans une famille juive le 17 novembre 1938, le jour où l'Italie a promulgué les lois raciales, en pleine montée du nazisme et de l'antisémitisme, Simone a été très marquée durant sa petite enfance par les événements de la Seconde Guerre mondiale, la fuite de sa famille en France, puis son retour en Italie et sa vie à Colle Ferro. Plus tard  il aura du mal à accepter et à comprendre la mort de son père (qui se suicide)  puis de son frère qui avait tout pour réussir et qui lui aussi se suicidera dans sa chambre d'étudiant. Passionné par le dessin, l'art et la sculpture, il fait des études à Ivrée, près de Turin dans un Institut professionnel très prisé puis il devient consultant.  Simone a toujours oeuvré dans l'ombre sans jamais trouver de reconnaissance pour son travail à part auprès de sa femme...En fait il ne s'est jamais autorisé à vivre, hanté par son enfance, par les proches disparus et tous les événements qu'il n'a pas compris, car trop jeune pour les appréhender, mais qui ont été présents en lui tout au long de sa vie, l'empêchant de trouver le bonheur et de rendre ses proches heureux.

Son récit est tout en finesse et sensibilité. De manière un peu décousu comme le sont les souvenirs,  il nous conte son enfance, son adolescence puis sa vie d'adulte devenue solitaire à la mort de sa femme et suite au départ d'Agata pour la Sicile.

 

Grâce à leurs deux voix qui se répondent, le lecteur découvre peu à peu les mystères familiaux, les drames du passé...les liens qui se sont tissés ou désunis, l'intimité de toute une famille secouée par les soubresauts de l'histoire.

Et ce qui devait être pour l'un, le tout dernier été du siècle et pour l'autre un été douloureux, devient un été qu'ils n'oublieront jamais et qui marquera à jamais leur vie.


Au final, c'est un livre très attachant et très humain, roman proche du récit de vie, à la structure beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît...

Il nous parle d'amour, d'amitié, de la complexité des relations humaines entre générations, des non-dits et de la difficulté de parler des vrais problèmes quand on est trop vivement touché par les événements, mais aussi des maladresses qui nuisent au dialogue et à la bonne entente familiale.

 

Quelques extraits :

 

"Je compris qu'il y avait chez mon grand-père un univers entier de silence et que je l'avais profané. J'ignorais comment. Mais le résultat était là."

"En général, j'inventais des histoires, des personnages, des lieux, j'esquissais au crayon 4B sur les feuilles transparentes de mon imagination et mes dessins s'animaient...enchaînant courses-poursuites, vengeances et sauvetages de familles en danger."

"Je ne savais pas encore que Luna et moi resterions ensemble le reste de notre vie. en tous cas c'est notre intention...nous essaierons, c'est une certitude... J'ignorais que nous ne nous reverrions pas après cet été, pour, six ans après, nous rencontrer par hasard à la gare de Florence..."

"La méfiance qui nous avait tenus à distance pendant près d'un mois s'assoupissait, laissant affleurer la fascination de la découverte."

" Pourquoi la vie s'effondre-t-elle à côté de moi ? Pas sur moi. A côté de moi." [se demande Simone ].

 

Remarque

 

Plusieurs passages racontant l'enfance de Simone appartiennent à la vie de Franco Debenedetti Teglio, que Fabio Geda a rencontré par hasard dans un Cercle de lecteurs de BD, dont le coordonnateur n'était autre que lui-même.

Ce roman qui n'est pas une biographie lui est d'ailleurs dédicacé.  Lui qui a  apporté son témoignage auprès de milliers de jeunes piémontais en racontant  la vie des enfants juifs cachés sous un faux nom, durant les années de guerre, a aussi organisé entre autre une exposition  intitulée :

1938 - L'Etat doit adopter les lois raciales italiennes.

 

 

En Novembre 2007,  Franco Debenedetti Teglio a remporté le premier prix de la fiction "Mario Pannunzio", pour une collection de cinq histoires courtes jamais publiées  et  il a également collaboré à la rédaction du livre "Les Juifs sous la persécution en Italie" écrit par Mario COPY et Marco Palmieri.

 

Lorsqu'ils se sont rencontrés et que Fabio Geda lui a parlé de son projet,  Franco Debenedetti Teglio a aussitôt accepté que certains événements de sa vie soient utilisés pour le personnage de Simone. Mais Fabio Geda s'est engagé à reconstruire les personnages, les lieux, les situations en fonction de son talent et de son inspiration d'écrivain. Certains faits sont donc réels, d'autres complètement inventés mais ce qui est sûr c'est que comme Simone (et vice versa) il adore Hemingway !!

 

L'auteur nous livre donc un roman adapté qui peut être lu par des lycéens car la présence de nombreux dialogues le rend facile à comprendre. Ce roman peut aider les ados à réfléchir sur les événements qui ont marqué l'histoire de l'Italie (et de toute l'Europe) et qui ont dévasté des milliers de familles juives.

Il peut être ajouté sans problèmes à une bibliographie sur l'Italie et proposé à ceux qui étudient l'italien et veulent en savoir plus sur la culture de ce pays.

 

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