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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 07:47
Les Cordes-de-bois d'Antonine Maillet

Grande romancière canadienne, l'auteur est surtout connue grâce à son roman "Pélagie-la-Charrette" paru en 1979 chez Grasset et qui a obtenu le Prix Goncourt cette année-là. Je me souviens l'avoir lu avec plaisir et c'est donc de bon coeur que j'ai récupéré "Les Cordes-de-bois" dans un carton de dons que je n'avais pas encore eu le temps de trier...

Ce roman-là est le premier long texte de fiction de l'auteur. Il a été nominé au Goncourt en 1977.

Quel plaisir de lecture ! Que d'humour dans cette fresque villageoise des bords de mer en Acadie qui s'étale sur quatre générations !

Il faut juste un peu de temps pour s'habituer aux expressions, au style d'écriture et aux personnages parmi lesquels, à vrai dire, on se perd un peu quelquefois...

Les "Cordes-de-bois" c'est le nom donné à une partie du village habité par un écossais, Franck Mac Farlane, qui fait commerce dans le bois...

Comme je ne connaissais pas ce terme de "corde de bois" j'ai cherché...et trouvé des infos sur le net. On en apprend des choses sur le monde en lisant des romans...

La corde de bois  est une unité de mesure du bois (de chauffage) anciennement utilisé en France (avant la Révolution française). La quantité de bois correspondait à la longueur d'une corde entourant les bois coupés, bien alignés et entreposés. A noter la longueur de la corde variait entre 6 à 13 mètres selon les régions !

Cette unité de mesure du bois est encore utilisée aujourd'hui dans les Ardennes belges, en Bretagne et Normandie ainsi que par certains forestiers. Elle est toujours très utilisée au Canada et aux Etats-Unis où elle correspond à une unité légale de vente pour le bois de chauffage. Actuellement en France, on mesure le bois en stère (= 1 m3 de bois).

 

Mais revenons au roman...

 

L'histoire

 

Il s'agit d'une histoire de rivalité. En Acadie, dans les années 30, les Mercenaire se sont installés dans le haut d'un petit village côtier, sur une butte qui domine le village et le port.

Ce coin du "pays des côtes" (au sud-est du Nouveau-Brunswick) est un paysage d'eau, de dunes, de rivières, d'anses et de baies sauvages.

Deux clans s'y opposent : les gens du village, nantis, bourgeois et bien-pensants "ceux du Pont", le clan des Mercenaire et un groupe de femmes libres "ceux des Cordes-de-bois".

 

Dès l'arrivée de leur premier ancêtre au XIXe siècle, ces femmes habitent la butte qui domine le port et qu'on appelle le bois ou le haut du champ.

Au village, le forgeron, le barbier, le curé et "Ma-tante-la-Veuve", une bigote qui ne veut rien changer aux traditions ancestrales, s'appliquent à faire disparaître ces femmes un peu fofolles qui menacent la moralité des jeunes filles à marier du village.

Car ces "garces" (ces filles en acadien) s'adonnent en plein jour à différents trafics (dont celui de la chair !) et Patience croque sans vergogne ceux du Pont dans ses caricatures...et lettres anonymes qui n'en sont pas.

 

Un jour Franck Mac Farlane commence à entasser du bois sur la butte, espérant déloger les femmes. Elles y restent et ne semblent pas être gênées au milieu des cordes de bois.

Toute la racaille du pays vient s'y installer aussi, au dire de "ceux du Pont" : les fainéants, les artistes, les contrebandiers dirigés par la Bessoune comme avant elle, sa mère, la Piroune l'a fait.

 

La guerre continue entre Franck MacFarlane,  les tantes (Barbe, Patience et Zelica) les nièces et "Ma-tante-la-Veuve", soutenue par le curé du village qui veut conserver sa petite vie bien tranquille... et ne prend pas partie mais compte les points : lettres anoymes, ragots, trafics en tous genres...

Mais voilà qu'arrive au village, un jeune vicaire. Les habitants du petit port "ceux du Pont" sont perturbés car il est surpris en flagrant délit de "soûlerie" avec "ceux des Cordes-de-bois", enfin d'après ce qui a été vu...

 

Heureusement, il y a des distractions au village et la tristesse s'empare des habitants lorsque le matelot irlandais Tom Thumb-le conteux est obligé de repartir en mer, les abandonnant sans histoires...

Puis, lors de la vente d'été de la paroisse, les Mercenaire décident d'accueillir les miséreux de la contrée sans aucune contrepartie. C'est le scandale chez "ceux du Pont" !

 

L'hiver sera rude chez les "Cordes-de-bois"...mais aussi chez "ceux du Pont".

De plus, le jeune vicaire a soutenu ouvertement les femmes. Une pétition le dénonce et l'oblige à quitter les lieux...

La Bessoune se jettera à l'eau de chagrin (tiens donc ?!), mais sera sauvée trois fois par le jeune matelot-conteur d'histoire, Tom Thumb, revenu lui aussi et bien décidé à ne plus repartir en mer...

 

Un régal ! Une langue, le vieux français acadien, très imagée à lire à voix haute avec l'accent pour encore mieux la comprendre, s'en imprégner et en saisir la saveur...mais pas toujours facile à comprendre, il faut bien le dire.

L'auteur dira dans une interview :

« J’écris tout haut… dans une langue fort ancienne, amenée du Poitou, d’Anjou, de Charente, de Bretagne et de Touraine, le jardin de France ; mais transplantée en sol maritime d’Amérique où les vieux mots de France se sont curieusement embrouillés de bruits de la mer et parfois de terminaison anglo-saxonnes. »

 

Le décalage est créé par le fait que la narratrice interroge les gens du pays (Pierre à Tom, la centenaire Ozite, le cousin Thaddée, le forgeron, le barbier et bien d'autres personnages) qui livrent en quelque sorte leurs souvenirs.  Les « conteux – colporteurs – défricheteux de parenté », comme les appelle la narratrice, racontent les faits comme autant de chroniques avec des dons de conteurs incontestables... mais aussi beaucoup de contradictions !

 

L'histoire de ce village n'est pas linéaire... Tout se brouille, les histoires s'interfèrent...les personnages, les faits  et les temps se mélangent...

 

On y parle beaucoup de religion (l'auteur  a été religieuse) et de traditions.

 

Bref, vous l'aurez compris, c'est à la fois un roman incontournable pour comprendre l'oeuvre de l'auteur, son style littéraire unique en son genre et à la fois, pas facile à lire...

A tester donc, si vous êtes curieux d'autres horizons et d'autres styles d'écriture francophone...

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