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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 13:04
Le quatrième mur de Sorj Chalandon

Prix Goncourt des Lycéens 2013...Un sacré choix qui montre bien que les jeunes d'aujourd'hui sont sensibles et ouverts sur leur monde, idéalistes et révoltés.

 

Le quatrième mur, c'est celui que l'acteur dresse devant le public pour pouvoir jouer son personnage plus facilement et créer l'illusion. C'est une « façade imaginaire que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Une muraille qui protège leur personnage. Pour certains, un remède contre le trac. Pour d'autres la frontière du réel ».

 

Lorsqu'on a donné sa parole à un ami on ne peut pas revenir là-dessus. C'est impossible...Même lorsqu'on pense que cet ami a une idée complètement folle et utopique.

 

C'est ce qui arrive à Georges. Son ami Sam lui fait promettre sur son lit de mort qu'il fera aboutir le projet qui lui tient à coeur : jouer l'Antigone d'Anouilh dans Beyrouth en guerre, et réunir grâce aux  acteurs choisis, tous les peuples du Liban, le temps du spectacle.

 

Sam (Samuel) et Georges ont fait connaissance dans les années 70. Sam est juif et grec, rescapée de la Dictature des Colonels et réfugié à Paris. Georges est un militant d'extrême-gauche, activiste pro-palestinien, passionné de théâtre et très idéaliste.  Sam lui ouvre les yeux, dénonce les actes de violence et recadre ses slogans... Ils deviennent amis malgré les différences. Mais quelques années après Sam tombe malade.

 

Voilà Georges en route pour le Liban...

Il abandonne son travail, sa vie tranquille, Aurore, sa femme, et Louise, sa toute petite fille, pour réaliser le rêve de Sam qui deviendra le sien.

 

Le lecteur sait (à cause du premier chapitre qui nous fait entrer directement dans la tragédie) que tout cela va très mal se terminer mais il ne sait pas à quel point.

Il se prend à espérer que les ennemis d'aujourd'hui feront la paix demain, le temps d'une soirée, pour voir aboutir le rêve fou de Sam et voler deux heures à la guerre.

 

Imane, palestinienne et sunnite jouera Antigone, celle qui dit NON. Et tôt ou tard, ceux qui résiste et disent NON, affrontent la mort... Nakad, le fils de Marwan qui accueille Georges à son arrivée, jouera Hémon, le fiancé d'Antigone. Il est druze. Créon sera joué par un maronite. Les Gardes seront joués par trois chiites, la nourrice par Ismène, une chaldéenne catholique...

 

Georges devra d'abord rassembler ses acteurs un à un, aller les trouver, franchir les barrages, persuader leur famille du bien-fondé du projet, répondre aux questions sur ses motivations et celles de Sam tout en faisant connaissance avec la guerre et une violence qui le dépasse très vite...

"Pourquoi Antigone" ? demandent certains acteurs. Tout simplement parce que cette pièce qui a été jouée (et créée) pendant la deuxième guerre mondiale symbolise l'engagement, donc le combat, et la révolte pour dire non...quitte à en mourir.

Mais ça bien sûr Georges ne le dit pas !

 

La guerre le rattrape en pleine répétition. Il va être obligé de renoncer peu à peu à son projet de paix et de fraternité.

Et Georges ne sera plus jamais le même...

Il va essayé pourtant de revenir vers la vie, vers sa famille, vers ses amis...

Mais il ne pourra pas renouer avec la paix, le bonheur, la vie quotidienne, les babils d'enfants. Il ne pourra plus supporter que sa petite Louise pleure pour une boule de glace tombée par terre, alors que tant d'autres enfants là-bas pleurent sur le cadavre de leurs parents...

 

Il retournera donc au Liban une dernière fois, pour tenir une ultime promesse, celle faite à Imane et à son frère...

 

L'auteur nous fait vivre la guerre du Liban dans les années 1982-1983 lors des massacres des camps de Sabra et Chatila.

 

Le lecteur ne sort pas indemne de ce roman et c'est sans doute pour cela que des adolescents l'ont choisi. Ce côté reportage-vécu (sans le commentaire), cette recherche utopique de paix dans un pays en guerre, cette idée de rassembler des ennemis prêts à se tirer dessus pour les faire jouer sur scène une tragédie alors qu'ils la vivent au  quotidien : tout nous prend aux tripes.

L'auteur ne cache rien de la violence et de la brutalité des combats. Chacun des hommes peut devenir un assassin et tuer même femmes et enfants pour sa cause qu'il croit juste et même en ressentir une forme de joie.

 

Certains passages (je pourrai dire tous sans me tromper) sont des témoignages-vécus : l'auteur a été reporter-photographe à Libé. Il était à Beyrouth en 1982. Il a vécu en direct les massacres de Sabra et Chatila, comme le fait de se retrouver à côté d'un chef phalangiste récitant le poème de Victor Hugo (il dit qu'il en a pleuré) : "Demain dès l'aube..."

Mais le lecteur n'a pas besoin du commentaire du reporter. Il imagine sans peine les camps dévastés, les enfants égorgés, les femmes violées...

Tous ces actes violents sont autant de témoignages que l'auteur devait déposer comme autant de pierres dans les mains de chacun des lecteurs, pour partager (et alléger) cette douloureuse expérience...et pouvoir continuer à vivre malgré les horreurs et la violence de la guerre.

Car comme Georges ne peut plus vivre avec sa famille et retrouver la paix auprès d'elle malgré l'amour des siens, aucune personne ayant vécu l'horreur de la guerre,  ne peut renaître à la vie, indemne...

 

Un roman magnifique et d'une force incroyable qui nous laisse pourtant à la fin (dans l'épilogue) une impression de paix : "C'est fini... Tout ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose et puis ceux qui croyaient le contraire-même ceux qui ne croyaient en rien et qui se sont trouvés rapidement pris par l'histoire sans rien y comprendre"...

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