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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 07:16
Gallimard, 2004 / Folio, juin 2016

Gallimard, 2004 / Folio, juin 2016

Un après-midi d’avril, aussitôt après le déjeuner, mon mari m’annonça qu’il voulait me quitter. Il me le dit tandis que nous débarrassions la table, que les enfants se chamaillaient comme à l’ordinaire dans une autre pièce, et que le chien rêvait en grognant devant le radiateur.

 

Suite à mon coup de cœur pour les deux premiers tomes de "L'amie prodigieuse",  j'ai décidé de me plonger dans les autres romans d'Elena Ferrante pour me faire une idée de son oeuvre. 

J'ai donc emprunté "Les jours de mon abandon" à la médiathèque. Il ne restait d'ailleurs que celui-ci en rayon étant donné que d'autres personnes avaient eu la même idée que moi ! 

 

 

Olga a trente-huit ans, un mari, deux enfants et un chien. Elle a décidé de renoncer à sa carrière pour se consacrer à sa famille et semble heureuse de sa vie même si elle a dû renoncer à écrire, sa grande passion. 

Aussi lorsque après plus de quinze ans de mariage, un après-midi d'avril, son mari lui annonce qu'il la quitte... son monde s'écroule. 

 

Sur le coup, elle n'y comprend rien, car elle n'a rien vu venir et elle pense même qu'il va revenir et que c'est juste un passage difficile. 

Lorsqu'elle réalise qu'il ne reviendra pas, et qu'il l'a quitté pour une autre femme, elle entre alors dans une spirale infernale de questionnements, de suppositions, d'incompréhension.

Pourquoi a-t-elle été abandonnée ?

 

Olga vit très mal cette séparation...et le lecteur assiste, impuissant à la dégradation de son comportement.

Elle qui était une parfaite maîtresse de maison, ne range plus rien, ne nettoie plus, ne cuisine plus. Ses enfants sont délaissés et doivent se gérer quasiment tout seuls. Elle qui était si cultivée, se met à utiliser des mots grossiers, et à faire n'importe quoi même devant des gens.

Peu à peu, ses amis la fuient et elle commet erreur sur erreur, allant de catastrophe en catastrophe, car elle sombre littéralement sous les responsabilités.

 

Si elle se retrouve incapable de faire face à son quotidien, c'est parce qu'elle s'enfonce dans la dépression...jusqu'aux limites de la folie, et jusqu'à ce jour terrible où elle s'enferme littéralement dans son appartement, sans téléphone, avec son fils fiévreux et son chien à l'agonie.

Alors que tous les éléments semblent s'être liés contre elle, la situation commence à devenir sérieusement inquiétante et déstabilisante pour le lecteur...

 

 

Je vivais dans la terreur d'oublier que je devais aller chercher Ilaria à l'école ; et si j'envoyais Gianni faire des courses chez les commerçants des environs, j'avais peur qu'il lui arrive quelque chose ou, pire encore que, accaparée par mes préoccupations, j'oublie son existence et ne pense plus à vérifier s'il était bien rentré.
Bref, j'étais dans un état de fragilité, auquel je réagissais en prenant sur moi, tendue, exténuée.

 

Le sujet ne m'intéressait pas plus que ça au départ, mais je l'avoue, le roman a un côté tout à fait addictif et je ne suis pas arrivée à le lâcher...

Ce sujet, mille fois exploré dans les romans, est traité ici avec beaucoup d'originalité. Quoi de plus banal en effet et malheureusement toujours d'actualité qu'une femme de presque quarante ans, "abandonnée" par son mari pour une plus jeune femme sans enfants. 

Banal, mais toujours aussi triste et douloureux pour les principaux intéressés et leur entourage. 

 

Tout est dans l'art et la manière dont l'auteur dissèque l'événement et nous fait entrer dans la psychologie des personnages. Page après page, le lecteur découvre l'ampleur des dégâts, la souffrance d'Olga qui se sent rejetée jusqu'à être incapable de faire face au danger ou de séparer la réalité de ses pensées. 

L'auteur décrit avec beaucoup de subtilité, l'état de dépression qui fait suite au choc et nous dévoile sans aucune pudeur, les désirs les plus secrets et les révoltes d'Olga. Le ton est dur, violent et même très cru. Tout est dit sur les sentiments et les désirs de cette jeune femme, sans fioriture et jusqu'à l'extrême. 

Mais malgré le côté parfois excessif de la situation, tout sonne juste : son rôle de mère qui lui pèse, sa vision de la féminité, son angoisse des années qui passent, son laisser-aller physique et moral et le regard cruel qu'elle porte sur elle-même et son incapacité à faire face.

 

Le lecteur se retrouve impuissant mais non en position de voyeur ce que j'ai beaucoup apprécié. Il est touché par le regard et l'attitude des enfants qui voient leur mère s'effondrer et ne peuvent rien faire.

On aimerait à chaque page tendre la main pour aider cette jeune femme qui accumule les malheurs et fait fuir tous ceux qui l'entoure, la décharger de ses enfants et aller promener le chien. On finit même par en vouloir terriblement à Mario (son mari) de l'avoir abandonné ainsi, sans explication et de ne pas s'occuper des conséquences. Son attitude nous révolte. Pendant des mois, il est indifférent à la souffrance de sa femme et délaisse les enfants sans même venir les voir, y compris pendant les vacances, par crainte d'avoir à vivre une scène, qu'il fuit d'avance par simple lâcheté, et dont il accuse Olga.

Mais est-elle seule responsable de sa fuite ? Pas si sûr ! 


 

Tout était si fortuit. J'étais tombée amoureuse de Mario encore jeune fille, mais j'aurais pu tomber amoureuse de n'importe qui d'autre, d'un corps auquel nous finissons par attribuer je ne sais quelles significations. Un long lambeau de vie passée ensemble et on pense que c'est le seul et l'unique homme avec qui on aimera vivre sa vie, on lui attribue certaines vertus résolutoires, et c'est, au contraire, seulement un bois émettant des sons de fausseté, on ne sait qui il est véritablement, il ne le sait pas davantage lui-même. Nous sommes des occasions...

 

Il y a un côté irréel à ce roman que certains ont jugé peu crédible. Moi je ne le crois pas. Il est au contraire très réaliste. Seule la journée catastrophe m'a paru légèrement exagérée mais bon je n'ai pas de porte blindée, ni de chien...

 

C'est une lecture difficile, parfois pesante car cette femme qui s'enlise et se noie (voir la couverture du folio) mais tente de rester éveillée (au plein sens du terme car elle a toujours envie de dormir pour oublier) et d'être attentive pour ne pas sombrer dans la folie, a quelque chose de pathétique. 

Je crois au contraire qu'Elena Ferrante met encore une fois son talent en lumière pour bousculer la bienséance, traiter ce sujet en faisant fi des idées reçues,  et nous déranger avec la violence des mots (et des maux) d'Olga.

 

Difficile de dire, j'ai aimé ou pas ! La sujet ne s'y prête pas...J'ai aimé ce qui est sûr l'écriture d'Elena Ferrante et retrouvé avec plaisir son style unique et direct.

Ce roman m'a autant touché que dérangé et il restera pour moi, un roman marquant sur le thème de la séparation et de sa violence psychologique...le cri de hargne d'une femme qui pourrait être celui de toutes les femmes abandonnées dans ces conditions.

A ne pas lire toutefois par celles qui vivent en ce moment une séparation brutale.

Oui j'étais bien sotte. Les canaux de mes sens s'étaient refermés, le flux de la vie n'y coulait plus qui sait depuis quand. Quelle erreur avais-je faite de borner le sens de mon existence aux rites que Mario m'offrait avec un prudent transport conjugal. Quelle erreur avais-je faite de confier le sens de mon existence à ses gratifications, à ses enthousiasmes, au parcours toujours plus fructueux de sa vie. Quelle erreur avais-je surtout faite, de croire que je ne pourrais pas vivre sans lui, alors que depuis bien longtemps je n'étais pas le moins du monde certaine qu'en sa compagnie j'étais vivante.

 

N'oubliez pas d'aller lire l'avis de Maryse concernant cette lecture sur son blog. Et profitez-en pour noter sa recette des gnocchi et de leur fabuleuse sauce à l'italienne ainsi que celle de sa pâte de coing. 

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commentaires

Audrey - Que Lire ? 05/11/2016 20:20

wow ! Là, j'ai envie de découvrir ce roman ! Merci pour cette découverte Manou. Je vais de ce pas envoyer un petit email à mon libraire ! :)

manou 06/11/2016 11:10

C'est un livre très attirant mais comme je le dis angoissant et dérangeant...
Je languis de lire ton avis de jeune femme moderne !

L'Espigaou 04/11/2016 09:54

Je n'avais pas lu ta réponse à mon commentaire ce devait être pendant la période où canalblog faisait ses travaux , période pendant laquelle je ne recevais plus les messages.
Tu as le don de me rassurer, car bien sur je ne suis jamais sure de mes appréciations et toi Manou tu trouves les mots qui me donne confiance en mon jugement.
Pour cela et pour tout le reste je te remercie du fond du coeur.
Merci ausi pour le clin d'oeil que tu as rajouté .
Je t'embrasse très fort
Maryse

manou 04/11/2016 11:51

Nos différences sont notre richesse et les différents points de vue le reflet de nos personnalités et c'est ce qui fait tout le charme de nos partages sur la blogosphère et dis moi ça servirait à quoi qu'on écrive des chroniques sur nos lectures si nous pensions tous la même chose ! Bisous ma douce Maryse et merci à toi aussi pour ton amitié si précieuse

vivi 02/11/2016 13:50

Je me demande comment ça finit ...

vivi 02/11/2016 17:08

Ouf ! Me voilà rassurée :o)

manou 02/11/2016 17:00

Bon je vais te le dire en fait ça s'arrange pour elle...à force que tous les lecteurs se fassent du souci pour sa santé mentale et surtout pour les enfants :)

barbizon 02/11/2016 13:15

Bonsoir Manou, la pochette met mal a l’aise, c'est anxiogène..le thème n'est pas gai mais toujours d’actualité, si ce n'est pas un homme qu'on quitte c'est une femme, la vie est ainsi faite rien ne dure..Après il faut survivre et cette femme n'y arrive pas, quelle gâchis..c'est triste pour ne pas dire autre chose. J'ai vu un film dernièrement "L'avenir" avec Isabelle Huppert, son mari la quitte mais elle s 'en sort bien car elle est très épanouie dans son travail, les enfants sont grands..enfin, il n'y a pas de règle, chacun réagit a sa façon, Bises!

manou 02/11/2016 17:02

Si je l'avais emprunté en médiathèque en poche j'aurai hésité à le prendreà cause de cette image très angoissante, mais comme c'est en fait dans la première édition "neutre" de l'éditeur Gallimard, la couverture beige avec un cadre rouge...que je l'ai trouvé, je n'ai pas hésité un instant ! Bises

Quichottine 02/11/2016 11:52

Merci pour ta lecture, Manou.
Comme toujours chez toi, j'ai apprécié ton impartialité.
Je n'ai pas encore lu de livre de cet auteur, mais ça viendra. :)
Bisous et douce journée.

manou 02/11/2016 17:05

Bonjour Quichottine, heureuse de te retrouver ici. Je commençais à m'inquiéter de voir que tu ne publiais pas et j'ai pensé que tu devais être fatiguée entre le tri de la maison et peut-être le déménagement (dont je ne connais pas la date), puis j'ai songé que comme toutes les grands-mères les vacances scolaires t'avaient permis de t'occuper de tes petites filles. J'espère que tu vas bien. Merci pour ton appréciation. Bisous et une bonne fin de journée

Dalva 02/11/2016 08:59

Pour choisir un roman, je regarde la couverture, le titre, quelquefois je lis la 4ème de couverture et surtout je lis le tout début pour voir si l'écriture me plaît. Là, son style me donne envie de lire le roman et ce que tu en dis m'intrigue. Mais je me suis lancée dans la lecture d'un roman de 500 pages (Au revoir là haut). Il va me falloir attendre avant de lire autre chose.

manou 03/12/2016 08:05

Oui merci Dalva...même si elle n'est pas au bon endroit je la vois quand même car j'ai un avis (une notification à ce sujet) par contre ce que je ne sais pas c'est si la personne à qui tu as répondu en reçoit une aussi...Je suis contente de savoir que tu tombes toi aussi sous le charme d'Ellena Ferrante même si tu ne commences pas par le plus facile à lire. Bises

Dalva 02/12/2016 21:07

Ah ! Ca y est ! J'ai trouvé comment insérer une réponse (voir un peu plus bas...)

manou 02/11/2016 17:07

Tu as plus de courage que moi car lorsque j'ai vue la grosseur de "Au revoir là-haut" je n'ai pas franchi le pas. En fait comme j'explique, j'ai particulièrement aimé "l'amie prodigieuse" d'Ellena Ferrante donc j'ai décidé de lire d'autres romans de l'auteur...j'aime bien faire le tour d'une oeuvre quand c'est possible...

missfujii. 02/11/2016 08:47

Une femme ne doit compter que sur elle même, travailler, être indépendante, heureusement que j'ai eu une éducation dans ce sens. Le reste vient de surcroît, comme une cerise sur le gâteau, mais il faut d'abord toujours s'assurer qu'on pourra s'en sortir seule, même une fois mariée, rien n'est jamais acquis dans la vie !

Dalva 02/12/2016 21:06

Bon ! Mon commentaire ne s'est pas inséré au bon endroit. Je voulais répondre à ton commentaire, Manou, mais le mien s'insère plus bas.

Dalva 02/12/2016 21:04

J'ai emprunté Les jours de mon abandon à la bibliothèque mais je n'arrivais pas à retrouver sur quel blog j'avais lu un billet à ce sujet. Et ça y est ! J'ai réussi à trouver mon chemin !
Je n'en suis qu'au début mais j'aime beaucoup cette écriture. Je te remercie de ton billet qui m'a permis de découvrir ce livre.
Quant à Au revoir là haut, je ne l'ai pas terminé. Peut-être plus tard.

manou 02/11/2016 17:10

Tu as tout à fait raison et c'est une bonne chose que l'on soit née dans une génération où les femmes ont pu plus facilement obtenir des diplômes et avoir un emploi...

CARDAMOME 31/10/2016 23:07

J'ai un peu vécu ça...un jour, il m'appelle… il m'appelait quasiment tous les jours - j'étais partie à La réunion et il devait me rejoindre - il me dit, « tu sais...je n'ai plus envie »...
ça a été le choc...alors je ne sais pas si je pourrai jamais lire un jour ce livre mais je reconnais que c'est tentant, comme tentante l'idée de me replonger , certes dans ce malheur mais aussi dans l'ambiance et le vécu dans une ile où j'étais bien et où je serais volontiers restée...jusqu'au bout

bonne semaine!

manou 01/11/2016 08:28

Je sais que tout cela est très douloureux bien que je ne l'ai jamais vécu, j'ai des proches qui eux ont vécu tout cela et une forte dépression. C'est pour cela que j'émets des réserves car selon les séquelles et la fragilité de chacun, ce livre peut faire du mal. Par contre l'auteur écrit tellement bien et d'une façon directe que les mots peuvent aussi peut-être aider...Bisous Cardamome et une bonne journée

Valérie 31/10/2016 21:49

Je ne savais pas qu'elle avait écrit autre chose que la trilogie.

manou 01/11/2016 08:29

Et bien je l'ai appris depuis peu, lorsque j'ai lu les deux premiers tomes de "l'amie prodigieuse"...Mais je croyais que la série comportait quatre tomes ! Non ? Merci pour cette gentille visite.

Violette 31/10/2016 20:55

un des auteurs que je veux absolument découvrir ! Pourtant, je lis de plus en plus de bémols de-ci de-là...

manou 01/11/2016 08:32

Ah bon ! Je me suis régalée en lisant les deux premiers tomes de "l'amie prodigieuse". C'est vrai que l'auteur est vraisemblablement de ma génération et que peut-être les jeunes s'identifient moins à ses propos. J'irai voir de ce pas ce que les autres lecteurs en pensent. par contre pour "les jours de mon abandon", même si on retrouve le style de l'auteur, il reste difficile à lire...Merci pour ta visite Violette et passe une belle journée

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